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Le poète à sa fille

59 min
À retrouver dans l'émission

Abû Kabîr al-Hadhalî est l'un des deux poètes les plus célèbres de la tribu des Hudhayl (Hedjaz) – qui existe encore aujourd’hui.

Ayant vécu entre le VIe et le VIIe siècle, il fait partie d’une des puissantes voix poétiques d’Arabie qui s’étaient déclarées avant l’apparition de l’islam. Son diwân, qui ne comporte que quatre poèmes, nous a été transmis dans le diwân des poètes de sa tribu. Ces quatre poèmes s’adressent à sa fille Zuhayra. Cela témoigne du privilège accordé au lien d’un père avec sa fille. D’un père qui se lamente de sa vieillesse, d’une jeunesse perdue, complainte d’un homme qui ne peut plus faire ce qu’il faisait. Adieu les conquêtes amoureuses et l’exploit guerrier.

Ce qui n’est plus dans le réel ne peut être compensé ni par l’imagination ni par la mémoire. « Comme si la chose passée jamais ne s’était faite », telle est la chute du premier poème.

Il est à remarquer que ces quatre poèmes partagent le même Incipit : « Zuhayra ! A la vieillesse y a-t-il échappatoire ?/ Ou n’est-il point de voie vers jeunesse révolue ?

Ce même commencement (avec des variantes) est comme destiné à rappeler que chaque poème propose une construction différente et originale : soit en boucle, soit en succession de plans bien ajustés par la maîtrise des articulations. L’atmosphère en est lugubre : dans l’attente de la mort, symboliquement sont évoquées les scènes où le poète a donné la mort dans un autre âge : pendant la guerre ou à la chasse. Un monde désolé s’impose, site prêt à accueillir quelque personnage tragique sorti d’Œdipe à Colone ou d’Antigone.

C’est illustré par de très belles séquences épiques ou cynégétiques. Douze vers du premier poème qui décrit un compagnon héroïque d’un voyage nocturne sont consacrés dans la tradition arabe. Ils sont cités par le poéticien Ibn Qutayba (fin VIIIe siècle) dans son livre De la poésie et des poètes et dans l’anthologie faite par le poète Abû Tammâm (IXe siècle), la Hamâsa.

Quelques noms de poètes anté-islamiques cités en la circonstance : Ta’abbata Sharran, Nâbigha Dhubyânî, Imru’l-Qays, ‘Antara. On finira aussi par s’interroger sur la notion de langue « classique » dans ses rapports avec la langue du Coran et la langue utilisée par les poètes d’avant l’islam.

Dans l’un et l’autre cas, la tension entre l’oral et l’écrit ne cesse pas.

Bibliographie

Abû Kabîr al-Hudhalî, Zuhayra ! Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, édition bilingue, traduits de l’arabe, présentés et annotés par Pierre Larcher, Sindbad, 2014

Intervenants
  • professeur de linguistique arabe, université Aix-Marseille
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