LE DIRECT

Le prophète peint

59 min
À retrouver dans l'émission

Face au rejet de toute image sainte par la masse des musulmans actuels, François Boespflug revient à l’histoire pour savoir sur quelle source doctrinale et quelle réalité historique se fonde un tel refus.

Or le Coran ne comporte nulle interdiction explicite en ce domaine. Et la deuxième source de la loi islamique, la sunna et le hadîth, n’apporte aucun interdit radical, à l’instar du deuxième commandement du Décalogue qui confirme le premier : tu ne feras point d’image pour honorer l’unicité divine qui restera irreprésentable. Pourtant, l’islam est héritier de cet interdit de représentation. Il passe de l’iconoclasme juif à l’iconophobie et à l’aniconisme.

Cependant, une peinture islamique a bel et bien existé. Et, qui plus est, porteuse d’une iconographie sainte. Tous les personnages saints qui sont devenus par consensus de clercs interdits de représentation ont été par le passé peints et intégrés, soit au récit qui les concerne, soit à la vérité symbolique qui émane de leur charisme.

Tous, des prophètes bibliques repris par le Coran au prophète de l’islam, à ses femmes et ses compagnons.

Encore une fois la culture et l’énergie créatrice débordent la rigueur du dogme. Le document écrit atteste la présence des portraits du prophète dès le IXe siècle (voir ce qu’en dit le botaniste Dinâwâri – 826-896). Mais les premières images prophétiques qui nous sont parvenues datent de la fin du XIIIe siècle. Et elles proviennent aussi bien de milieux sunnites que chiites.

Sur les centaines de peintures prophétiques attestées dans le corpus, notre invité en analyse une vingtaine émanant d’Iran, de Turquie, d’Inde, du Maghreb. Le fonds pictural se déploie du XIVe au XIXe siècle. Pour finir avec cette étonnante photo d’un éphèbe bédouin de Tunisie photographié par Lehnert et Landrock dans les années 1920, devenue à Qom, sous le règne de Khomeiny, le portrait du prophète pubère, image idéalisée et coloriée (dans une esthétique saint-sulpicienne).

Le rappel de ce corpus est destiné à montrer comment le refus actuel s’inscrit à l’horizon d’un islam amputé, celui que prônent les propagandistes du Wahhabisme et des Frères Musulmans.

Intervenants
  • historien et théologien, est dominicain depuis 1965. Il est professeur d'histoire des religions à l'université de Strasbourg et spécialiste international des représentations de Dieu dans l'art.
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......