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12/12/2015, LE BOURGET, FRANCE - Christiana Figueres (C-R), secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et le président français François Hollande (C-L) s'embrassent, à l'issue de la COP21.
Épisode 4 :

Russie : entre prise de conscience et nouvelles opportunités

58 min
À retrouver dans l'émission

Le pouvoir russe tient un discours plus qu'ambivalent concernant le changement climatique, préférant appeler à s’y adapter. Comment expliquer le discours aux accents climatosceptiques de Vladimir Poutine, alors que son pays est l’un des premiers concernés par le réchauffement climatique ?

23 février 2017, Moscou, Russie - Le pergélisol, enjeu environnemental majeur, couvre 60 % du territoire russe
23 février 2017, Moscou, Russie - Le pergélisol, enjeu environnemental majeur, couvre 60 % du territoire russe Crédits : Natalia Kolesnikova/AFP via Getty Images - AFP

Fin mai, le déversement de vingt mille tonnes de diesel dans une rivière de l’Arctique a provoqué l’indignation locale et la colère de Vladimir Poutine, déclenchant des sanctions exemplaires à l’encontre des responsables présumés de la catastrophe. L’affaire illustre la préoccupation croissante des autorités russes à l’égard des problématiques environnementales, mais également la réalité du réchauffement en Russie, plusieurs experts attribuant le décrochage de la cuve défectueuse à la fonte du pergélisol. Ce sous-sol gelé couvre quelque 60% du territoire russe, en particulier le nord sibérien, et sa dégradation sous l’effet des changements climatiques devient une importante source d’inquiétude. 

En effet, alors que le pouvoir russe a longtemps présenté le réchauffement comme une opportunité, entre facilitation de l’agriculture en Sibérie et nouvelles routes maritimes au Nord grâce à la fonte des glaces, la multiplication des incidents liés au pergélisol laissent apparaître d'autres perspectives : affaissement de routes et de chemins de fer, fissures, voire effondrement de bâtiments… En Iakoutie et dans la région de Norilsk, c’est un scénario menaçant qui se dessine. Pour autant, le pouvoir russe garde un discours ambivalent concernant le changement climatique, préférant appeler à s’y "adapter" qu’à le combattre. Avec, en arrière-plan, une économie rentière qui doit tout aux hydrocarbures, et ne semble pas près de s’en passer.

Comment expliquer le discours aux accents presque climatosceptiques de Vladimir Poutine, alors que son pays est l’un des premiers concernés par le réchauffement ? Les récentes catastrophes industrielles, comme le déversement pétrolier dans l’Arctique, et "naturelles", comme les incendies en Sibérie, pourraient-elles infléchir la politique du Kremlin, ou, à défaut, la perception du problème par la population ? En quoi consiste "l’adaptation" au changement climatique prônée par Moscou ?

Une discussion en compagnie de Florian Vidal, chercheur au centre Russie/NEI de l’Ifri, spécialiste de l’écologie politique et de l’Anthropocène, et de Laurent Coumel, maître de conférences à l’Inalco, chercheur rattaché au Centre de recherches Europes-Eurasie, et affilié au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC, CNRS-EHESS). 

Il faut lire entre les lignes des engagements de la Russie lors de l'Accord de Paris. Ce chiffre de 30 % de réduction d'émissions de gaz à effets de serre est posé, par exemple, sous la condition d'une prise en compte des capacités d'absorption maximale des forêts. Or la Russie dispose de la plus grande surface boisée au monde : on laisse donc à la Russie un "droit à polluer" qui va permettre à la Russie d'augmenter ses émissions tout en respectant ses engagements. Laurent Coumel

En juin 2020, le gouvernement russe a publié une feuille de route pour développer la filière du charbon jusqu'en 2030. C'est la cinquième source de revenus du budget fédéral, le modèle économique russe est clairement celui d'une puissance extractive. Mais le fait que la Russie maintienne, aujourd'hui, sa mise sur le pétrole, le gaz et le charbon pourra poser un problème, à l'avenir, de déconnexion par rapport à ses partenaires principaux - l'Union européenne et la Chine - qui, eux, décarbonent leurs économies. Florian Vidal

Seconde partie - le focus du jour

Aux origines soviétiques du mouvement environnemental russe

En décembre 1991, l’Union soviétique s’effondre sous la pression, entre autres, de mouvements écologistes. L’écologie était, dans les années précédentes, devenue un vecteur puissant du renouvellement politique des années de glasnost (« Transparence »), mot d’ordre choisi par Gorbatchev, que l’on vient d’entendre, pour appuyer sa tentative de restructuration de l’économie. D’ailleurs, aux élections semi-libres de 1989 - les premières depuis 1918 - un quart des candidats élus au parlement avaient mis cette écologie en bonne place dans leurs professions de foi. On a longtemps pensé qu’avant cette perestroïka, seul un nihilisme environnemental avait pu accompagner un mode de développement aussi extensif que celui présenté par l’URSS. Mais, dès les années 1950, des courants se sont fait jour parmi les scientifiques et des planificateurs pour mettre en garde contre la pollution industrielle. Quelle sont donc les origines de cet environnementalisme à la soviétique ?

Avec Marie-Hélène Mandrillon, chercheuse au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC, CNRS-EHESS), spécialiste de la vie politique et sociale en URSS puis en Russie et historienne de l’environnement.

"Un ours blanc affamé près d'une cité industrielle en Russie, le 18 juin 2019. " (via Slate)
"Un ours blanc affamé près d'une cité industrielle en Russie, le 18 juin 2019. " (via Slate) Crédits : HO / Instagram @putoranatour - AFP

Références sonores

  • Annonce de la catastrophe environnementale de Norlisk, en Sibérie orientale (Euronews, 02 juin 2020)
  • Sergeï Diacthenko, le premier vice-président de la compagnie Nornickel explique que la fonte du pergélisol est la cause de cette fuite (LCI, 05 juin 2020)
  • Mikhail Sarko est l’un des responsables des opérations de nettoyage de la rivière Ambarnïa (Euronews, 11 juin 2002)
  • Vladimir Poutine à propos de la fuite de carburant dans la rivière Ambarnaïa, proche de Norilsk (Euronews, 05 juin 2020)
  • Dans la ville de Noybarsk en Sibérie, les habitants témoignent d’une montée inhabituelle des températures (Euronews, 18 août 2020) 
  • Un habitant de Tchourapcha (toujours en Sibérie) utilise des moyens de fortune pour pallier à l’irrégularité du terrain dû à la fonte du pergélisol (France Info, 12 octobre 2020)
  • Extrait de l’intervention d’Arshak Makichyan lors de la COP25 à propos de ses manifestations qui ont lieu depuis mars 2019 en Russie
  • Mikhael Gorbachev évoquait en juin 2012 les pénuries d’eau et ses conséquences sur le plan humain (Green Cross, 14 juin 2012)

Références musicales

  • « J » d’Iguana Moonlight (Label : autoproduit)
  • « Теплее » (« Plus chaud » en russe) de Blacknasty (Label : Hjördis-Britt Åström)

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Le Nigeria, grande puissance culturelle
Intervenants
  • maître de conférences à l’Inalco, chercheur rattaché au Centre de recherches Europes-Eurasie, et affilié au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC, CNRS-EHESS)
  • Chercheur au centre Russie/NEI de l’Ifri, spécialiste de l’écologie politique et de l’Anthropocène
  • Chercheuse au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC, CNRS-EHESS), spécialiste de la vie politique et sociale en URSS puis en Russie et historienne de l’environnement.
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