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Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une manifestation contre un projet de réforme fiscale du gouvernement à Cali, en Colombie, le 3 mai 2021.
Épisode 2 :

De Mexico à Moroleón : des élections sous les balles

58 min
À retrouver dans l'émission

Lors de la campagne pour les législatives au Mexique, 91 politiciens ou militants ont été assassinés. Les promesses de pacification de la société portée par le président AMLO sont loin d’avoir été tenues. Dans quelle dynamique historique s'inscrit la violence politique observée lors des élections ?

La police communautaire monte la garde dans un bureau de vote de la communauté Nahuat d'Ayahualtempa, dans l'État de Guerrero, au Mexique, le 6 juin 2021.
La police communautaire monte la garde dans un bureau de vote de la communauté Nahuat d'Ayahualtempa, dans l'État de Guerrero, au Mexique, le 6 juin 2021. Crédits : PEDRO PARDO - AFP

Abel Murrietà, candidat à la mairie de Cajeme, a été assassiné en pleine rue alors qu’il distribuait des tracts. Alma Barragan, candidate à la mairie de Moroleon, a été tuée par balle le micro encore à la main, lors d’une rencontre avec des citoyens. Ces deux homicides spectaculaires font partie des 91 meurtres de responsables politiques qui ont endeuillé la campagne en vue du scrutin qui s’est tenu dimanche 6 juin au Mexique. Le même jour se déroulaient les élections d’une partie de l’assemblée fédérale et de nombreuses assemblées municipales et fédérées. Un événement qui mettait en jeu plus de 20.000 sièges et s’est déroulé dans un climat d’extrême violence.

Trois ans après l’arrivée au pouvoir d’Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), lors d’un scrutin qui avait lui-même donné lieu à plus de 150 assassinats de responsables politiques, les promesses de pacification de la société portée par le président de gauche sont loin d’avoir été tenues. Ce bilan de mi-parcours peu glorieux explique peut-être le recul de son parti dans les urnes, alors qu’il maintient un discours de fermeté contre le « parti du crime ». 

Une lecture monolithique de la violence politique mexicaine qui semble au mieux naïve, au pire mensongère, alors que ce phénomène, loin de relever de la seule criminalité organisée, gangrène tous les échelons de la société.

Dans quelle dynamique historique la violence politique observée lors des élections de dimanche s’inscrit-elle ? Comment a-t-elle évolué au cours du temps ? Quelles en sont les principales cibles et les principaux acteurs ? Sa persistance révèle-t-elle un échec d’Andres Manuel Lopez Obrador, qui avait spécifiquement fait campagne contre les groupes criminels ? Sommes-nous au début d’un processus de pacification réel ?

Nos invités sont Romain Le Cour Grandmaison, docteur en sciences politiques de l’Université Panthéon-Sorbonne et directeur du programme Mexique et Amérique centrale de Noria et Hélène Combes, chercheuse en sciences politiques au CERI/ Sciences Po. 

Sur la géographie politique de la violence pendant ces élections, il y a une décorrélation entre les groupes criminels, grossièrement les cartels de drogues, et les forts taux de violence électorale. Par exemple, sur les derniers jours du scrutin, cinq surveillants électoraux ont été assassinés dans l'État du Chiapas. Pourtant, ce n’est pas un Etat traditionnellement associé à l’image du narcotrafiquant. Désormais, le spectre des violences est large, allant de la pression par téléphone à l’agression physique, au jet de pierre sur des maisons, jusqu’à l’assassinat, au kidnapping, à la pression sur votre famille. Toutes ces violences font partie des outils utilisés pour faire de la politique. Ce spectre va au-delà du narcotrafic. Romain Le Cour Grandmaison

Andrés Manuel López Obrador a voulu lutter contre la violence, de manière peut-être un peu naïve, en développant des programmes sociaux, notamment tournés vers la jeunesse avec l’idée de combattre l’enrôlement des jeunes dans le crime organisé, or ces jeunes n’ont pas vraiment le choix. Hélène Combes

Seconde partie - Le focus du jour

Des meurtres sans cadavres : sur les traces des disparus

Si le taux d’homicides est particulièrement élevé au Mexique, il ne reflète qu’une partie de la violence endémique à laquelle le pays se trouve confronté. Car au décompte des morts s’ajoute celui, tout aussi vertigineux, des disparus. Il s’élève actuellement à 88.000 personnes. Un phénomène structurel, qui s’explique à la fois par le manque de moyens de l’Etat pour enquêter sur les disparitions, et par son implication plus ou moins directe dans une partie d’entre elles. Face à un vide insupportable pour les familles, certaines entreprennent désormais de partir elles-mêmes à la recherche des fosses communes clandestines où se trouvent, bien souvent, les corps de leurs proches.

Avec Sabrina Melenotte, chercheuse en anthropologie sociale à l'IRD. 

AMLO a misé une partie de sa campagne sur le règlement de l’affaire Ayotzinapa en rencontrant les parents des 43 étudiants et en mettant en place un dispositif institutionnel avec la création d’une commission nationale de recherche et d’un système nationale de recherche qui permet de ne pas attendre 72 heures pour partir à la recherche de la personne non localisée. De plus, une loi sur la disparition forcée est passée, qui permettra de travailler sur la participation plus ou moins directe d’agents de l’Etat. Sabrina Melenotte

Une émission préparée par Margaux Leridon. 

Références sonores

  • Lola Flores , membre du ‘’ Movimiento Ciudadano ‘’ après l’assasinat de Abel Murrietta (Franceinfo, 06/06/2021)
  • Denise Sanchez Barragan , fille de Alma Barragan , candidate assasinée à la mairie d’une petite ville Mexicaine ( RTBF, 05/06/2021 )
  • Conférence de presse le 14 janvier 2021 d'Andres Manuel Lopez Obrador , président de la république Mexicain approuvant la décision prise par le procureur général mettant hors de cause le général Salvador Cienfuegos Zepeda , ancien chef du secrétariat de la Défense nationale. (El Financiero, 15/01/2021)
  • Témoignage de Maria Delfina Castilo Maria Herrera , mères de disparus lors de la marche le 10 mai chaque année à Mexico , à l’occasion de la fête des mères (Reportage RFI, rediffusion, 10/05/21)

Références musicales 

  • Kiasmos ‘’Burnt’’ du Label : Erased tapes / DNC
  • Molotov ( groupe rock/Fusion Mexicain ) ‘’ Gimma the power’’ de 1997 / Universum Music / DNC

Chroniques

11H53
6 min

Le Tour du monde des idées

Etats-Unis : de la ferveur religieuse à la radicalité politique ?
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