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2 octobre 2020, Santiago, Chili - les manifestations continuent contre le gouvernement de Sebastian Piñera et en faveur d'un changement radical, plus d'un an après le début du mouvement social
Épisode 4 :

Venezuela : l’impossible sortie du chavisme

58 min
À retrouver dans l'émission

Qu’attendre, au Venezuela, d'élections législatives où tout semble joué d'avance, dans un pays affaibli depuis des années par la guerre politique entre les pro et les anti-Maduro - et alors que s’y accumulent les crises économiques, migratoires, sociales et maintenant sanitaires ?

Caracas, Venezuela, 29 juillet 2017 - vue de barricades mises en place dans le cadre de manifestations contre le régime de Nicolas Maduro
Caracas, Venezuela, 29 juillet 2017 - vue de barricades mises en place dans le cadre de manifestations contre le régime de Nicolas Maduro Crédits : RONALDO SCHEMIDT - AFP

Pour l’opposition, le scrutin n’est qu’une mascarade destinée à lui confisquer une nouvelle fois le pouvoir législatif. Cinq ans après sa victoire aux dernières élections parlementaire, elle se retrouve dans une situation hors normes, à la tête d’une Assemblée nationale privée de la totalité de ses prérogatives par le président Nicolás Maduro. 

Ce dernier compte sur la victoire de son parti, dimanche 6 décembre 2020, pour fermer définitivement cette parenthèse, et récupérer officiellement un pouvoir qu’il n’a jamais cédé, en pratique. Une perspective crédible, l’opposition ayant appelé à l’abstention et la plupart des observateurs électoraux habituels ayant refusé de superviser le scrutin, estimant que les conditions d’un processus démocratique n’étaient pas réunies. Dans ce contexte, l’idée d’une alternance semble irréaliste à court terme. 

Juan Guaidó, autoproclamé président par intérim en janvier 2019 et reconnu par une part importante de la communauté internationale, ne fait plus l’unanimité au sein de l’opposition. Alors que le retour de nombreux migrants chassés des pays voisins par la récession liée au Covid-19 aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique, le Venezuela semble s’enfoncer dans une crise sans fin.

Comment le chavisme, rejeté par les urnes en 2015 et mis au ban de la communauté internationale, s’est-il maintenu au cours des cinq dernières années ? A défaut d’offrir une perspective d’alternance démocratique, les élections de dimanche 6 décembre peuvent-elles faire bouger les rapports de force en interne, au sein de l’appareil d’Etat vénézuélien ? Dans quelle mesure l’aggravation de la crise économique et humanitaire constitue-t-elle un terreau insurrectionnel ? Déçu par le pouvoir, le peuple l’est-il également par l’opposition ?

Une discussion en compagnie de Thomas Posado, docteur en science politique, chercheur associé au CRESPPA-CS (Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris), et d'Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle.

Il me semble que c'est une erreur, de la part de l'opposition, que de boycotter ces élections. Il faut d'ailleurs rappeler que c'est une erreur qui avait déjà été commise par l'opposition vénézuélienne en 2005, après la défaite d'un référendum révocatoire qu'ils avaient organisé contre Hugo Chávez. Ils avaient boycotté les législatives, ce qui avait permis à Chávez d'avoir la main sur l'ensemble des pouvoirs au Venezuela. Olivier Compagnon

Au fur et à mesure que l'autorité de Nicolás Maduro s'est affaiblie, c'est celle de l'armée qui s'est accrue. Moins il a eu d'autorité sur le pays, plus il a donné de gages à l'armée : nombre d'entreprises nationalisées sont aujourd'hui sous le contrôle de l'armée, nombre de dirigeants arrivent à accumuler des capitaux par ce biais-là, un tiers des ministres sont militaires... il y a un renforcement du pouvoir économique de l'armée dans les hautes sphères. Thomas Posado

Seconde partie - le focus du jour

Venezuela : un régime sous perfusion chinoise

Si le chavisme a pu se maintenir en dépit de la débâcle économique à laquelle est confronté le Venezuela depuis 2013, c’est notamment grâce à l’appui de rares mais puissants partenaires internationaux, au premier rang desquels se trouve la Chine. Alors que l’économie vénézuélienne est aujourd’hui asphyxiée par les sanctions américaines, Maduro compte encore sur les investissements chinois pour redresser la barre, grâce à une loi controversée permettant d’ouvrir le secteur pétrolier. 

Avec Iris Marjolet, doctorante à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (Inalco/ Université de Paris/ CNRS).

Le soutien politique de la Chine au Venezuela permet d'y maintenir leurs intérêts économiques, et d'être remboursés. Mais, au-delà de cela, s'il y avait, par exemple, un changement d'administration, les Chinois travailleraient avec Guaido et seraient quelque part soulagés s'il y avait une restructuration totale du secteur pétrolier et économique. Iris Marjolet

6 novembre 2020, Caracas, Venezuela -  Nicolas Maduro en compagnie de Li Baorong, ambassadeur de la Chine au Venezuela, rencontrent des représentants commerciaux chinois.
6 novembre 2020, Caracas, Venezuela - Nicolas Maduro en compagnie de Li Baorong, ambassadeur de la Chine au Venezuela, rencontrent des représentants commerciaux chinois. Crédits : JHONN ZERPA / PRESIDENCE DU VENEZUELA - AFP

Références sonores

  • Nicolas Maduro à propos des élections législatives à venir (Facebook de Nicolas Maduro, 2 décembre 2020)
  • María Corina Machado à propos de l’ingérence de la Russie et de l’Iran au Venezuela et de l’importance des démocraties occidentales à intervenir (Forum 2000, entretien par Matrina Minarova, 26 novembre 2020)
  • Brève de la CGTN en français datée d’avril dernier et expliquant que Xi Jinping était prêt à renforcer sa coopération avec le Venezuela dans sa lutte contre le COVID 19 tandis que Nicolas Maduro remerciait celui-ci de son aide (CGTN, 11 avril 2020)

Références musicales

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Dans quel état le monde de la culture sortira-t-il de la crise ? (4/4) : Le cinéma a-t-il encore un avenir ?
Intervenants
  • docteur en science politique, chercheur associé au CRESPPA-CS (Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris)
  • professeur d’histoire contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle
  • doctorante à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (Inalco/ Université de Paris/ CNRS)
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