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4 juillet 2006, Moscou, Russie - Vladimir Poutine se tient devant une carte de l'Asie
Épisode 3 :

De Bichkek à Noursoultan, l’offensive chinoise

57 min
À retrouver dans l'émission

Tant dans les infrastructures que dans l’agriculture ou les hydrocarbures, la Chine est présente dans les secteurs clefs de l'économie des pays d'Asie centrale. Mais les ambitions chinoises ne concernent pas que l’économie : jusqu’à quel point Pékin pourra-t-il avancer ses pions dans la région ?

BICHKEK, KIRGHIZISTAN, 21 mai 2019 - Chingiz Aidarbekov (droite), ministre des Affaires Etrangères du Kirghizistan, rencontre son homologue chinois, Wang Yi
BICHKEK, KIRGHIZISTAN, 21 mai 2019 - Chingiz Aidarbekov (droite), ministre des Affaires Etrangères du Kirghizistan, rencontre son homologue chinois, Wang Yi Crédits : VYACHESLAV OSELEDKO - AFP

Septembre 2013. En visite officielle au Kazakhstan, son voisin d’Asie centrale, le Président chinois Xi Jinping dévoilait pour la première fois son fameux projet de « ceinture économique de la route de la soie ». Une nouvelle voie de commerce reliant l’ensemble du continent eurasiatique. Des milliers de km d’autoroutes et de chemins de fer ultra-modernes construits aux frais de Pékin. 

Un projet pharaonique qui n’est pourtant que l’un des aspects de l’influence grandissante de Pékin en Asie Centrale. Partout dans la région, et notamment avec ses voisins limitrophes - Kirghizstan, Tadjikistan, et Kazakhstan - la Chine multiplie les investissements et les partenariats.  

Tant dans les infrastructures que dans les mines, l’agriculture, les hydrocarbures ou les télécoms, les entreprises chinoises sont présentes dans tous les secteurs clefs de ces pays, tandis que la Banque d’exportation et d’importation de Chine est devenue le principal créancier des gouvernements de la région.  

Uns stratégie « gagnant-gagnant », promet la Chine, faisant miroiter développement et modernisation en échange de sa mainmise sur les ressources énergétiques et territoriales de ses voisins.  

Mais cette influence grandissante de la Chine commence à poser question. A commencer par les populations locales qui ne perçoivent les retombées des fameuses "nouvelles routes de la soie" et qui s’inquiètent de ne plus avoir le contrôle sur leurs ressources naturelles.  Fin octobre 2020, le gouvernent kirghize, touché de plein fouet par la crise sanitaire et secoué par une nouvelle crise politique, a demandé une restructuration de sa dette – 4,8 milliards de dollars, soit 56% de son PIB - à la Chine, qui le lui a refusé.  

Voilà qui illustre bien la relation de dépendance dans laquelle se retrouvent désormais les pays d’Asie Centrale face à leur voisin, en à peine deux décennies - d’autant que les ambitions chinoises ne concernent pas que l’économie.  

Jusqu’où iront les appétits de la Chine en Asie Centrale ? Jusqu’à quel point Pékin peut-il avancer ses pions dans ces anciennes républiques soviétiques, terres d’influence russe par excellence ?  

Une discussion en compagnie de Marlène Laruelle, directrice de l’Institut pour les Etudes Européennes, Russes et Eurasiennes (IERES) au sein de l’Université Georges Washington, et d'Emmanuel Veron, géographe, chercheur associé à l’école navale et à l’INALCO. Membre de l’IFRAE (Institut Français de Recherche sur l'Asie de l'Est).

Cet épisode n'aurait pas été le même sans les ressources de Novastan, le seul média français et allemand spécialisé sur l’Asie centrale post-soviétique (Kirghizstan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan et région ouïghoure).

Une grande partie des extraits sonores de cette émission est tirée du documentaire « Chine, sur les nouvelles routes de la soie » de Nicolas Sridi, Pierre Tiessen et Laurent Bouit, coproduction ARTE et Morgane Production, 2016. 

Le niveau de dépendance financière à la Chine est très haut pour le Kirghizstan et probablement plus pour le Tadjikistan : on n'a pas le détail des négociations, mais il est apparent que la Chine n'a aucun intérêt à autoriser de Kirghizstan à rééchelonner sa dette. Pékin veut garder la pression potentielle que vaut cette dette et pouvoir en jouer le jour où elle en aura besoin. Marlène Laruelle

La publication cet été du "livre jaune sur l'Asie centrale" est finalement une synthèse des tactiques chinoises dans la région depuis au moins deux décennies. Il s'agit d'y augmenter une présence politique tous azimuts - qu'elle soit politique, diplomatique, ou commerciale - ainsi qu'œuvrer au contrôle, au maillage de ce territoire par une politique de prêts mais aussi par des investissements dans la construction d'infrastructures. Emmanuel Veron

Seconde partie - le focus du jour

Stabilité en Afghanistan : un enjeu stratégique pour la Chine

Avec Didier Chaudet, consultant indépendant, travaillant sur les questions de sécurité et de géopolitique en Asie du Sud, Asie Centrale, et Iran, installé en Chine. Contributeur régulier pour Asialyst, notamment. Directeur de la publication du CAPE (Centre d'Analyse de la Politique Etrangère).

La Chine est le principal investisseur en Afghanistan. C'est le seul qui ose essayer d'investir des marchés parfois lucratifs, notamment les matières premières, ou le pétrole - dans une logique de préemptive : on investit maintenant même si l'on ne peut pas développer tout de suite. Mais la Chine tient également un rapport sécuritaire avec l'Afghanistan, auparavant face aux soviétiques, et aujourd'hui face aux Etats-Unis. Didier Chaudet

3 décembre 2019, Pékin, Chine - Xi Jinping salue Hamid Karzai, ex-président afghan, en marge de l'Imperial Springs International Forum.
3 décembre 2019, Pékin, Chine - Xi Jinping salue Hamid Karzai, ex-président afghan, en marge de l'Imperial Springs International Forum. Crédits : GREG BAKER / POOL - AFP
Carte de l'Asie centrale, 2020
Carte de l'Asie centrale, 2020 Crédits : Afrogindahood/Pline/Wikimedia Commons

Références sonores

  • Lors d’une visite au Kazakhstan en 2013, Xi Jinping évoquait l’idée une « nouvelle route de la soie » (Extrait du documentaire « Chine, sur les nouvelles routes de la soie » de Nicolas Sridi, Pierre Tiessen et Laurent Bouit, 2016, ARTE et Morgane Production)
  • Témoignage d’un chauffeur de poids-lourd kazakh qui vient de Chine, et d’une maraîchère kazakh à propos des denrées qui transitent par son pays depuis la Chine (Extrait du documentaire « Chine, sur les nouvelles routes de la soie » de Nicolas Sridi, Pierre Tiessen et Laurent Bouit, 2016, ARTE et Morgane Production)
  • Suite à une loi sur les terres arables, manifestation antichinoise à Aktobe le 25 avril 2016 filmée par Marat Teluov, réalisateur, que l’on entend ensuite (Extrait du documentaire « Chine, sur les nouvelles routes de la soie » de Nicolas Sridi, Pierre Tiessen et Laurent Bouit, 2016, ARTE et Morgane Production)
  • Extrait du discours télévisé du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev qui a annoncé sa démission le 13 mars 2019 (France 24, 19 mars 2019)
  • Ghairat Baheer, président du Comité politique Hezbi Islami en Afghanistan insistait l’an passé sur le rôle prépondérant que la Chine doit jouer en Afghanistan (CGTN, 02 août 2019)

Références musicales

  • « Particle » de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)
  • « Hongurey » de Jan Hasker, musicien du Xinjiang (Label : Beijing TV Art Center)
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
Quand la sélection par le diplôme favorise la reproduction sociale
Intervenants
  • Géographe, chercheur associé à l’école navale et à l’INALCO. Membre de l’IFRAE (Institut Français de Recherche sur l'Asie de l'Est).
  • Directrice de l’Institut pour les Etudes Européennes, Russes et Eurasiennes (IERES) au sein de l’Université Georges Washington.
  • Chercheur associé à l’IFEAC
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