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Le lien de l’eau

58 min
À retrouver dans l'émission

Rediffusion du 8 juin 2012 2012C6125E0019 (59’48)

Anthropologue, Geneviève Bédoucha a la particularité d’avoir travaillé sur des sociétés d’eau immergées dans des climats, des milieux physiques et humains variés. Elle a commencé par entrer dans les secrets d’une oasis du sud tunisien, à l’est du Chott Djérid elle constate que c’est par l’eau qu’elle peut pénétrer au mieux la communauté humaine. La société raconte l’eau, se raconte à travers l’eau. Il en est de même pour le peuplement d’une haute vallée du Yémen, deuxième terrain de l’anthropologue pour retrouver la même mesure de la « géométrie de l’eau » dans un ensemble humain du centre de la France en Brenne, articulé à la ligne plutôt qu’à la chaîne des étangs. Il s’avère que dans sa pénurie (au désert) comme à travers son apparente abondance (en Brenne), l’eau acquiert le même statut précieux, rare, fragile. Et dans ce qui semble être une radicale différence, d’étranges similarités et autres homologies sont à observer. Telle l’exacte représentation mentale du parcours d’eau entre l’aiguadier de l’oasis et le garde des étangs. Autour de l’eau se tissent des liens de pouvoir que le devoir de partage et d’entretien encadre par la loi ou la coutume. Ce qui n’empêche ni la forte hiérarchie sociale, ni les tensions et les conflits sinon la nécessité de mettre en scène les rivalités aussi bien dans la réalité sociale qu’à l’abri de l’espace des représentations. Geneviève Bédoucha qui nous en rend compte possède une double vertu : tout en se soumettant aux exigences scientifiques et à la rigueur de méthode que dicte sa discipline, elle propose un texte de belle et intense écriture qui donne à l’étude scientifique une dignité littéraire et cet aspect qui nous rapproche du roman est accentué par l’élément du vécu qui autorise le lecteur à circuler en souveraineté d’un milieu à l’autre en traversant dans les deux sens l’échelle des rangs sociaux sans occulter les tensions et les crises que peut susciter le chercheur par ce que sa présence implique. La relation intersubjective qui se tisse entre l’anthropologue et son informateur est dramatisée de juste mesure.

Bibliographie :

Geneviève Bédoucha, L’eau, l’amie du puissant, une communauté oasienne du Sud-tunisien, Editions des Archives contemporaines, 1987

Les liens de l’eau, en Brenne, une société autour des étangs, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris et Editions Quae, Versailles, 2011

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