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photo tirée de "Hearing the shape of a drum", 2010, vidéo HDV, 17 min  coproduction 6. Berlin Biennale / CAC Bretigny; collection CNAP, Paris;
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Des images comme des oiseaux / je me souviens

59 min
À retrouver dans l'émission

Poissy, Maison Centrale, Atelier de lectures de films, à partir de la collection des vidéos du Centre national des arts plastiques.

photo tirée de "Hearing the shape of a drum", 2010, vidéo HDV, 17 min  coproduction 6. Berlin Biennale / CAC Bretigny; collection CNAP, Paris;
photo tirée de "Hearing the shape of a drum", 2010, vidéo HDV, 17 min coproduction 6. Berlin Biennale / CAC Bretigny; collection CNAP, Paris; Crédits : Marie Voignier, courtesy Marcelle Alix, Paris

Longtemps,  l’artiste Marcel Duchamp s’est attaché à rappeler que « c’est finalement le regardeur qui fait le tableau ».

Si l’art instaure une rencontre, la promesse d’un rendez-vous supposé et  potentiel, il contribue en outre  à faire émerger en soi les contours d’une œuvre intérieure, mobilisant l'imaginaire des œuvres tout aussi bien que l'imaginaire du regardeur.  

Dans son essai, le théoricien allemand  des medias Karl Sierek analyse comment l'historien de l'art allemand Aby Warburg (1866- 1929) décrit la nature ubiquitaire des images reproductibles, en les dotant d'ailes : pour Aby Warburg, les images modernes sont devenues des oiseaux.

Des images comme des oiseaux : elles volent d'un lieu à l'autre, de pays en pays, de continent en continent, partout où vivent les hommes. Oiseaux - images migrateurs. Légères et volages, elles sont constamment en mouvement. Aby Warburg.

Le texte de Sierek met en perspective la nature instable des images modernes, leur ductilité, leur discontinuité. 

Entrepris à partir de janvier 2017 sur une proposition de Pascale Cassagnau, responsable des collections vidéo et nouveaux médias au Centre national des arts plastiques,  les rendez-vous de Poissy ont été conçus comme une invitation pour les personnes détenues à des promenades tracées dans le champ de la création contemporaine, pour aller à la rencontre  de films,  pour établir des dialogues avec des œuvres, des rencontres avec des artistes, afin de faire advenir le film intérieur. C’est au croisement d’une  rencontre avec des œuvres et l’expression d’une subjectivité singulière qu’ont pris forme les rendez-vous de Poissy de l’Atelier de lectures des films vidéos, dans l’expérimentation du regard, dans l’expérience d’une parole, dans le dialogue avec des artistes vidéastes.

Les images en mouvement. Traversée dans une histoire du XX°siècle.

Les histoires de la modernité artistique du XXème siècle accordent une grande place au dialogue entre l’expression artistique et les dispositifs machiniques. Cinéma, télévision, vidéo, nouveau medias numériques en constituent les pôles artistiques, à côté des questions portant plus spécifiquement sur l’enregistrement et la diffusion sonore, entre magnétophone et téléphone.

Depuis l'invention du cinéma vers 1895, de la télévision en 1937 et la généralisation de son usage dans les années 60, de l'invention de la vidéo et l'apparition des premiers magnétoscopes domestiques à partir des années 70, la création contemporaine s'est vue placée tout au long du XXème siècle dans le contexte élargi de l'espace vidéographique, ainsi que du cinéma. L’histoire de l’art vidéo a pour origine l’invention et l’histoire de la télévision, de ses dispositifs, de son appareillage, de l’invention des techniques d’enregistrement, de télédiffusion, de monitoring. Un grand nombre d'artistes ont choisi d'explorer les potentialités conceptuelles de la télévision et de la vidéo, pour faire de l'espace de la communication un lieu critique, et de la vidéo un lieu principal d'expression.

Bien des œuvres vidéo contemporaines, et cela dès les années 70 au moment où la vidéo devient un moyen d’expression majeur, s’emparent de deux problématiques pour en explorer toute la portée utopique : l’appropriation de sources culturelles diversifiées issues du monde des mass – média, le temps humain et l’auto - fiction de tout le monde, sous le mode d’un self – médium. Le singulier et l’intime, ressaisis à l’échelle d’un temps commun, les représentations singulières de soi entrent en dialogue avec un travail de l’image qui fait du montage, de la fragmentation, de la référence à l’espace filmique sa préoccupation la plus décisive. Les œuvres de la collection vidéo s'inscrivent dans ces perspectives tracées par les artistes, dessinant pour le XXIème siècle le bref synopsis d'un art des images en mouvement. Les films rassemblés à Barcelone témoignent de la richesse et de la complexité d’une production vidéographique : tous viennent former le creuset des “ time based media ”, les arts du Temps, à considérer comme une Galaxie Vidéo généralisée. Par leurs formes, leurs agencements, les films témoignent également d’une traversée dans une histoire du XXème siècle.

La collection vidéo du Cnap, Centre national d'art contemporain

Désignée sous l’appellation Fonds national d’art contemporain, la collection de l’État gérée par le Cnap se caractérise par la singularité de son histoire. Son origine remonte à la révolution française, époque qui voit naître la notion de patrimoine commun et la République se structurer. Dès 1791, la Division des beaux-arts, dotée d’un budget propre, est créée, avec pour objectif d’en­courager les artistes vivants et de promouvoir un art susceptible d’éduquer les citoyens. Sans cesse réaffirmées et affinées au fil du temps, ces missions se concrétisent par des achats et des commandes.

Véritable collection au sein de l'ensemble des oeuvres du fonds national d'art contemporain, la collection vidéo compose un ensemble très cohérent, tout en étant représentative des courants esthétiques qui traversent la création contemporaine.

Forte de près de 800 oeuvres comportant des installations vidéo, des vidéos projections, des mono – bandes, la collection vidéo constitue un fonds riche et diversifié au sein duquel des oeuvres de très jeunes artistes (Serge Comte, Claude Closky, Laetitia Bénat, Cyprien Gaillard, Muriel Toulemonde) dialoguent avec des installations d’artistes plus confirmés (Gary Hill, Bill Viola , Antoni Muntadas, Dennis Oppenheim, Rodney Graham, Thierry Kuntzel). Des thématiques esthétiques se dégagent de l’ensemble de la collection, telles que les micro - fictions du moi, les rhétoriques des images ou  cinemas /cinéma.

Les œuvres vidéo de la collection nationale du Cnap, témoignent de la diversité des approches artistiques de la collection, ainsi que de la capacité des œuvres à inventer un art filmique et sonore qui met en perspective la peinture, le paysage, la danse, par les moyens narratifs de l’image. 

Parmi les 800 œuvres vidéo, 55 ont été choisies pour les lectures de films de l’Atelier de lecture de Poissy.

Pour Des images comme des oiseaux / Je me souviens, les œuvres des  artistes Ismahil Bahri, Eric Baudelaire, Romain Kronenberg, Marie Losier, Valérie Mréjen, Alexandre Périgot, Noelle Pujol, Marie Voignier dialoguent avec les personnes détenues de l'Atelier de lecture de films de la Centrale de Poissy.

"Des images comme des oiseaux / Je me souviens"

Production Pascale Cassagnau

Réalisation Christine Robert

Prise de son Laurent Lucas, François Rivalan

Bibliographie

  • Franois Bovier, Early Video and Experimental Film Networks, Ecole Cantonale de Lausanne, 2017
  • Pascale Cassagnau, Un pays supplémentaire. La création contemporaine dans l'architecture des médias, Beaux-Arts de Paris Edition, 2010.
  • Chris Marker, ouvrage collectif sous la direction de Christine Van Assche, Raymond Bellour, Jean -Michel Frodon, La Cinémathèque française, 2018.
  • Michael Rush, Les nouveaux media dans l'art, Thames and Hudson, 2005
  • Karl Sierek, Images oiseaux. Aby Warburg et la théorie des medias, Klinksieck, 2009

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