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Angela Merkel et le général Rainer Glatz lors d'une conférence de presse au centre de commandement de la bundeswehr en 2010

Les espions qui n'aimaient pas espionner : l'Allemagne

59 min

Les relations des Allemands et notamment des dirigeants politiques sont compliquées vis-à-vis de ses services de renseignements. En cause, des facteurs historiques et une incompréhension mutuelle entre la sphère politique et les maîtres-espions du pays.

Angela Merkel et le général Rainer Glatz lors d'une conférence de presse au centre de commandement de la bundeswehr en 2010
Angela Merkel et le général Rainer Glatz lors d'une conférence de presse au centre de commandement de la bundeswehr en 2010 Crédits : Andreas Rentz - Getty

Un pays qui entretient des rapports difficiles avec ses services des renseignements

Aucun pays démocratique n'a un rapport aussi compliqué à ses espions. L'Allemagne a dû non seulement expier les crimes perpétrés par le renseignement nazi, mais également réparer les abus de la Stasi est-allemande après la réunification. Un double héritage qui pèse de tout son poids sur le renseignement allemand moderne, et qui a longtemps contraint son action.

Cependant, ces dernières années, la montée en puissance de l'Allemagne réunifiée sur la scène internationale s'est accompagnée d'un renforcement des services d'espionnage. 

Cela oblige les responsables politiques à se saisir du sujet, ce qu'il font avec une gêne extrême. Une incompréhension s'est installée entre les dirigeants politiques et leurs espions.

Si au Royaume-Uni l'espionnage est une affaire d'universitaires et en France de militaires, en Allemagne, l'espionnage est un métier de juriste.

Hans-Georg Maaßen est l'un deux :

Jusqu'en novembre 2018, j'étais le président du BSV qui est le service de sécurité et de renseignement intérieur allemand. Aujourd'hui j'exerce en tant que juriste et comme consultant dans les affaires. Hans-Georg Maaßen

Hans-Georg Maaßen en 2017
Hans-Georg Maaßen en 2017 Crédits : ullstein bild - Getty

Ce dernier a été brutalement débarqué en novembre dernier par Angela Merkel. Il avait osé remettre publiquement en cause les déclarations du gouvernement et nier l'existence d'une chasse anti-immigrés dans la ville de Chemnitz. 

Il ne mâche pas ses mots pour raconter un épisode emblématique des errements sécuritaires de la chancelière allemande, à savoir les émeutes qui ont eu lieu en marge du G20 à Hambourg en 2017. La police avait été complètement dépassée par les manifestants, suscitant un scandale outre-Rhin, les politiques et les services de renseignements se renvoyant la balle sur leur responsabilité respective. 

Pour Hambourg, il y avait eu de nombreuses réunions préparatoires, les dirigeants politiques ont été dûment briefés par nos services. Il n'y a pas eu de problème d'organisation ou de structure. Il y avait plus un problème politique dans le sens où les hommes politiques n'ont pas fait ce qui était nécessaire pour prévenir la situation. Hans-Georg Maaßen

Scène d'émeutes le 7 juillet 2017 à Hambourg.
Scène d'émeutes le 7 juillet 2017 à Hambourg. Crédits : Antonio Masiello - Getty

La méfiance extrême que suscite le renseignement chez les politiques allemands les a incités à tenir les espions à distance. A l'inverse de ce qu'il peut se passer dans les autres pays européens, Chanceliers et Ministres ne se bousculent pas pour s'entretenir en tête à tête avec les chefs du renseignement.

C'est ce qu'explique Gerhard Schindler, patron du BND de 2011 à 2016 : 

Les réunions existent pour les situations spéciales. En dehors des comptes-rendus réguliers, il n'y a pas besoin d'établir de réunions spéciales. C'est pourquoi le briefing hebdomadaire à la chancellerie suffit pour briefer le patron administratif de la chancellerie. [...] Si nous avons des situations de crise, par exemple lors des événements en Ukraine, alors nous allons faire un point à la chancellerie chaque matin à 8h pour débriefer. Quelle est la situation en Ukraine ? Comment est la situation aux frontières du pays ? Comment la Russie réagit ? [...] La relation passe plus par la demandes des ministères régaliens, qui demandent "Y a-t-il une information sur X ou Y ?" Voilà comment les choses se passent en Allemagne. Gerhard Schindler

Chaque mois, le BND est saisi en moyenne de 900 demandes d'informations émanant du gouvernement, des ministères et des autres autorités de sécurité. Je considère ce nombre important parce que cela prouve qu'il y a un grand besoin d'information au sein du gouvernement fédéral. [...] Cela veut aussi dire que le BND est considéré comme assez bon parce qu'on vient le chercher pour délivrer cette information. Gerhard Schindler

Rediffusion de l'émission du 27 juillet 2019

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