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CHEMIN DES DAMES 2017. Des dizaines de petits sentiers humides mènent à la ligne de front. Il furent empruntés, à 6 heures, dans la brume et la peur, par les 100.000 premiers attaquants du 16 avril 1917.
Épisode :

Empreinte sur le chemin des Dames

59 min
À retrouver dans l'émission

Que reste t'il de l'offensive du général Nivelle sur le Chemin des dames ?

CHEMIN DES DAMES 2017. Des dizaines de petits sentiers humides mènent à la ligne de front. Il furent empruntés, à 6 heures, dans la brume et la peur, par les 100.000 premiers attaquants du 16 avril 1917.
CHEMIN DES DAMES 2017. Des dizaines de petits sentiers humides mènent à la ligne de front. Il furent empruntés, à 6 heures, dans la brume et la peur, par les 100.000 premiers attaquants du 16 avril 1917. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Au printemps 1917, l‘offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, près de Reims, occasionna près de 200.000 morts. Les hurlements de ceux-ci hantent-ils les sillons fertiles ? Sont-ce leurs âmes qu’on voit errer dans les brumes du petit jour ?

Le bord de la forêt de Vauclair, qui est toujours officiellement classé "zone rouge", fut planté artificiellement en 1927, pour masquer les traces des combats.
Le bord de la forêt de Vauclair, qui est toujours officiellement classé "zone rouge", fut planté artificiellement en 1927, pour masquer les traces des combats. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

La cicatrice de cette plaie monstrueuse est-elle visible, cent ans après, dans les bras tordus des arbres ? Peut-on la percevoir, comme un sous-texte à l’apparente normalité du paysage d’aujourd’hui ? Les guerres d’aujourd’hui sont-elles consécutives à ce conflit qui bouleversa l’équilibre du monde? En sont-elles même une empreinte, un écho?

Au sortir de la guerre , tout le territoire était classé en "zone rouge", incultivable, inconstructible, inhabitable.
Au sortir de la guerre , tout le territoire était classé en "zone rouge", incultivable, inconstructible, inhabitable. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Avec ces questions, Isabelle Souquet, journaliste, et Jean-Marie Porcher, preneur de son, ont parcouru, micro en main, les chemins creux bordant ce qui est aujourd’hui la départementale 18, entre Corbeny et Aisy-Jouy, dans l’Aisne.

Dès les années 20, quelques volontaires, abrités dans des cabanes en bois fournies par le gouvernement du Canada, ont commencé à déblayer la zone pour y semer, en toute illégalité.
Dès les années 20, quelques volontaires, abrités dans des cabanes en bois fournies par le gouvernement du Canada, ont commencé à déblayer la zone pour y semer, en toute illégalité. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Dans un aller-retour inquiet entre la turbulence de conflits d'aujourd’hui et l’apparente tranquillité du Chemin des Dames, ils posent la question des traces. Empreinte des corps, qu’on retrouve parfois en lisière de bois à la faveur du défrichage ; empreinte des armes, des munitions, qu’on déterre en semant, qu’on ramène en récoltant.

Le service de déminage de la protection civile du département de l'Aisne intervient 700 fois par ans, soit deux fois par jour. On pense qu'on continuera à trouver des munitions non-explosées pendant encore 500 ans.
Le service de déminage de la protection civile du département de l'Aisne intervient 700 fois par ans, soit deux fois par jour. On pense qu'on continuera à trouver des munitions non-explosées pendant encore 500 ans. Crédits : Isabelle Souquet / DR

Empreinte sur les paysages, des forêts nouvelles qu’on a plantées pour dissimuler la marque du front, empreinte sur les cultures, dont un fermier dira que les horizons agricoles sont bouleversés peut-être pour plus de 6000 ans.

La départementale 18 est bordée de villages détruits, dont ne reste parfois qu'un petit panneau souvenir. Mais dès qu'on se baisse, on trouve des restes de tuiles, de pierres, de fragments de portails rouillés.
La départementale 18 est bordée de villages détruits, dont ne reste parfois qu'un petit panneau souvenir. Mais dès qu'on se baisse, on trouve des restes de tuiles, de pierres, de fragments de portails rouillés. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Empreinte enfin dans l’esprit des hommes, hantés comme l’est Martine, qui n’ose pas aller en forêt, de peur de marcher sur les morts ; comme l’est Laurent, un artiste qui voudrait ne plus peindre la guerre et qui sans cesse y revient, happé dit-il ; comme l’est Noel, agriculteur qui caresse cette terre comme le font les amants, mais s’y s’écorche sur les restes métalliques, bombes, grenades, barbelés gisant dans les sillons.

Noel Genteur est un agriculteur qui se bat contre les séquelles de la guerre. L'histoire ne compte pas, dit-il, la plupart du temps elle justifie les guerres. Seule compte la mémoire. Celle des disparus. Celle des survivants. La mémoire de la terre.
Noel Genteur est un agriculteur qui se bat contre les séquelles de la guerre. L'histoire ne compte pas, dit-il, la plupart du temps elle justifie les guerres. Seule compte la mémoire. Celle des disparus. Celle des survivants. La mémoire de la terre. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Paroles des hommes, silence des champs après la bataille, hurlement des archives sonores (fragments de reportages en Libye, en Haïti, en Irak, en Centrafrique), poussières de fictions (l’histoire dont s’inspire Stanley Kubrick dans « Les sentiers de la gloire » est arrivé tout près, en 1916) esquissent un monde où la paix a la fragilité d’une simple trêve.

"La végétation a repoussé, les cultures aussi et la vie a repris, un peu plus grave, un peu plus lourde, un plus triste, mais la vie quand même." F. Hollande. Discours du centenaire.
"La végétation a repoussé, les cultures aussi et la vie a repris, un peu plus grave, un peu plus lourde, un plus triste, mais la vie quand même." F. Hollande. Discours du centenaire. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Liens :

La Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale

Site de Laurent Tourrier

Au carrefour d'Hurtebise, un monument célèbre l'histoire, un grognard de Napoléon serrant le même faisceau qu'un poilu de 14.
Au carrefour d'Hurtebise, un monument célèbre l'histoire, un grognard de Napoléon serrant le même faisceau qu'un poilu de 14. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Avec l’aide de : Jérôme Buridant, chercheur au CNRS, Julien Staub, agent de l’ONF, responsable du secteur de la foret de Vauclair, Olivier Poujade, grand reporter (France Inter)

Textes de Jean Giono, Le Grand Troupeau (Gallimard 1931) lus par Gerard Cognet

Le long de la départementale, de petits monuments d'initiatives individuelles gardent le souvenir d'un frère, d'un fils, d'un mari, parfois d'un groupe d’amis.
Le long de la départementale, de petits monuments d'initiatives individuelles gardent le souvenir d'un frère, d'un fils, d'un mari, parfois d'un groupe d’amis. Crédits : Jean - Marie Porcher / DR

Extraits de : « Les sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick (United Artists 1957) et "J'accuse" d’Abel Gance (Gaumont 1937)

Production : Jean - Marie Porcher et Isabelle Souquet

Réalisation : Lionel Quantin

Prise de son : Jean - Marie Porcher

Mixage : Jean - Baptiste Etchepareborde

Bibliographie

Intervenants
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