Programmes
Culture Musique été
du lundi au vendredi de 15h à 16h

L'esprit des labels indépendants

5 épisodes disponibles
.
.

Le MP3 fête cette année ses vingt ans. Présenté à ses débuts comme le fossoyeur des artistes et de leur créativité, l’industrie musicale parlera de piratage plutôt que de partage. Pourtant, la musique numérique constitue aujourd’hui la norme. La mondialisation et la concentration ont imposé un modèle dominant, celui du téléchargement légal et surtout du streaming. Trois majors se partagent 70% du marché français, feignant d’ignorer les problèmes de répartitions des revenus comme les dommages auditifs irréversibles que cause la compression numérique.

Beaucoup d’observateurs du monde culturel s’inquiètent de ce qui apparaît comme un véritable appauvrissement de l’appréhension de la musique par les nouvelles générations. La notion de produit de consommation immédiate et jetable se substitue à celle de bien culturel.

Du côté des artistes, les revenus ont fondu jusqu’à l’indécence dans la bataille des négociations entre éditeurs, labels et plateformes de streaming. Au temps de la musique «d’avant », le musicien montait sur scène pour promouvoir son album fraîchement sorti et en optimiser les ventes. Aujourd’hui, c’est sur scène qu’il gagne sa vie et se voit donc dans l’obligation de sortir un disque pour espérer séduire d’éventuels tourneurs et décrocher des dates. Les labels indépendants eux, se partagent les miettes restantes. Pourtant ils demeurent un référent en matière de créativité. Ce qu’a bien compris le marché qui sait que l’authenticité génère un fond de clientèle fidèle, autant qu’une image médiatique positive. Ainsi en cette rentrée 2015, Havas, via sa filiale BETC et le label Polydor (filiale d'Universal), créent le label « Pop », label qui se réclame dans ses codes (notamment graphiques) d’une fantasmatique directement inspirée des indés. Sous un discours totalement démagogique d’authenticité, ils utilisent leurs réseaux pour vendre des synchros publicitaires, contrôlant ainsi la chaîne de production, de diffusion et de distribution de la musique.

Pour autant, des artistes et leurs labels ont su s’adapter aux nouvelles possibilités offertes par la dématérialisation de la musique. Si l’on a beaucoup parlé en France de home studio ou de French touch, c’est plus du côté de la responsabilisation de l’artiste qu’il faut chercher les voies intéressantes qu'explorent les labels indépendants depuis une quinzaine d’années. Couteaux suisses de la musique, leur liberté s’est constituée par la création de leurs propres structures, les laissant maîtres de leurs directions artistiques. Ils sont aussi le plus souvent propriétaires de leurs éditions et de leurs productions, responsables de leur communication et savent se diversifier, au delà du simple merchandising. En résumé, ils ont créé leur propre modèle économique, au service d’une intention artistique.

L’idée de cette série est de s’attacher aux particularismes de ceux qui en France ont été aux origines de ces labels, en explorant leurs intentions et leurs propositions. Appelés « micro-labels » de façon méprisante à leurs débuts, ils constituent aujourd’hui une réelle alternative économique autant qu’une faculté d’aspérité au monde, face au nivellement artistique et consumériste. La sélection proposée ici, si elle apparait comme purement subjective, relève d’une quête de sens transversale pour tenter de comprendre les éléments qui composent cette philosophie, cette résistance créative.

Ecouter le direct
Le direct