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Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une manifestation contre un projet de réforme fiscale du gouvernement à Cali, en Colombie, le 3 mai 2021.
Épisode 3 :

Du Chili à l’Equateur, les sociétés civiles prennent le pouvoir

58 min
À retrouver dans l'émission

Les chiliens ont désigné en mai dernier les citoyens chargés de rédiger la nouvelle Constitution du pays. L'Assemblée constituante, dont un tiers des membres est issu de la société civile, sera-t-elle à la hauteur des espoirs soulevés par le mouvement social de l'automne 2019 ?

décompte des votes lors des élections pour choisir les maires, les conseillers municipaux et une commission chargée de réécrire la constitution à Santiago, le 16 mai 2021.
décompte des votes lors des élections pour choisir les maires, les conseillers municipaux et une commission chargée de réécrire la constitution à Santiago, le 16 mai 2021. Crédits : Rodrigo ARANGUA - AFP

Les 15 et 16 mai dernier les Chiliens étaient appelés aux urnes pour désigner les citoyens chargés de rédiger la nouvelle Constitution. Or, sur les 155 membres élus, un tiers sont des « indépendants », c’est-à-dire des personnes non affiliées à des partis. Ce sont des nouvelles figures en politique, la plupart sont issues du mouvement social qui avait secoué le pays à l’automne 2019.  Le changement de Constitution, était une des revendications majeures des manifestants, et pour cause, le texte actuel est un héritage honni de la dictature du Général Pinochet. Un vote historique avec le désir d’un renouvellement de la classe politique et qui dote pour la première fois le pays d’une institution réellement représentative de la société. Dans les faits, 17 sièges sont réservés pour les nations indigènes et il y a un mécanisme de parité pour instaurer une part égale d’hommes et de femmes. 

Ces changements représentent un camouflet pour les partis traditionnels. La droite au pouvoir qui n’obtient pas la minorité de blocage espérée et les partis de gauche, malgré un score honorable, devront apprendre à composer avec de nouveaux alliés. Les discussions promettent d’être animées tant les questions à résoudre sont nombreuses. Pourtant, d’ici neuf mois, l’Assemblée devra remettre son texte au Président qui sera ensuite soumis à un référendum pour être définitivement adopté. 

La Constituante sera-t-elle à la hauteur des espoirs soulevés par le mouvement social de l’automne 2019 ? Comment ces nouveaux élus aux profils si divers parviendront-ils à s’entendre sur les priorités et l’orientation à donner à ce nouveau texte ? La société civile saura-t-elle maintenir son cap malgré les jeux d’alliance inévitables avec les partis politiques ? Cette Constituante est-elle le signe que le Chili est prêt à tourner la page de son passé ?

Nos invités sont Franck Gaudichaud, professeur en histoire et civilisation de l’Amérique latine à l’université Toulouse Jean Jaurès et chercheur au FRAMESPA, auteur du livre « Gouvernements progressistes en Amérique latine (1998-2018) : la fin d'un âge d'or » avec Thomas Posado, et Emmanuelle Barozet, sociologue, chercheuse au sein du Centre d’études du conflit et de la cohésion sociale (COES) de l’université du Chili. 

Il y a un rôle historique de cette Constituante, à savoir mettre à plat les règles du jeu et négocier entre tous. Il y a quelques propositions maximalistes issues de certains constituants de droite, mais ils sont minoritaires. Parmi les élus à droite, il y a des gens qui dialoguent avec une vision plus sociale. Ils reviennent sur des positions plus keynésiennes. C’est pourquoi on peut s'attendre à des accords. Emmanuelle Barozet

Les femmes sont présentes dans tout l’espace politique de cette Assemblée. Particulièrement celles qui viennent des mobilisations féministes et ont déclaré vouloir mettre à l’agenda de cette nouvelle Constitution la question des droits sexuels et reproductifs, de l’avortement, de la violence machiste et sexiste. Il s’agit pour elles d’un point central de la reconstruction des institutions chiliennes. La couleur de cette constitution sera marquée par la présence des femmes et notamment des féministes qui ont réussi à faire élire certaines de leurs représentantes dans un pays qui est encore très conservateur. Franck Gaudichaud

Seconde partie - Le focus du jour

Equateur, le nouveau souffle des revendications indigènes et écologistes

Le 7 février 2021, le candidat indigène et écologiste Yaku Perez créait la surprise en rassemblant près de 20% des voix au premier tour des élections présidentielles en Equateur. L’avocat et militant de 51 ans démontrait que la protection de l’environnement et la remise en cause du modèle « extractiviste » - basé sur l’exploitation des ressources minières - est une préoccupation largement partagée par les équatoriens. Bien qu’il n’ait pas été élu, le succès de la candidature de Yaku Pérez est-il le signe d'un renouveau de la mobilisation citoyenne – et notamment indienne - en Equateur ?

Entretien avec Emmanuelle Sinardet, professeure de civilisation latino-américaine à l’université Paris Nanterre et directrice du centre d’études Equatoriennes. 

C’est un score inédit pour le parti Pachakutik qui est le bras politique de la confédération des différentes nationalités et peuples autochtones de l’Équateur. Ce résultat est à appréhender dans un temps un peu plus long, dont les mobilisations du mois d’octobre 2019 concernant la suppression de subvention au carburant. Avant cette date, Pachakutik était présent dans le jeu politique avec des positions anti-extractiviste mais peinait à rassembler au-delà de son camp. Depuis ces mobilisations, le parti est apparu comme une option tout à fait crédible auprès d’une population urbaine, jeune et métisse. Emmanuelle Sinardet

L'ancien candidat présidentiel équatorien Yaku Perez joue du saxophone à côté de sa compagne, la journaliste Manuela Picq, pour fêter son anniversaire avec des partisans, à Quito, le 26 février 2021
L'ancien candidat présidentiel équatorien Yaku Perez joue du saxophone à côté de sa compagne, la journaliste Manuela Picq, pour fêter son anniversaire avec des partisans, à Quito, le 26 février 2021 Crédits : CRISTINA VEGA RHOR - AFP

Une émission préparée par Mélanie Chalandon.  

Références sonores

  • Témoignage d'une jeune femme (France 24, 26/10/2020) 
  • Témoignage d'une jeune femme dans la rue (France 24, 17/05/2021) 
  • Témoignage d'une jeune femme au sujet de la Constituante (France 24, 27/02/2020) 
  • Sebastian Pinera affirmant avoir entendu le message à l’issue du vote (Euronews, 17/05/2021)  
  • Ana Llao, candidate Mapuche, qui a fait campagne en habits traditionnels pour sensibiliser au sort des tribus autochtones, affirme que l’eau doit être un bien commun et que cela doit être inscrit dans la Constitution (France info, 14/05/2021) 
  • Yaku Perez et Leonidas Iza, président du mouvement indigène de la province de Cotopaxi. Yaku Perez incarne le mouvement indigène qui a mené le soulèvement social de 2019 contre les mesures d'austérité du gouvernement. (TV5 monde, 6 /02/2021) 

Références musicales 

  • « Anther » de Polynation (label Atomnation)
  • « El pueblo unido jamás será vencido », par Quilapayun (label Pathe Marconi), traduction : le peuple uni ne sera jamais vaincu, reprise d'un chant écrit par Sergio Ortego. Quilapayun est un groupe dont le nom vient du mapudungun, la langue amérindienne du peuple Mapuche. 

Chroniques

11H53
6 min

Le Tour du monde des idées

Bertrand de Jouvenel, une postérité américaine
Intervenants
  • sociologue à l’Université du Chili. Membre du COES - centro de estudios de conflictos y cohesión social.
  • professeur des universités à l’Université de Toulouse II - Jean Jaurès, chercheur au laboratoire FRAMESPA. Co-auteur de "Gouvernements progressistes en Amérique latine (1998-2018) : la fin d'un âge d'or" (Presses Universitaires de Rennes, 2021).
  • professeure de civilisation latino-américaine à l’université Paris Nanterre et directrice du centre d’études Equatoriennes
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