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Épisode 2 :

Japon-Corée du Sud : des blessures non cicatrisées

58 min
À retrouver dans l'émission

Les conflits portant sur les mémoires de la colonisation japonaise de la péninsule coréenne ressurgissent régulièrement entre Tokyo et Séoul, et cela en dépit de la proximité culturelle de leurs populations respectives et de leurs alliances communes avec les Etats-Unis. Comment l'expliquer ?

Des manifestantes sud-coréennes tiennent une pancarte lors d'une manifestation antijaponaise hebdomadaire soutenant les "femmes de réconfort", près de l'ambassade du Japon à Séoul, le 24 juillet 2019.
Des manifestantes sud-coréennes tiennent une pancarte lors d'une manifestation antijaponaise hebdomadaire soutenant les "femmes de réconfort", près de l'ambassade du Japon à Séoul, le 24 juillet 2019. Crédits : JUNG YEON-JE - AFP

En condamnant le Japon à dédommager les anciennes femmes dites "de réconfort" de la Seconde Guerre mondiale, un tribunal coréen a ravivé début janvier un litige extrêmement sensible entre les deux pays, que beaucoup avait cru réglé en 2015. Un accord avait en effet été conclu à l’époque entre Séoul au Tokyo, reconnaissant la responsabilité de l’armée nipponne dans l’enlèvement de ces Coréennes forcées à se prostituer pour les soldats. 

Le cas de ces femmes cristallise les conflits qui opposent les deux pays au sujet de la mémoire de la colonisation japonaise de la péninsule, entre 1910 et 1945. Un héritage si douloureux qu’il aura fallu vingt ans aux deux puissances asiatiques pour établir des relations diplomatiques officielles à l’issue de cette période. Mais le traité signé à cet effet en 1965, qui ne prévoit aucune compensation financière - ni pour les anciennes « femmes de réconfort », ni pour les victimes coréennes de travail forcé au Japon - est loin d’avoir apaisé la Corée du Sud, pour laquelle cette époque reste un traumatisme majeur. 

Comment expliquer que les conflits mémoriels ressurgissent si régulièrement entre Tokyo et Séoul, en dépit de la proximité culturelle de leurs populations respectives et de leurs alliances communes avec les Etats-Unis ? Au-delà de la question des femmes de réconfort, quels sont les différends historiques qui continuent d’empoisonner les relations entre les deux pays ? Alors que Shinzo Abe était fréquemment accusé de révisionnisme, l’arrivée au Japon d’un nouveau Premier ministre, Yoshihide Suga, pourrait-elle contribuer à détendre la situation ?

Cultures Monde reçoit Christine Levy, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université Bordeaux-Montaigne, et Lionel Babicz, maître de conférences en études japonaises et asiatiques à l’université de Sydney, pour en parler. 

Yoshihide Suga a fait partie, comme Shinzo Abe, son prédécesseur, d'un comité pour la réécriture des manuels d'histoire japonais qui avait été créé en réaction aux premières mobilisations de soutien aux "femmes de réconfort". Il avait déjà fait, avant son mandat, une déclaration très provocatrice - en disant que celles ci n'avaient "pas été forcées". Christine Levy

Des chercheurs japonais et des journalistes japonais - notamment le quotidien Asahi - ont également contribué à la découverte de l'affaire des "femmes de réconfort", dans les années 1990. Il faut faire attention, lorsqu'on parle des Japonais, à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. La société japonaise est plurielle, même si l'on parle ici d'une minorité. Lionel Babicz

Seconde partie - le focus du jour

Guerre sino-japonaise : une résurgence mémorielle à visée instrumentale ?

Les relations du Japon avec ses voisins restent empoisonnées par le souvenir des exactions commises par les troupes impériales pendant la colonisation de la Corée – mais aussi lors de l'occupation partielle de la Chine, à partir des années 1930 et jusqu’en 1945. Et, si la Chine considère que l'archipel n'a toujours pas présenté de repentance "sincère" pour les crimes que le pays a commis dans la région, la tendance que le régime chinois a eu ces dernières années à leur donner une place particulièrement centrale dans son roman national n’est pas anodine.

Mais depuis quand la Chine veut-elle montrer qu’elle se souvient ? Depuis quand ces enjeux pèsent-ils sur les relations sino-japonaises, alors que la Chine continue de mettre en avant la dette morale que le Japon lui devrait, et à l’heure ou une partie de la classe politique japonaise continue de semer nombre d’ambiguïtés sur la responsabilité de l’archipel ? 

Avec David Serfass, maître de conférences en histoire de la Chine et de l’Asie Orientale à l’INALCO, chercheur à l’IFRAE - Institut français de recherche sur l'Asie de l'Est.

Il y a, aujourd'hui, une volonté du gouvernement chinois d'affirmer que la Chine a joué un rôle capital dans la Seconde Guerre mondiale, et que l'ordre international tel que déterminé par les Etats-Unis n'est pas assez légitime parce qu'il ne prend pas assez en compte cette contribution. David Serfass

13 décembre 2020, Nankin - assemblée religieuse, à l'occasion de la journée nationale annuelle de commémoration du 83ème anniversaire du massacre de Nanjing
13 décembre 2020, Nankin - assemblée religieuse, à l'occasion de la journée nationale annuelle de commémoration du 83ème anniversaire du massacre de Nanjing Crédits : STR - AFP

Une émission préparée par Margaux Leridon et Nicolas Szende.

Rediffusion du 3 février 2021

Références sonores

  • Kim Kang Wong, avocat de femmes Coréennes victimes, « les femmes de réconfort » (RTBF, 09 janvier 2021)
  • Kim Dae-Wol, organisateur du soutien aux femmes Coréennes (France, 08 janvier 2021) 
  • Katsunobu Kato, secrétaire général du gouvernement Japonais : « une solution irréversible a été trouvée dans l’accord de 2015 » (France 24, 08 janvier 2021) 
  • Discours de Xi Jinping pour le 75ème anniversaire de la victoire chinoise sur le Japon (CGTN, 03 septembre 2020)

Références musicales

  • « Naje » par Joep Mencke (Label : the Gardens of Babylon)
  • « Sometime someplace » du japonais Cornelius (Label : Warner music)
Intervenants
  • Maîtresse de conférences en études japonaises à l'Université Bordeaux Montaigne.
  • maître de conférences en études japonaises et asiatiques à l’université de Sydney
  • maître de conférences en histoire de la Chine et de l’Asie Orientale à l’INALCO, chercheur à l’IFRAE - Institut français de recherche sur l'Asie de l'Est
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