LE DIRECT
Une passagère portant un masque est assise dans un train en partance de la gare centrale de Hua Lamphong à Bangkok, Thaïlande, le 4 janvier 2021
Épisode 1 :

L’Europe des vaccins : la grande cacophonie

58 min
À retrouver dans l'émission

En développant des vaccins en quelques mois, les laboratoires pharmaceutiques sont arrivés à une prouesse scientifique. Mais l’espoir suscité par ces avancées a vite laissé place, en Europe, à la désillusion. Comment expliquer les retards de livraisons des vaccins commandés par la Commission ?

Les critiques pleuvent sur les institutions européennes, ciblées pour leur manque d'organisation et d'anticipation dans leur stratégie vaccinale anti-Covid.
Les critiques pleuvent sur les institutions européennes, ciblées pour leur manque d'organisation et d'anticipation dans leur stratégie vaccinale anti-Covid. Crédits : Jean-Luc Flémal/BELPRESS - Maxppp

Des vaccins développés en quelques mois, contre quelques années en temps normal : entre accélération des processus et multiplication des financements, les laboratoires pharmaceutiques sont arrivés à une prouesse scientifique inédite. Mais l’espoir suscité par ces avancées a vite laissé place, en Europe, à la désillusion. Les vaccins pré-commandés par Bruxelles à différentes entreprises font aujourd’hui l’objet d’importants retards de livraisons, déclenchant des débats sur les contrats négociés par la Commission, et ravivant les blessures du Brexit. 

Certains accusent en effet le laboratoire britannico-suédois AstraZeneca de favoriser le Royaume-Uni, au détriment des ses engagements vis-à-vis de l’UE. Ce contretemps vient mettre en exergue l’absence, à ce stade, de vaccin français, alors que Sanofi faisait partie du portefeuille de pré-commandes de l’Union européenne. 

Un retard qui ne doit pas être considéré comme un échec, selon l’entreprise, puisque le processus garde de bonne chance d’aboutir, et qu’il faudra de toute façon le maximum de vaccins disponibles dans les mois à venir. Mais alors que le groupe supprime des emplois, difficile de ne pas voir dans cette situation le résultat d’investissements insuffisants dans la recherche et le développement, au niveau français en particulier, comme européen en général. Au point que certains pays de l’Union, Hongrie en tête, se tournent vers les vaccin russes et chinois.

Comment expliquer les retards de livraisons des vaccins commandés par la Commission ? Quels sont les critères qui ont prévalu pour passer les contrats avec les différents laboratoires ?

En amont des fonds débloqués spécifiquement pour faire face au Covid-19, les investissements européens dans la recherche médicale sont-ils compétitifs vis-à-vis des autres puissances mondiales ? Entre réussites et déconvenues en matière de vaccin, assiste-t-on à l’émergence - à marche à forcée - d’une Europe de la santé ?

Pour répondre à ces questions, Cultures Monde reçoit Gérard de Pouvourville, professeur émérite d’économie de la santé à l’ESSEC, auteur, avec John Kimberly et Thomas d’Aunno, de The Globalization of Managerial Innovation and Health Care, Cambridge University Press, 2008, ainsi qu'Anne Bucher, ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne, et rédactrice pour Terra Nova de la note « Production des vaccins : Quels enseignements tirer de l’expérience COVID ? », parue en janvier 2021.

On savait qu'il y aurait des difficultés opérationnelles. On a négocié les vaccins, à l'été 2020, dans un contexte de grande incertitude. A l'époque, on ne savait pas quand ils seraient mis au point, quand ils seraient validés, et les capacités de production ont été développées en parallèle des essais cliniques et de la recherche. Anne Bucher

Dans les relations de la Commission européenne avec les laboratoires pharmaceutiques, il y a une asymétrie - en termes de potentiel financier et de nature des engagements - par rapport à l'action du gouvernement américain. Gérard de Pouvourville

Si Sanofi essaie de dégager des profits, c'est aussi parce que c'est une manière pour eux de se protéger, avec une hausse de la valeur de son action, d'un rachat. Les laboratoires sont obsédés par l'idée de garder leur indépendance et de ne pas être victimes d'une OPA hostile. Il est donc parfois nécessaire pour eux de mener ce type de stratégies, qui peut paraître contre-productive du point de vue de leur mission de santé publique. Gérard de Pouvourville

L'Europe, qui avait, par tradition, une industrie du vaccin assez performante, s'est reposée sur ses lauriers. Il y a eu un mouvement, ces 40 dernières années et au sein des industries pharmaceutiques, de concentration de leur activité sur les filières les plus rentables. Cela a conduit au fait que les filières 'vaccin' ont été plus fusionnées, parfois arrêtées. Et il n'y a pas eu de réaction des autorités publiques pour exiger qu'il y ait un minimum de capacité de production sur le sol européen. Anne Bucher

Seconde partie - le focus du jour

COVAX, rêve naïf de l’OMS ?

l'Inde, le Nigeria, le Pakistan, ou l'Indonésie : voici certains des pays qui bénéficieront en premier lieu, a-t-on appris la semaine dernière, du dispositif COVAX - mis en place par l’OMS, en collaboration avec des ONG et d’autres institutions internationales. Une initiative résolument solidaire, dont le but est aujourd’hui de fournir « d'ici fin 2021, des doses à 20% de la population de toute nation participante ».

Mais comment ces acteurs comptent-t-ils s’y prendre, à l’heure où la distribution de vaccins souffre déjà d’un certain retard pour les pays les plus riches, et alors que le programme COVAX, lui, n’a même pas atteint l’étape de la distribution ? Peuvent-ils seulement avoir un poids face aux grandes puissances et aux laboratoires pharmaceutiques ? Les pays les moins développés sont-ils condamnés à être les derniers servis ?

Avec Nathalie Coutinet, économiste à l’Université Paris 13 et chercheuse au Centre d’économie de Paris Nord.

Le dispositif COVAX a acquis 450 millions de doses : à raison de deux doses par individu, cela fera 225 millions de personnes qui seront vaccinées - et ce sur des besoins qui dépassent, pour les pays en développement, 4 milliards d'individus. On est sur des acquisitions qui sont, en termes de doses, ridicules par rapport à la demande. Nathalie Coutinet

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS depuis 2017
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS depuis 2017 Crédits : AFP PHOTO/ CHRIS BLACK/ WORLD HEALTH ORGANIZATION - AFP

Une émission préparée par Margaux Leridon et Nicolas Szende.

Références sonores

Références musicales

  • John Zorn - "Pueblo" (Label : Tzadik)
  • Cassandra Jenkins - "Honey Bee" (Label : Tzadik / DNC)

Chroniques

11H53
6 min

Le Tour du monde des idées

Critique de la politique de l'identité (1/2) : Douglas Murray : quand politique de l'identité rime avec déraison

Bibliographie

Intervenants
  • Professeur émérite en économie de la santé à l'ESSEC Business School
  • ancienne directrice générale de la santé à la Commission européenne
  • Economiste à l’université de Paris 13 Nord et chercheuse au Centre d’économie de l’université de Paris-Nord (CEPN)
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......