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2 octobre 2020, Santiago, Chili - les manifestations continuent contre le gouvernement de Sebastian Piñera et en faveur d'un changement radical, plus d'un an après le début du mouvement social
Épisode 3 :

Pérou : quand la corruption fait tomber les têtes

58 min
À retrouver dans l'émission

Au Pérou, trois Présidents viennent de se succéder au pouvoir en moins d’une semaine. En toile de fond de cette crise politique sans précédent, un immense scandale de corruption qui éclabousse la classe politique et les institutions démocratiques péruviennes depuis déjà plusieurs années.

14 novembre, Lima, Pérou - Des manifestants péruviens protestent contre la mise en place d'un gouvernement d'extrême-droite sous l'égide de Manuel Merino, à la suite de la démission de Martin Vizcarra.
14 novembre, Lima, Pérou - Des manifestants péruviens protestent contre la mise en place d'un gouvernement d'extrême-droite sous l'égide de Manuel Merino, à la suite de la démission de Martin Vizcarra. Crédits : Samantha Hare / Wikimedia Commons / CC BY 2.0

Une crise politique sans précédent secoue le Pérou ces dernières semaines : trois Présidents viennent de se succéder au pouvoir en moins d’une semaine.  

Le 9 novembre 2020, le Président Martin Vizcarra, en poste depuis 2018, est destitué par le Parlement. En cause, des soupçons de corruption sur deux affaires de constructions à l’époque où il était gouverneur de province en 2014. Manuel Merino, président du Congrès, le remplace, mais la rue, qui soupçonne une manœuvre politicienne contre Vizcarra - ce Président populaire qui avait justement fait de la lutte anti-corruption sa priorité – proteste vivement et demande le départ de Merino. Le 17 novembre, après 5 jours de manifestations, deux morts et une centaine de blessés, Merino démissionne finalement et cède sa place à un nouveau Président : Francisco Sagasti. 

En toile de fond de ces manœuvres politiques, un immense scandale de corruption qui éclabousse la classe politique péruvienne depuis plusieurs années. Celle de l’affaire dite Odebrecht, du nom d'une entreprise de construction brésilienne qui a reconnu avoir versé des millions de dollars de pots de vin pour obtenir des marchés publics. Quatre anciens Présidents seraient impliqués dans l'affaire, sans parler du Parlement, institution à l’image déplorable, soupçonnée de collusion avec les milieux d’affaires, et en manque de légitimité.  

Et tandis que la classe politique s’écharpe sur le contrôle du pouvoir, les habitants doivent faire face à la crise sociale et sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19, l’absence de filets de sécurité et des services publics laissés à l’abandon.  

Dans un tel contexte : comment reconstruire la confiance ? Comment sortir d’une crise politique, fruit d’un phénomène de corruption systémique, à laquelle s’ajoute une crise économique et sociale profonde ?

Peut-on croire en un aggiornamento de l’ensemble de la classe politique au Pérou ? La pression de la rue – et notamment des plus jeunes – pourrait-elle s'y traduire par l’émergence d’une nouvelle génération politique ?  

Une discussion en compagnie de Kevin Parthenay, professeur de science politique à l’université de Tours, chercheur associé à l’OPALC et membre de l’Institut de recherche juridique interdisciplinaire François-Rabelais (IRIJ), et de Marie-Esther Lacuisse, politiste, chercheure associée au CREDA (Centre de Recherche et de Documentation des Amériques) et membre de l’OPALC.

C'est le pouvoir juridique qui fait qu'il y a aujourd'hui une certaine forme de changement dans les institutions péruviennes, ainsi que l'arrivée de certaines personnalités issues de la lutte juridique dans l'arène politique. C'est peut-être une voie originale de rétablissement d'une politique plus valable, plus sociale, plus éthique au Pérou. Marie-Esther Lacuisse

L'affaire des pots de vin d'Odebrecht touche à tous les secteurs de la société péruvienne, jusqu'au plus hautes sphères de l'Etat, Pedro Pablo Kuczynski a été tenu pour responsable d'avoir touché ces pots de vin alors qu'il était Ministre de l'Economie puis Premier Ministre. Kevin Parthenay

En Amérique Latine, le néolibéralisme s'est implanté sur des Etats qui n'étaient pas aussi solides que ce que l'on a pu connaître en Europe ou par ailleurs, et sur des sociétés qui étaient déjà fortement frappées par des inégalités. En l'occurrence, au Pérou, la privatisation est un vecteur d'intensification de ces inégalités, qui pousse à la corruption, à la cooptation d'institutions de l'Etat, à des logiques de clientèle, et l'on rajoute à cela des systèmes de partis politiques dont les financements ne sont pas encadrés. Kevin Parthenay

Seconde partie - le focus du jour

Le poids de la corruption fait vaciller le Guatemala

Le 21 novembre 2020, la rue guatémaltèque s’embrasée contre la classe politique. Le Congrès guatémaltèque a été incendié à la suite de violentes manifestations remettant en cause l’adoption par le Parlement d’un nouveau budget, donnant la priorité au secteur privé – faisant craindre qu’il alimente les circuits de la corruption…

Avec Gilles Bataillon, sociologue, spécialiste de l’Amérique latine contemporaine, directeur d’études à EHESS.

Il y a, de la part des élites politiques centraméricaines, une capacité à détourner systématiquement de l'argent sur le budget public. Gilles Bataillon

28 novembre 2020, Guatemala City - des manifestants guatémaltèques demandent la démission du président Giammatei.
28 novembre 2020, Guatemala City - des manifestants guatémaltèques demandent la démission du président Giammatei. Crédits : JOHAN ORDONEZ - AFP

Références sonores

  • Extrait du discours de Martin Vizcarra au soir de sa destitution par le Parlement (Euronews, 10 novembre 2020)
  • Témoignage d'un manifestant péruvien qui ne se réjouit ni de Vizcarra ni de Merino (RTBF, 16 novembre 2020)
  • Annonce du départ de Manuel Merino de la présidence de la République du Pérou (RTS, 16 novembre 2020)
  • Témoignage d’une Péruvienne venue fêter le départ de Manuel Moreno (AFP, 15 novembre 2020)
  • Extrait du discours de Francisco Sagasti après son élection par le parlement (AFP, 17 novembre 2020)
  • Extrait de l’allocution de Pedro Pablo Kuczynski annonçant sa démission le 21 mars 2018 (France 24, 21 mars 2018) 
  • Pilar Santos, activiste et co-fondatrice du « Réseau de luttes » très impliquée dans la lutte anti-corruption au Pérou (France 24, reportage d’Amanda Chaparro, Raphaël Colliaux et Théo Bonin, 25 juin 2019)
  • Témoignages de deux manifestants guatémaltèques à propos des coupes budgétaires décidées par le gouvernement (France 24, 22 novembre 2020)

Références musicales

  • « Rosada » de Dj Python (Label : Kerbrada)
  • « Sueño Marino » du groupe péruvien Khromatik, accompagnée de la chanteuse Chaska (Label : Matraca)
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
Grande-Bretagne : le Covid, mécanique darwinienne du monde de la culture ?
Intervenants
  • Professeur de science politique à l’université de Tours, chercheur associé à l’OPALC et membre de l’Institut de recherche juridique interdisciplinaire François-Rabelais (IRIJ)
  • Politiste, chercheure associée au CREDA (Centre de Recherche et de Documentation des Amériques) et membre de l’OPALC
  • Sociologue, spécialiste de l’Amérique latine contemporaine, directeur d’études à EHESS
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