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Hommage au roi thaïlandais  Bhumibol Adulyadej, mort le 13 octobre 2016, à Bangkok.
Épisode 2 :

De Rama X à Akihito : les derniers monarques asiatiques

58 min
À retrouver dans l'émission

En octobre dernier, des milliers de Thaïlandais ont rendu un dernier hommage au roi Bhumibol Adulyadej, mort un an auparavant, signe du rôle prégnant que conserve la monarchie au sein de la société thaïlandaise. Le décès de Rama IX est-il un risque d'instabilité du pays soumis à la junte militaire ?

Hommage au roi thaïlandais  Bhumibol Adulyadej, mort le 13 octobre 2016, à Bangkok.
Hommage au roi thaïlandais Bhumibol Adulyadej, mort le 13 octobre 2016, à Bangkok. Crédits : LILLIAN SUWANRUMPHA - AFP

En octobre dernier, un an après la mort du roi de Thaïlande, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le palais royal à Bangkok pour rendre hommage au monarque Bhumibol Adulyadej. Des funérailles grandioses, à la hauteur de la dévotion du peuple pour ce souverain qui régnait depuis 70 ans.

Dans un pays régulièrement frappé par les coups d’Etat militaires - 19 tentatives dont 12 réussies en moins d’un siècle -, la mort du roi Bhumibol ouvre une nouvelle période d’instabilité et réveille les craintes de nouvelles tensions entre défenseur de la monarchie et partisans de la démocratie.

En 2014, le Premier ministre Yingluck Shinawatra, élue trois ans plus tôt, était renversée par un putsch militaire, qui a propulsé le général Prayut Chan-ocha à la tête de l’ancien royaume de Siam devenue une monarchie parlementaire dans les années 30.

Depuis cette date, les élections n’ont cessé d’être repoussées, le prochain scrutin législatif a été fixé au mois de novembre 2018.

Alors, face à une armée qui s’est peu à peu attribuée le rôle de défenseur de la monarchie, quel rôle le nouveau souverain Rama X peut-il jouer ?

Va-t-il s’inscrire dans les traces de son père, réputé si vertueux, lui dont le mode de vie et l’habillement excentrique ont choqué le peuple thaïlandais ?

La monarchie est-elle fragilisée ? Cela pourrait-il réveiller les forces pro-démocratiques aujourd’hui en sommeil ?

Le roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn, Rama X, sera couronné du 4 au 6 mai 2019, au cours de cérémonies particulièrement méticuleuses qui se dérouleront dans la capitale Bangkok. Connu pour ses excentricités et son autoritarisme, l'héritier jouit pour le moment d'une mauvaise réputation auprès de son peuple. Jusqu'ici la légitimité de la monarchie était garantie par la pérennité de l'armée, mais l'arrivée de ce nouveau roi remettrait-il en cause cet équilibre ? 

Depuis 2016, le roi veut s'inscrire sur les traces de son père, Bhumibol, et s'appuyer sur l'armée pour régner. En 1957, le roi Bhumibol avait construit sa légitimité grâce à l'appui de la dictature militaire et du général Sarit Thanarat, d'un afflux massif d'argent et de ressources des Etats-Unis, qui voulaient participer à cette stratégie d'endiguement du communisme en Asie du Sud-Est. On peut s'attendre à avoir la même trajectoire avec Rama X : un roi qui démarre son règne avec une popularité faible, et qui au fil des années, grâce à l'appui de la dictature militaire, va grandir. Eugénie Mérieau - enseignante à Sciences-Po et spécialiste de la Thaïlande

Il y a une volonté de consolidation du pouvoir du roi. Les lois que le roi a fait promulguer sont destinées à réorganiser l'entourage royal. Il reprend la main sur l'argent et sur l'église bouddhique. Eugénie Mérieau 

Souvent en déplacement dans sa seconde demeure, en Bavière, le roi Rama X, récuse le fait de laisser place à un régent lorsqu'il s'absente du pays. Il veut également amender un article qui permet à la Cour constitutionnelle d'être l'ultime arbitre en cas de crise, et donc de conserver cette capacité de nommer un chef de gouvernement dans les crises politiques. 

C'est à l'épreuve d'une crise qu'on verra comment le roi se positionnera. Il n'entend pas être tout le temps en Thaïlande, et compte aussi régner depuis la Bavière. Il y a une question de légitimité qui se pose pour lui. Sophie Boisseau du Rocher - chercheuse associée au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI)

Discuter librement de la famille royale est impossible en Thaïlande car la loi sur le lèse-majesté est l'une des plus strictes au monde. Critiquer un membre de la famille royal est un délit passable de 3 à 15 ans de prison. 

Du côté du Japon, l'empereur Akihito, 85 ans, va abdiquer ce mardi 30 avril 2019 au profit de son fils aîné le prince Naruhito. Monté sur le trône en 1989, Akihito est le 125e empereur d'une lignée que les Japonais font remonter à plus de 600 ans avant JC. Très apprécié des Japonais, la décision d'Akihito avait quelque peu ébranlé les Japonais, qui n'ont pas connu un tel événement depuis deux siècles. 

L'empereur du Japon, Akihito, et son fils, le Prince Naruhito, en 2018
L'empereur du Japon, Akihito, et son fils, le Prince Naruhito, en 2018 Crédits : Kazuhiro NOGI - AFP

La loi japonaise ne prévoit qu'une succession au moment du décès de l'empereur, l'éventualité d'une abdication d'Akihito est donc quelque chose de tout à fait nouveau depuis que le système impérial moderne a été fondé en 1868. Franck Michelin, professeur à la Teikyo University (Faculty of Economics), Tokyo

Le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, entend modifier la Constitution nippone pour faire de l'armée japonaise plus qu'une armée de défense, et donner à son pays une capacité de projection. Se sentant menacé par la Corée du Nord, le Japon serait-il prêt à renoncer à des décennies de pacifisme en renforçant son armée ? 

L'empereur est très attaché à la Constitution, élaborée après la Seconde guerre mondiale. Il est attaché à son rôle d'empereur. Il a joué un rôle important pour renforcer l'autorité morale et le côté souverain proche du peuple. Il est allé plusieurs fois sur les champs de bataille des armées Pacifique... Il y a une forme de critique voilée par rapport à la politique de Shinzo Abe. Franck Michelin, professeur à la Teikyo University (Faculty of Economics), Tokyo

Il est aujourd'hui âgé et très fatigué. Il est inquiet vis-à-vis de la tournure que prend son pays, car il sait qu'à l'époque de son père, le tournant militaire n'a pas été une bonne chose pour le pays. Franck Michelin 

Le père d'Akihito, l'empereur Hirohito, porte une responsabilité dans les atrocités commises pendant la Seconde guerre mondiale, et même avant, pendant la période coloniale. La fonction impériale avait d'ailleurs même failli disparaître en 1945. 

Hirohito a été élevé bien différemment. Il a été élevé comme un dieu sur terre, il est parfaitement entré dans les habits de la fonction. Il a été formé comme un militaire. La monarchie japonaise a été militarisée, et la modèle du Japon à ce moment-là, c'était la monarchie britannique. Son fils a vu l'échec de la guerre et il a vécu l'après-guerre. Sa volonté d'être proche du peuple, d'écouter les gens... Il laisse une très bonne impression. Il est apprécié, même des gens opposés au système impérial. Franck Michelin

L’empereur Akihito du Japon, âgé de 85 ans, va abdiquer, comme il le souhaitait, au profit de son fils aîné le prince Naruhito, 59 ans.

Il semble assez proche de son père, il lui ressemble beaucoup d'ailleurs. Maintenant, la question est : aura-t-il la même force et la même autorité morale que son père ? Il a eu différents petits problèmes de famille, sa femme a longtemps été malade. On se demande s'il aura la même autorité que son père. Ce qui sera difficile pour lui, c'est qu'il ne pourra pas céder sa place à sa fille, mais à son neveu, le fils de son frère cadet. Dans toutes les monarchies, les relations sont souvent difficiles. Sa situation risque d'être compliquée. Franck Michelin

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Crédits musicaux:

Musique de fin : « Friend » du groupe thaïlandais Byrd & Heart 

Une émission préparée par Tiphaine de Rocquigny.

Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
Lettres de Taïwan
Intervenants
  • chercheuse associée au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI)
  • chercheuse au Centre d'Etudes du Droit Asiatique à l'Université Nationale de Singapour et enseignante à Sciences-Po.
  • professeur à l'Inalco
  • Professeur à la Teikyo University (Faculty of Economics), Tokyo, et membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer
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Réalisation
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