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10 novembre 2020, Parliament Square, Londres - Une statue de Winston Churchill, en face du Palais de Westmister, est entretenue
Épisode 1 :

De Winston Churchill à Boris Johnson : une certaine idée de l’indépendance britannique

58 min
À retrouver dans l'émission

Winston Churchill n’a pas toujours été le héros national qu’il fut entre 40 et 45. Si les hommages célèbrent l’homme de guerre, le reste de la carrière et des orientations politiques de Sir Winston semblent moins célébrées. Le mythe national est-il en train de s’effriter ? Qui s'en inspire encore ?

15 novembre 2019, BLACKPOOL, ROYAUME-UNI - Boris Johnson pose, à la confiserie 'Coronation Candy', avec une friandise indiquant son slogan de campagne ('Back Boris')
15 novembre 2019, BLACKPOOL, ROYAUME-UNI - Boris Johnson pose, à la confiserie 'Coronation Candy', avec une friandise indiquant son slogan de campagne ('Back Boris') Crédits : FRANK AUGSTEIN / POOL - AFP

Le fantôme de Churchill hante la vie politique britannique, même avant qu’il soit mort en 1965. Ses phrases, ses discours, sont analysés pour tenter de donner un sens aux choix politiques contemporains. Cette tendance s’est accentuée ces dernières années, pendant la campagne pour le référendum du Brexit en 2016. En effet, les déclarations de Churchill sur l’Europe et sa possible organisation sont ambiguës, et suscite des débats d’interprétations depuis un demi-siècle. Le Royaume-Uni comme parrain d’une possible union entre les différents Etats ? Ou en faisant pleinement partie ? 

Chacun des deux camps pouvait trouver de quoi nourrir son opinion dans la pensée du grand chef de la seconde guerre mondiale. Car, c’est en tant que sauveur du monde libre, Premier ministre entre 1940 et 1945 alors que le pays est le seul en Europe à résister à l’invasion nazie, que le pays l’honore. C’est cette figure qui reste comme référence politique, au point qu’il soit de bon ton de tenter de se dresser à son niveau : il semble que c’est ce qu’à voulu faire l’actuel Premier Ministre, en publiant en 2015 une biographie de l’homme politique, dont le titre témoigne de l’admiration qu’il lui porte : “Comment un seul homme à fait l’histoire”. Plus encore, il tente d’établir des liens : selon lui, le pays traverse une grande crise (le Brexit), et l’indépendance de l’île dépend de la solution qu’il pourra apporter.

Elu en 2002 “Plus Grand Britannique de tous les temps” par un sondage de la BBC, Churchill semblait être une figure des plus consensuelles. Si les hommages nationaux célèbrent l’homme de guerre, le reste de la carrière politique de Sir Winston semble plus méconnue et moins célébrée. Car avant et après la guerre, Churchill a occupé des postes clé : ministre de l’intérieur, de l’économie, puis de nouveau celui de Premier ministre, de 1951 à 1955. Dévaluation de la livre, répression des classes ouvrières, décolonisation… La société britannique fait régulièrement remonter à la surface des aspects plus sombres. Les graffitis “Winston Churchill était raciste” sur sa statue face à Westminster lors des manifestations Black Lives Matter de cet été marque une profonde division de la société, et la remise en question du récit national.

Le mythe national est-il en train de s’effriter, à force d’être utilisé pour défendre des intérêts politiques ? Comment est utilisée la figure de Churchill aujourd’hui, alors que le Royaume-Uni s’apprête à rompre les amarres avec l’Union Européenne ? Continue-t-il à inspirer réellement les politiques britanniques ?

Une discussion en compagnie d'Agnès Alexandre-Collier, professeur en civilisation britannique à l'Université de Bourgogne, et de Philippe Chassaigne, Professeur d'Histoire contemporaine à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3.

L'Allemagne, que Winston Churchill rejetait en 1911, en 1938, ou en 1940, c'est l'Allemagne militariste, totalitaire, dictatoriale. Après la guerre, l'Allemagne 'année zéro' ne pose plus vraiment de problème, au moins à court et à moyen-terme. Son anti-germanisme repose principalement sur le danger potentiel que l'Allemagne faisait courir au Royaume-Uni. Philippe Chassaigne

Je crois que de questionner la présence de statues de Churchill est une volonté d'écrire une nouvelle histoire de la Grande-Bretagne, de sortir d'une certaine idolâtrie churchillienne. On sait que l'homme avait deux visages ; l'on évoque par exemple des discours racistes, de hiérarchisation des races. La puissance de l'un dans la mise en avant de la démocratie et la liberté ne doit pas occulter la noirceur de l'autre. Agnès Alexandre-Collier

Seconde partie - le focus du jour 

Dans la mémoire galloise : Churchill contre la classe ouvrière

En 2019, John McDonnell, député travailliste et proche de Jeremy Corbyn, suscitait une petite polémique en qualifiant Winston Churchill de villain, de scélérat, en faisant référence à un épisode historique particulier, qui a marqué le Pays de Galles et le reste du Royaume-Uni. 

En 1910, alors que Churchill est ministre de l’intérieur, il envoie l’armée rétablir l’ordre face aux révoltes ouvrières à Tonypandy, une ville du sud du Pays de Galles. Un épisode qui ne lui sera pas pardonné par les Gallois, et qui, malgré les 110 années écoulées et les simplifications de lecture historique, ré-apparaît, souvent utilisé par la gauche pour rappeler les facettes plus sombres de Churchill, notamment envers la classe ouvrière.

Avec Moya Jones, professeur de civilisation britannique à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3.

Winston Churchill est un personnage ambigu. Mais au Pays de Galles, qui est majoritairement travailliste, c'est une figure qui aujourd'hui passe mal. Moya Jones

Références sonores

Références musicales

  • « Spectral split » de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)
  • « Mr Churchill says » des Kinks (Label : Sanctuary records)
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
A quoi servent les livres d'économie ?
Intervenants
  • Professeur en civilisation britannique à l'Université de Bourgogne
  • Historien, professeur d'histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne et spécialiste de la Grande-Bretagne
  • Professeur de civilisation britannique à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3
L'équipe
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