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Patrouilles irakiennes à la recherche de membres de l’Etat islamique pendant des opérations militaires à Mosul, le 11 juillet 2021
Épisode 2 :

Irak : détruire l’Etat au nom du "nation building"

58 min
À retrouver dans l'émission

En 2003, George W. Bush arguait la présence d’armes de destruction massive en Irak pour renverser Saddam Hussein. Aujourd'hui, à l’heure du retrait annoncé des dernières troupes, le processus de construction d’un Etat irakien connaît de grandes difficultés.

5 avril 2013. Un Irakien à al-Fardous Square, Bagdad, où la statue de Saddam Hussein fut renversée. L’acte symbolisait la chute de Bagdad le 9 avril 2003.
5 avril 2013. Un Irakien à al-Fardous Square, Bagdad, où la statue de Saddam Hussein fut renversée. L’acte symbolisait la chute de Bagdad le 9 avril 2003. Crédits : ALI AL-SAADI - AFP

Au lendemain des attentats du 11 septembre, le président américain George W. Bush accusait l’Irak d’appartenir à un « axe du mal » défendant le terrorisme international. Il lui a néanmoins fallu deux ans pour convaincre le Congrès d’envoyer des troupes américaines sur place pour renverser Saddam Hussein, arguant notamment la présence d’armes de destruction massive.

En 2011, en dépit de l’optimisme alors affiché par Barack Obama, les Etats-Unis quittaient un Etat au bord de la guerre civile et où l’organisation Etat Islamique ne tarderait pas à instaurer un califat. Le djihadisme international visé par l’opération américaine de 2003 disposait alors d’une base territoriale inédite et d’une force de frappe renouvelée, comme le montrèrent les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Au cours d’une nouvelle guerre meurtrière de plus de deux ans, les Américains et leurs alliés ont ensuite porté secours à l’armée régulière irakienne pour chasser le groupe terroriste. Si l’objectif d’éradiquer Daesh a alors été atteint sur le plan territorial malgré la subsistance de cellules clandestines, celui de (re)construire un Etat irakien solide ne semble toujours pas d’actualité. 

Dans quelle mesure l’intervention américaine de 2003 est-elle à l’origine de l’actuelle situation chaotique du pays ? Quelles sont les erreurs commises par l’administration en Irak ? A l’approche des nouvelles élections d’octobre, le processus de construction de l’Etat connaît-il certaines avancées malgré ses difficultés ? Ou est-il en recul, notamment face à l’influence croissante des milices ?

Florian Delorme reçoit Adel Bakawan, directeur du Centre Français de Recherche sur l'Irak (CFRI) et membre de l'Institut de Recherche et d'Etudes Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo) et Loulouwa Al-Rachid, chercheuse indépendante spécialiste de l’Irak.

En 2011, le départ américain d’Irak a à nouveau laissé un grand vide que les pays arabes et les Turcs n’étaient pas prêts à remplir, favorisant la montée en puissance des milices pro-iraniennes et celle de l’Etat islamique. A ce jour, il y a une alliance tacite, objective entre la mouvance Sadr et les Etats-Unis. Adel Bakawan

Aujourd’hui, la scène milicienne irakienne est consciente du fait que basculer dans un affrontement généralisé entre milices risquerait de lui coûter cher, à elle comme à ses sponsors iraniens. Loulouwa Al-Rachid

Seconde partie : le focus du jour

Pillage d’antiquités : du champ de bataille aux musées privés américains

Le 3 août 2021, une équipe du ministre des Affaires Etrangères irakien autour de caisses d’antiquités iraniennes pillées et renvoyées par les Etats-Unis.
Le 3 août 2021, une équipe du ministre des Affaires Etrangères irakien autour de caisses d’antiquités iraniennes pillées et renvoyées par les Etats-Unis. Crédits : Sabah ARAR - AFP

En visite à Washington fin juillet, le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi est revenu de sa rencontre avec Joe Biden avec 17.000 pièces archéologiques sumériennes. Il s’agit de la plus importante restitution d’antiquités depuis l’invasion américaine du pays en 2003. Ces objets, pillés dans le Sud de l’Irak, s’étaient notamment retrouvés dans un musée de la Bible, ouvert récemment à Washington par un milliardaire évangélique. Leur mise en lumière éclaire l’ampleur du trafic international d’antiquités perpétré dans le sillage de l’intervention des Etats-Unis. 

Avec Géraldine Chatelard, chercheuse associée à l’Institut français du Proche-Orient. 

Il y a une responsabilité indirecte des Etats-Unis et celle sans aucun doute d’individus militaires - Américains ou non - qui se sont servis et connectés aux réseaux internationaux de trafic d’antiquités. Mais il faut dire que cette problématique du pillage remonte avant tout à la première guerre du Golfe de 1991. Géraldine Chatelard

Références sonores

  • Extrait du discours de George Bush Jr. dans lequel il assimile l’Irak à « l’axe du Mal » peu après le 11 septembre 2001 (extrait du documentaire « Il était une fois l’Irak » de James Bluemel, Arte, 2020)
  • Ambiance de soldats irakiens criant qu’ils vont mourir pour Saddam et annonce du bombardement de Bagdad le 21 mars 2003 sur ABC News
  • Extrait du discours de Barack Obama à la base militaire de Fort Bragg le 14 décembre 2011, estimant que les Etats-Unis ont laissé un Irak plus fort derrière eux (site de la Maison Blanche, 14 décembre 2011)
  • John Nixon, analyste de la CIA, a été envoyé en Irak peu après le début de la guerre en Irak. Il revient ici sur son interrogatoire de Saddam Hussein  (Extrait du documentaire « Il était une fois l’Irak » de James Bluemel, Arte, 2020)
  • Le ministre de la Culture Hassan Nazim réceptionne les pièces archéologiques restituées par les Etats-Unis début août dernier (AFP, 03 août 2021)

Références musicales

  • « Es schneit » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade)
  • « Dunya » du trio neerlando-irakien Cairo Liberation Front (Label : Radio Khiyaban)
Chroniques
11H53
6 min
La Revue de presse internationale
Rediffusion
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Intervenants
  • chercheuse spécialiste de l'Irak
  • directeur du département recherche de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), directeur du Centre de Sociologie de l'Irak (CSI/ Université de Soran)
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Production déléguée
Réalisation
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