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Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une manifestation contre un projet de réforme fiscale du gouvernement à Cali, en Colombie, le 3 mai 2021.
Épisode 1 :

Du Brésil au Salvador : des chefs d’Etats à l’assaut de la démocratie

58 min
À retrouver dans l'émission

Pour dénoncer la tentative de contrôle de l’appareil militaire par Bolsonaro, et son instrumentalisation à des fins politiques, trois chefs des armées démissionnent au mois de mars. Les années de présidence Bolsonaro ont-elles affaibli les institutions démocratiques et la séparation des pouvoirs ?

Des manifestants mettent le feu à un mannequin représentant le président brésilien Jair Bolsonaro lors d'une manifestation contre sa gestion de la pandémie COVID-19 à Rio de Janeiro, le 29 mai 2021.
Des manifestants mettent le feu à un mannequin représentant le président brésilien Jair Bolsonaro lors d'une manifestation contre sa gestion de la pandémie COVID-19 à Rio de Janeiro, le 29 mai 2021. Crédits : Andre Borges - AFP

Nos invités sont Gustavo Ribeiro, journaliste, fondateur de Brazilian Report et Marie-Hélène Sa Vilas-Boas, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Côte d’Azur. 

Au mois de mars dernier, le Président Bolsonaro procédait à un remaniement important de son administration : six ministères étaient remplacés, dont celui des Affaires étrangères, de la Justice, et surtout de la Défense. Un remaniement peu apprécié par les militaires dont les trois principaux chefs de l’Armée de l'air, de terre et de la marine ont donné leur démission pour dénoncer ce qu’ils considèrent être une dangereuse tentative de contrôle de l’appareil militaire et de son instrumentalisation à des fins politiques.

L’élection présidentielle de 2022 se rapproche au Brésil et des milliers de personnes descendent dans la rue pour dénoncer la gestion de la pandémie de coronavirus, appelant à la destitution de Bolsonaro. Sa gestion de la pandémie est notamment très critiquée : on compte près de 470 000 morts dans le pays. 

Comment comprendre cette crise politique entre le président et l’armée alors que Bolsonaro, ancien capitaine parachutiste, semblait être leur homme providentiel ? Existe-t-il une ambition de reprise en main de l’appareil sécuritaire ? Jusqu’où faut-il s’inquiéter pour la démocratie brésilienne ? Dans quelle mesure la présidence de Bolsonaro a-t-elle affaibli les institutions du pays ? Que penser de l’élection présidentielle de 2022 à laquelle l’ancien Président Lula se tient prêt alors qu’une décision judiciaire l’en a déjà privé une fois pour le disqualifier ?  

Pour qu’un impeachment soit initié, il faut que le président perde ses soutiens au sein du Congrès. Or, Bolsonaro a renforcé ses soutiens au Sénat et à la Chambre des députés, la configuration n’est donc pas favorable. C’est-à-dire que si demain l’Armée voulait fragiliser le Président, celui-ci n'aurait qu'à s'appuyer sur ses soutiens parlementaires. Marie-Hélène Sa Vilas-Boas

Bolsonaro lance des attaques contre les institutions démocratiques et recule dès qu’il y a une réaction, afin de relancer des attaques quelques semaines plus tard. Dès qu’il y a un semblant de recul, la presse et la classe politique se disent satisfaites. Sauf que, l’attaque qui suit va toujours un peu plus loin. Il faut reconnaître à Bolsonaro de ne jamais être allé vers le centre, et encore moins en ce moment. Gustavo Ribeiro

Seconde partie - Le focus du jour 

Le virage autoritaire de Nayib Bukele au Salvador

Le 1er juin, Nayib Bukele fêtait les deux ans de son élection à la tête du Salvador. Deux années pendant lesquelles le président « outsider », élu à 37 ans, moderne et connecté semble être sur le chemin d’une dérive autoritaire. Le 1er mai en effet, la Communauté internationale était sous l’émotion de son « coup d'État institutionnel » : les Parlementaires de son parti ont destitué plusieurs juges de la Cour Suprême. Une démarche qui n’est pas illégale, mais semble peu légitime. Avant cela, en février 2020, il s’était présenté à l’Assemblée avec des militaires en armes, pour pousser à l’adoption d’un budget sur la sécurité. Pourtant, depuis les élections législatives de février, il bénéficie d’un soutien populaire renforcé. Jusqu’où pourra aller cette dérive ?

Entretien avec Thierry Maire, chercheur associé au CEMCA, affilié au centre Maurice Halbwachs, professeur invité permanent à l’ESEN au Salvador.

La prise du parlement est à remettre dans le contexte national. Lorsque Bukele a été élu président, en 2019, il n’a pas de majorité au Parlement et le décalage calendaire l’a rendu pieds et poings liés devant les parlementaires.  Une bonne partie de ses projets ont donc été rejetés, et Bukele a senti que les députés avaient une mauvaise image auprès de la population. Envahir le Parlement était alors une solution pour rappeler que le pouvoir c’était lui, qu’il avait été élu et qu’il avait un programme à appliquer. Cette action témoigne d’un affaiblissement de la séparation des pouvoirs. Thierry Maire

Le président salvadorien Nayib Bukele prononce son discours annuel à la nation marquant sa deuxième année de mandat, à l'Assemblée législative de San Salvador, le 1er juin 2021.
Le président salvadorien Nayib Bukele prononce son discours annuel à la nation marquant sa deuxième année de mandat, à l'Assemblée législative de San Salvador, le 1er juin 2021. Crédits : MARVIN RECINOS - AFP

Une émission préparée par Bertille Bourdon. 

Références sonores

  • Discours d’adieu d’Edson Pujol (Planalto, 20/04/2021) 
  • Bolsonaro au sujet du général sortant Pujol qui déclare que l'armée est loyale à la Constitution. (Jovem Pan News, 20/04/2021)
  • Manifestations du samedi 29 mai 2021 contre Bolsonaro (Franceinfo, 31/05/2021)
  • Lula prépare sa candidature pour 2022 (Europe 1, 20/05/2021, entretien pour Paris Match) 
  • Une députée de Bukele destitue les juges de la cour suprême (DW Español, 03/05/2021
    La Prensa Gráfica Noticias de El Salvador, 05/05/2021)

Références musicales 

  • « Abertura » de Carioca Aquarela   
  • Bande originale du film 21 grammes « Can we mix the unmixable ? (remix) » de Gustavo Santaolalla 

Chroniques

11H53
6 min

Le Tour du monde des idées

Etats-Unis : guerre des générations au Parti démocrate
Intervenants
  • maîtresse de conférences en science politique à l’Université Côte d’Azur
  • Journaliste, fondateur du média en ligne plus55
  • chercheur associé au CEMCA, affilié au centre Maurice Halbwachs, professeurs invité permanent à l’ESEN au Salvador
L'équipe
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