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4 juillet 2006, Moscou, Russie - Vladimir Poutine se tient devant une carte de l'Asie
Épisode 1 :

De Kiev à Minsk, la fin du rêve européen

58 min
À retrouver dans l'émission

Le mouvement bélarusse, qui bat son plein, mais également le choc politique de l'EuroMaidan ukrainien, toujours influent, nous poussent à nous demander ce qu'il reste du rêve européen pour ces pays qui aspirent à plus de démocratie. L’Europe incarne-t-elle encore, à l'Est, la liberté des peuples ?

Bruxelles, Belgique, 6 octobre 2020 - Volodymyr Zelensky, président ukrainien, donne une conférence de presse en marge d'un sommet entre l'Ukraine et l'Union européenne.
Bruxelles, Belgique, 6 octobre 2020 - Volodymyr Zelensky, président ukrainien, donne une conférence de presse en marge d'un sommet entre l'Ukraine et l'Union européenne. Crédits : STEPHANIE LECOCQ / POOL/EPA/Newscom - Maxppp

Depuis la mi-août, les Bélarusses ont pris la rue pour contester la réélection, jugée frauduleuse, d’Alexandre Loukachenko. Si son pouvoir avait déjà été contesté (notamment en 2005, lors de la “Révolution en jean”, soutenue par les Etats-Unis), c’est la première fois que le mouvement prend autant d’ampleur, et rallie toutes les couches de la société. 

Si Loukachenko accuse les opposants d’êtres aux mains d’agents étrangers, (dans les premiers temps de la Russie, puis de l’Europe et plus largement de l’Occident), il semble que la contestation bélarusse ai sciemment choisi de s’extraire de toute dimension géopolitique : “le plus important, c’est la démocratie et la souveraineté du Bélarus, pas la Russie ou l’Europe” assène la figure de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaia. 

En refusant d’ancrer cette révolution dans un cadre géopolitique, globalement entre l’Europe et la Russie, le mouvement bélarusse se démarque des contestations que l’on observait dans la région. On se souvient que lors des manifestations du Maïdan en Ukraine en 2014, des drapeaux flottaient au-dessus de la foule, et que le mouvement avait éclaté après cette volte-face du gouvernement ukrainien du président Ianoukovitch qui avait décidé de ne pas signer un accord d’association avec  l’UE, préférant se tourner vers Moscou pour signer un autre accord. 

L’occupation de l’emblématique place Maidan à Kiev aboutit à la mort de 120 personnes pendant les manifestations, mais aussi à la destitution de Ianoukovitch. Peu de temps après, comme un tour de vis face à la tentative de rapprochement, la Russie annexe la Crimée. 

Si depuis, l’orientation pro-européenne de la politique ukrainienne est une constante, on peut tout de même noter que le rapprochement espéré par les populations n’est pas flagrant, et que le rêve de l’adhésion à l’Union s’éloigne de plus en plus. Porteur d’immenses espoirs, il semble que l’EuroMaidan ne pouvait qu’amener de la déception.

Que reste-t-il, en Ukraine, de cette aspiration à se rapprocher de Bruxelles - dans la société mais aussi chez le pouvoir actuel ?

De Kiev à Minsk, que reste-t-il du rêve européen dans cet espace post-soviétique dans lequel Moscou continue d’exercer une grande influence ? Et comment l’Europe peut-elle accompagner cette marche vers la démocratie ?

Une discussion en compagnie de Olga Gille-Belova, maîtresse de Conférences au Département d'Etudes Slaves de l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, et Ioulia Shukan, spécialiste de l'Ukraine, maîtresse de conférences en études slaves à l'Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du Politique.

La position de l'Union européenne consiste à proposer une médiation entre Alexandre Loukachenko et son opposition. En revanche, c'est la position de Loukachenko qui reste assez ferme - celui-ci est dans une position de déni par rapport aux élections et la diplomatie européenne a ici des moyens assez limités. Olga Gille-Belova

En Ukraine, il y a deux choses à séparer quand on parle de rêve d'Europe : l'idéal d'Europe, celui des droits humains, d'un meilleur niveau de vie, d'absence de corruption, faisait rêver mais a provoqué des déceptions quand il est venu se confronter aux réformes demandées en échange de l'appartenance à cette communauté. Ioulia Shukan

Seconde partie - le focus du jour

Moldavie : une élection entre Europe et Russie ?

Le scrutin présidentiel d’hier, 15 novembre 2020, en Moldavie, relevait d’un balancier récurrent dans ce pays coincé entre l’Ukraine et la Roumanie. Il s’agissait de choisir, entre autres, de suivre une orientation politique vers la Russie, ou bien vers l’Union Européenne. 

D’un côté Igor Dodon, en poste depuis 2016, du Parti Communiste, plutôt proche de la Russie et admirateur de Poutine. De l’autre, Maia Sandu, ancienne Premier Ministre de coalition avec son adversaire, et avant cela conseillère pour les relations avec les pays de l’Est à la Banque Mondiale, résolument pro-européenne et anti-corruption. Cette dernière a finalement remporté le scrutin avec 57 % des suffrages, défiant au passage toutes les prévisions. 

Questions économiques, mais aussi identitaires : quelles conséquences géopolitiques du choix des Moldaves pour ces élections ?

Avec Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po, secrétaire général du CEVIPOF, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC.

Pendant sa campagne électorale, Maia Sandu a fait attention à ne pas trop forcer le trait, concernant son orientation pro-Européenne. S'afficher ouvertement comme pro-Russe ou pro-Europe a pour conséquence d'effrayer un certain nombre d'électeurs qui ne s'identifient pas vraiment à ces camps. Florent Parmentier

Chinisau, Moldavie, 2 novembre 2020 - Maia Sandu, principale compétitrice du président sortant, Igor Dodon
Chinisau, Moldavie, 2 novembre 2020 - Maia Sandu, principale compétitrice du président sortant, Igor Dodon Crédits : SERGEI GAPON - AFP

Références sonores

Références musicales

  • « The Splendour » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade)
  • « Razburi Turmi Muri » (Détruire les murs des prisons), musique phare du mouvement de contestations biélorusse
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
American dream. L'un des plus vieux mythes fondateurs américains a-t-il failli ?
Intervenants
  • Maître de Conférences au Département d'Etudes Slaves de l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3.
  • spécialiste de l'Ukraine, maîtresse de conférences en études slaves à l'Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du Politique.
  • Secrétaire général du CEVIPOF/ Sciences Po, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC.
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