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Glaciers : Passé-présent du Rhône au Mont-Blanc

57 min
À retrouver dans l'émission

I ls ont fondu de moitié. En cent cinquante ans, certains glaciers alpins ont perdu près de 40% de leur volume et plus de 50% de leur surface. L’ouvrage qui vient de paraître chez l’éditeur genevois Slatkine présente l’évolution d’une cinquantaine de ces géants de glace, du glacier du Rhône au massif du Mont-Blanc. Tous ont subi la sévère cure d’amaigrissement imposée par le réchauffement climatique.

Ce magnifique ouvrage, fruit de la collaboration entre un photographe, un iconographe, et un glaciologue, s’inscrit dans une démarche de documentation du recul des glaciers. Il repose sur un travail que l’on qualifie dans le milieu de « reconductions photographiques », c’est-à-dire la réalisation de prises de vue cherchant à coller au plus près de celles figurant sur des documents iconographiques antérieurs (photographies, peintures, gravures) à des fins de comparaison. L’ouvrage totalise 130 de ces photographies comparatives. Ce travail de terrain considérable a été réalisé entre juin 2007 et août 2010 par le photographe valaisan Hilaire Dumoulin. Retrouver le lieu de la prise de vue initiale est un travail en soi qui parfois est rendu impossible par les modifications du milieu. En effet, nombre de prises de vue de référence ont été réalisées à même les glaciers. Or, ces derniers ont depuis longtemps disparu à l’emplacement concerné. A ce travail de terrain s’est conjugué un travail de recherche iconographique, lui aussi considérable. En effet, les photographies actuelles sont mises en perspective par rapport à des gravures et peintures de la seconde moitié du 18ème siècle et des photographies de la seconde moitié du 19ème siècle et du XXe siècle. Les photographies sont organisées en 26 sections, se rapportant à des glaciers uniques ou à plusieurs glaciers d’une vallée ou d’un massif. L’aire d’observation s’étend principalement sur le Valais, mais intègre aussi l’Oberland Bernois, le massif des Diablerets et celui du Mont-Blanc.

Cependant, que l’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas d’un seul ouvrage de photographies. Le glaciologue Amédée Zryd y propose une excellente synthèse articulant histoire des glaciers et histoire des sociétés. Il montre que les glaciers tout comme le regard qu’ont porté les sociétés vers ceux-ci ont fluctué à travers le temps. Ces glaciers alpins furent tour à tour considérés comme menaçant, tout particulièrement lors de leur spectaculaire avancée lors du Petit Age Glaciaire (1350-1850), ensuite sublimes avec la découverte romantique des Alpes, puis finalement fragiles dans le contexte contemporain de leur recul tout aussi spectaculaire. De la peur du glacier menaçant, on est passé à la peur du glacier menacé. Si les photographies parlent d’elles-mêmes et si le glaciologue conclut par un appel à agir, le propos est très loin du discours catastrophiste, au point que l’auteur se sent le devoir justifier cette position tempérée : « Loin de moi l’idée de mettre en doute notre contribution et de minimiser les problèmes que cela peut engendrer. Mais il est important de comprendre notre schéma mental et notre vision, de même qu’il est important de comprendre les phénomènes physiques à l’œuvre dans les variations climatiques afin d’agir de manière pertinente et rationnelle » (p. 24).


Tout au long de l’ouvrage, on découvre des documents qui constituent une grande part de sa richesse. On y trouve notamment le discours fondateur du naturaliste suisse Louis Agassiz qui énonça le 24 juillet 1837 que les glaciers ne sont pas des masses inertes mais bel et bien en mouvement (pp. 62-64). On peut aussi y lire un extrait d’un dépliant du WWF appelant à une action pour le climat et prenant les Alpes et leurs glaciers à témoin (p. 32). Des extraits de journaux d’époque révèlent le regard d’antan porté sur ces glaciers et les pratiques touristiques que l’on y conduisait. Il y aussi cette anecdote relative au village haut-valaisan de Fiesch qui initia en 1682 une procession pour lutter contre l’avancée du glacier d’Aletsch et qui un peu plus de trois siècle plus tard demande l’autorisation au pape de revoir cette procession et d’en inverser le dessein (p. 100). Cependant, le lecteur aurait sûrement été curieux de connaître quelques perspectives des auteurs sur ces divers points de divagation. Ainsi, on peut lire un extrait d’article de journal de 1865 posant la question de la propriété des glaciers (p. 228). Or, ce thème fondamental et qui ressortira avec force dans un proche futur n’est guère traité ailleurs dans cet ouvrage qui certes ne revendique pas le statut d’encyclopédie. Tous ces documents porteurs d’innombrables points de vue sont sources de méditation. Des méditations qui s’imposent au vu de l’importance d’un sujet d’intérêt planétaire comme le relevait déjà Jules Michelet en 1868 considérant le glacier comme un « redoutable thermomètre sur lequel le monde entier, le monde moral et politique, doit toujours avoir les yeux » (p. 1)

En lien avec cet ouvrage a été mise sur pied une très belle exposition intitulée « Glaciers, chronique d'un déclin annoncé (1840-2010) » à la médiathèque de Martigny jusqu’en septembre 2011.

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