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Des jeunes font le salut à trois doigts lors d'une manifestation pour la démission du Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-O-Cha à Bangkok le 19 août 2021.
Épisode 2 :

D’Istanbul à Budapest : universités sous contrôle

58 min
À retrouver dans l'émission

De la Turquie à la Hongrie, les gouvernements s'accaparent la formation de la jeune génération en mettant les universités sous tutelle.

Etudiant.e.s sous une pancarte indiquant « le recteur désigné doit quitter Bosphore » le 4 janvier 2021 devant l’Université du Bosphore à Istanbul.
Etudiant.e.s sous une pancarte indiquant « le recteur désigné doit quitter Bosphore » le 4 janvier 2021 devant l’Université du Bosphore à Istanbul. Crédits : Ozan KOSE - AFP

La nomination d’un fidèle de Recep Tayyip Erdogan au poste de recteur de la prestigieuse université du Bosphore a déclenché, en janvier dernier, la fronde des étudiants de l’établissement. Six mois plus tard, le dirigeant en question a été limogé sans explications et remplacé par un autre, jugé tout aussi illégitime par la communauté universitaire.

Mais le pouvoir refuse d’entendre la contestation, qu’il attribue tantôt à des « terroristes », tantôt à une jeunesse occidentalisée et irrespectueuse de l’islam. Dans les prochaines semaines, des étudiants de l’Université seront ainsi jugés pour « insulte à la religion » après avoir, lors des manifestations, exposé un tableau de la Mecque avec des drapeaux LGBT. 

Après le limogeage de centaines d’enseignants en 2016, à la suite de la tentative de coup d’Etat contre Erdogan, cette offensive contre l’Université du Bosphore vient couronner un patient travail de mise au pas de l’enseignement supérieur.

Cette mise sous tutelle des universités turques a-t-elle permis à Erdogan de forger la jeunesse pieuse et nationaliste qu’il appelle de ses vœux ? Au-delà des milieux étudiants, comment la génération des adolescents d’aujourd’hui, qui n’ont connu, depuis 18 ans, que l’AKP au pouvoir, voit-elle l’avenir ? Et que dire de leurs aînés, qui s’étaient mobilisés en masse en 2013 contre la destruction du Parc Gezi, et qui se trouvent obligés de vivre dans une société de plus en plus conservatrice ? 

Boğaziçi est le symbole du capital culturel et social désiré par le gouvernement et qu’il n’a pas pu obtenir (…). Mais la caractéristique du capital culturel, à la différence de celui économique et politique, est qu’il ne peut pas s’accumuler d’un jour à l’autre, il est incorporé par ses acteurs. Buket Türkmen 

Il y a vraiment un renforcement du contrôle et des poursuites judiciaires. L’engagement a un prix (...) et la surveillance est quotidienne. Au-delà de cette peur, il y a en filigrane, en coulisses, tout un mouvement de désobéissance civile qui continue à être activé, comme tous ces professeurs purgés qui ont créé des universités parallèles. Delphine Minoui

Florian Delorme s'entretient avec Buket Türkmen, sociologue, chercheuse au laboratoire Sophiapol de l’université Paris-Nanterre et ancienne professeure à l’Université de Galatasaray et Delphine Minoui, journaliste au Figaro et correspondante à Istanbul.
 

Seconde partie : le focus du jour

En Hongrie, des fondations privées pour contrôler les universités publiques 

Etudiant.e.s brandissant des croix rouges pour marquer la fin du blocus de l’Université des arts du théâtre et du cinéma (SZFE) à Budapest le 11 novembre 2020.
Etudiant.e.s brandissant des croix rouges pour marquer la fin du blocus de l’Université des arts du théâtre et du cinéma (SZFE) à Budapest le 11 novembre 2020. Crédits : ATTILA KISBENEDEK - AFP

En Europe Centrale aussi, le contrôle des universités se raffermit. A l’approche des élections hongroises qui se tiendront au printemps 2022, Viktor Orbán n’a qu’un objectif : rester au pouvoir sans être élu. En plaçant les universités du pays sous la coupe de fondations proches du pouvoir, le leader du Fidesz s’arroge non seulement la fidélité politique et idéologique des étudiants mais aussi le fonctionnement des institutions publiques. Cette politique de contrôle, inspirée par le modèle chinois, est censée ancrer l’identité conservatrice du régime sur le long terme, quelle que soit l’issue des prochaines législatives. 

Pourquoi Victor Orbán a-t-il peur de la jeunesse ? Comment cette mainmise du régime sur les universités articule-t-elle contrôle des jeunes et anticipation électorale ? Et en quoi ce projet déjà bien entamé cristallise-t-il l’ouverture hongroise vers l’Est ? 

Il s’agit d’une mise en concurrence des enseignants les uns contre les autres, avec à la clé des licenciements, des réorganisations et une priorité donnée au contact avec le monde économique et les dirigeants de la Fidesz. Ce système permettrait, au cas où Viktor Orbán ne gagnerait pas les prochaines élections, de bétonner le secteur universitaire entre ses mains. Paul Gradvohl 

Avec Paul Gradvohl, historien, professeur des universités à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la Hongrie. 

Références sonores

  • Trois jeunes étudiants de l’université du Bosphore témoignent à propos de la contestation estudiantine déclenchée par la nomination d’un recteur proche du pouvoir (France 24, 03 février 2021)
  • Kaan, jeune électeur turc, déplore une offre politique extrêmement pauvre à destination des jeunes de son pays (France Culture, le reportage de la rédaction par Anne Andlauer, 18 mars 2021)
  • Dans un meeting politique de septembre 2013, Erdogan promouvait une jeunesse pieuse et non une jeunesse droguée (France 24, 18 octobre 2013)
  • Extrait du discours de Viktor Orban prononcé lors du 170ème anniversaire de la révolution hongroise de 1848, discours dans lequel il s’adresse notamment à la jeunesse hongroise (Courrier d’Europe Centrale, 15 mars 2018)
  • Interview de Paul Gradvohl par Margaux Leridon (durée : 8’29)

Références musicales 

  • « Eisbaden » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade)
  • « Sağanak Yağmurlu Şarkı » de l’artiste turque Nilipek (Label : autoproduit)
Chroniques
11H53
5 min
La Revue de presse internationale
Rediffusion
"L'un des pires fiascos sanitaires de l'histoire" : la gestion accablante du Covid-19 par Boris Johnson
Intervenants
  • Sociologue, chercheuse au laboratoire Sophiapol de l’université Paris-Nanterre et ancienne professeure à l’Université de Galatasaray
  • grand reporter, Prix Albert Londres en 2006. Aujourd’hui correspondante du journal Le Figaro à Istanbul.
  • historien, professeur des universités à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la Hongrie
L'équipe
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