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Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une manifestation contre un projet de réforme fiscale du gouvernement à Cali, en Colombie, le 3 mai 2021.
Épisode 4 :

De la Colombie au Pérou : le spectre de la guerre civile

58 min
À retrouver dans l'émission

Depuis la fin du mois d'avril, les manifestations perdurent en Colombie, où la violence policière, la corruption et le racisme poussent des milliers de personnes à descendre dans les rues malgré la pandémie. Comment expliquer la polarisation entre le pouvoir et les manifestants ?

Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une nouvelle manifestation contre le gouvernement du président colombien Ivan Duque à Medellin, en Colombie, le 2 juin 2021.
Des manifestants se heurtent à la police anti-émeute lors d'une nouvelle manifestation contre le gouvernement du président colombien Ivan Duque à Medellin, en Colombie, le 2 juin 2021. Crédits : JOAQUIN SARMIENTO - AFP

Déclenchées par un projet de réforme fiscale rapidement retiré, les manifestations se poursuivent en Colombie, depuis la fin du mois d’avril. Inégalités, corruption, violences policières et racisme : les griefs de la population s’accumulent, au point de faire converger des milliers de personnes dans les rues du pays, pourtant touché par une troisième vague de Covid-19, particulièrement meurtrière. 

Cali, la troisième ville de Colombie, est l’épicentre de la contestation. Le gouvernement a rapidement déployé l’armée, attisant la défiance d’une population déjà échaudée par des affrontements avec la police. Au total, plus de soixante personnes ont été tuées. Des négociations ont finalement été engagées avec des organisations syndicales, lors desquelles le gouvernement a notamment promis de réformer les forces de l’ordre, mais les discussions patinent. Une partie des contestataires bloquent des routes pour empêcher les marchandises réceptionnées au port de Buenaventura d’atteindre Cali et les autres villes du pays. Si bien que des pénuries commencent à se faire sentir. Une difficulté supplémentaire pour de nombreux Colombiens appauvris par le confinement, qui a coupé net et sans compensation une économie très largement informelle.

Comment expliquer la polarisation à l’œuvre en Colombie entre le pouvoir et les manifestants ? Quels sont les nouveaux enjeux émergents depuis la signature des accords de paix de 2016 ? Quels sont les risques de voir le conflit armé reprendre de la vigueur ? Avait-il seulement cessé ?

Conversation avec Jacobo Grajales, professeur de sciences politiques à l'Université de Lille et chercheur au CERAPS et Lina Penagos, doctorante en sciences politiques à l’Université Gustave Eiffel. 

Il y a des annonces très cosmétiques venant du gouvernement concernant la police. Un des dix points repose sur le changement de la couleur des uniformes du vert au  bleu, pour véhiculer des valeurs plus civiles. En revanche, le gouvernement n’est pas prêt à toucher au statut des policiers. En Colombie, ils dépendent du Ministère de la défense. Ils ont une formation militaire et reposent sur une juridiction pénale militaire. Si un policier tue un manifestant, le cas est transféré vers la justice pénale militaire. Jacobo Grajales

Le mot de gouvernance explique bien ce qui se passe dans le pays, à différentes échelles. Par exemple à Cali, on a des dissidences de l’ENL et des dissidences des FARCS, en plus il y a des groupes armés organisés composés d’autres structures, des gangs et des infiltrés. Dans ce nuage d’acteurs, les enjeux sont très différents, c’est pourquoi la question de la sécurité reste très ambiguë. Il y a des moments de paix garantis grâce à des accords entre des groupes armés organisés. Puis, il y a des moments où ces groupes armés organisés se mettent en confrontation. L’ordre et la sécurité ne sont plus aux mains du gouvernement depuis bien longtemps.  Lina Penagos

Seconde partie - Le focus du jour 

Présidentiel : un duel qui polarise le Pérou

Le 6 juin se tenait le second tour de l’élection présidentielle au Pérou opposant Pedro Castillo, ancien enseignant de gauche radicale, à Keiko Fujimori, candidate de droite populiste et fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori. Pour l’instant, Castillo est en tête des suffrages. Mais au-delà du résultat, ce duel est le signe d’une extrême polarisation du Pérou qui pourrait raviver les vieux démons du pays et les tensions au sein de la population, si ce n’est déjà le cas. Faut-il craindre une guerre civile ?

Entretien avec Kevin Parthenay, professeur de sciences politiques à l'Université de Tour, chercheur associé à l'OPALC/ CERI. 

 Pedro Castillo, du parti Peru Libre, salue ses partisans depuis le balcon du siège de son parti à Lima, le 8 juin 2021.
Pedro Castillo, du parti Peru Libre, salue ses partisans depuis le balcon du siège de son parti à Lima, le 8 juin 2021. Crédits : Gian MASKO - AFP

Une émission préparée par Margaux Leridon et Albane Barrau. 

Références sonores 

  • Extrait d'un reportage France 24, une jeune femme explique que le vrai virus c’est pas le Covid mais la corruption. (France 24, 06/05/2021) 
  • Témoignage d'une femme féministe extrait du reportage France 24. (France 24, 20/05/2021) 
  • Un homme exprime son désir de changement face à l'oligarchie colombienne corrompue (France 24, 20/05/2021) 
  • Témoignage d'une femme qui explique sa volonté de rester en Colombie malgré les violences. (France 24, 12/05/2021) 
  • Prise de parole de Diego Molena, ministre colombien de la Défense au sujet des FARCS et de l’ELN, qui cherchent à déstabiliser certaines régions à des fins particulières. (France 24, 6/05/2021) 
  • Les paysans du Bajo Atrato obligés de cultiver la coca dénoncent l’abandon de l’Etat. (Arte, 2021 "Colombie, la révolte des paysans")  
  • Election dispute au Pérou : prise de parole de Castillo disant respecter la volonté du peuple Fujimori parle d’irrégularité (Euronews, 08/06/2021) 

Références musicales 

  • "Cirrus" de Bonobo (label NITU)
  • "Perú, Amor a Primera Vista" du groupe Septeto Acarey, sur leur nouvel album Ser feliz
Intervenants
  • professeur en science politique à l’Université de Lille et membre du CERAPS.
  • politiste, doctorante en sciences politiques à l’Université Gustave Eiffel
  • docteur en science politique de SciencePo, docteur associé au Ceri, spécialiste de l’Amérique centrale
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