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Vache frisonne face caméra et gueule ouverte
Épisode :

ACR / CNAP Parler aux bêtes

59 min
À retrouver dans l'émission

Des éleveurs parlent à l’oreille de leurs vaches.

Vache frisonne face caméra et gueule ouverte
Vache frisonne face caméra et gueule ouverte Crédits : Peter Cade - Getty

Une première diffusion a eu lieu le 6 février 2014.

Commande du Centre national des arts plastiques et de France Culture pour l'Atelier de Création Radiophonique

En 2012, Robert Milin a reçu une commande publique de l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture pour la création d’une œuvre sonore. Son projet était de poursuivre son exploration du monde paysan.

Depuis dix ans il s’intéresse de près aux pratiques d’élevages. Il avait rencontré une cinquantaine d’éleveurs dans diverses régions de France, principalement des éleveurs de vaches et de brebis dont les pratiques étaient très diverses, des plus intenses aux plus bucoliques.

Pour Parler aux bêtes , il a retrouvé quelques éleveurs et en a rencontré de nouveaux.

Il les a fait «poser» devant un micro :un par un, ils sont venus comme devant un photomaton dans leur propre exploitation, dans un champ, une étable, une stabulation. Et là, il leur a demandé de parler à leurs bêtes, de faire un effort de concentration pour se souvenir et reformuler ce qu’ils disent quant ils parlent à leurs animaux. Il a aussi enregistré des bruits, des sons dans les différents lieux de l’élevage.

Cette œuvre créée dans la perspective d’une diffusion radiophonique est purement sonore, sans image ni installation. Le visuel étant absent de la création, c’est notre propre imaginaire qui est sollicité, avec nos sensations et nos mémoires. Des pas, des cris, des voix d’hommes, des appels, des voix de femmes se succèdent, se chevauchent comme des fragments des bruits de la vie. Puis des poules, des brebis, de la musique à la radio et le sentiment d’une ferme heureuse comme dans un souvenir d’enfance. Mais aussi des bruits métalliques, répétitifs, des questions ou assertions emplies de confusion « Ce sont des monstres », « On ne nous paie pas le prix des choses »…. Des sons, des paroles évoquant un monde paysan désarçonné.

Parler aux bêtes / 1
Parler aux bêtes / 1 Crédits : Robert Milin / DR

En écoutant Parler aux bêtes j’ai tout d’abord pensé à une autre oeuvre plus légère, remplie d’humour et d’ironie : celle de Marcel Broodthaers « interviewant » pendant quelques minutes son chat sur le rôle des musées, sur l’art contemporain, sur le titre de Magritte, Ceci n’est pas une pipe . En réponse, le chat miaule. Avec Parler aux bêtes , les questions, les mots restent aussi sans réponse : ce sont des monstres… pourquoi ont ils fait de vous une industrie ?

Mais ici ce n’est pas l’artiste qui met sa voix en scène mais comme toujours dans les œuvres de Robert Milin ce sont des personnes rencontrées spécifiquement pour ce projet : les éleveurs. C’est une longue immersion qui lui permet de réaliser ce travail aux allures d’archiviste dans un premier temps. Au sens où il part à la rencontre, à l’écoute et collecte ses matériaux. En cela sa démarche s’apparente aux œuvres musicales de Nicolas Frize, je pense aux oeuvres Patiemment ou Paroles de voitures nées de longs moments d’immersion dans un hôpital et dans une usine. Les deux artistes s’immergent longuement dans des univers dont ils puisent des matériaux qu’ils vont ensuite déplacer dans une pratique artistique.

Suite aux rencontres dans les exploitations, Robert Milin a donc demandé aux éleveurs de performer leur propre rôle. Après ce travail d’enregistrement in situ est venu le temps de la mise en forme de ces sons. Par le biais du montage tous ces matériaux sonores construisent des pensées et des paysages. Si l’œuvre ne suit pas un schéma très narratif néanmoins la succession de ces fragments de vie est porteuse d’un potentiel figuratif. Le son a cette double capacité à convoquer des expériences réelles tout comme à créer les conditions d’une histoire imaginaire.

Pendant près d’une heure les bruits, les paroles donnent son intensité à Parler aux bêtes , le son devient une autre exploration de l’espace réel des élevages. Delphine Suchecki

Parler aux bêtes / 2
Parler aux bêtes / 2 Crédits : Robert Milin / DR

2ème partie - Entretien de Robert Milin avec Guy Tortosa

3ème partie Une Alouette de Pologne de Robert Milin

Une Alouette de Pologne est une œuvre sonore. Des voix, des paroles, se déroulent, se succèdent et se complètent. Ces voix, ce sont celles d’habitants rencontrés lors d’une résidence d’artiste pendant deux ans dans le quartier Saint-Rémy à Saint-Denis. Robert Milin les a enregistrés les uns après les autres, leur demandant simplement de décrire un paysage, un lieu à Saint-Denis ou ailleurs où ils se sentent bien. Des fruits d’un verger normand au vol d’une alouette, d’un parfum de safran à une petite cour, toutes ces images et pensées sont très personnelles et pourtant si semblables dans leur capacité d’un apaisement trouvé. Dans ces mots, tout un monde à la fois réel et abstrait se loge et se déploie nous emmenant au loin des images réduites auxquelles Saint-Denis et ses habitants sont trop souvent assignés.

Production Robert Milin

Réalisation Lionel Quantin

Prise de son Robert Milin, Delphine Milin

Mixage Manuel Couturier

Pour aller plus loin dans le langage 

L'élevage, un partage de sens entre hommes et animaux : intersubjectivité des relations entre éleveurs et animaux dans le travail : Thèse de Jocelyne Porcher pour le doctorat de l'Institut national agronomique Paris-Grignon 

Comment être éleveur, dire aimer ses animaux, tout en les amenant vers la consommation humaine : texte d’un éleveur ardéchois publié sur le site du collectif Quand l’abattoir vient à la ferme. 

Mettre en parole les relations entre hommes et animaux d’élevage. Circulation des récits et mise en débat : article de Claire Lamine, paru dans le numéro 9 de la revue en ligne ethnographiques.org, en février 2006.

Intervenants
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