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Des soldats français à la base aéronavale de Lanveoc-Poulmic à Lanveoc, dans l'ouest de la France, le 20 novembre 2020.
Épisode 2 :

Industrie de défense : le "made in France" dépassé ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Ce devait être le deal du siècle, c’est finalement une humiliation. La rupture de contrat par l’Australie menace non seulement les relations diplomatiques mais aussi l’exportation française d’armement, maillon central des ambitions de Paris sur la scène internationale.

Des marins de la Marine nationale française paradent devant le sous-marin nucléaire « Suffren » avant son inauguration à Cherbourg le 12 juillet 2019.
Des marins de la Marine nationale française paradent devant le sous-marin nucléaire « Suffren » avant son inauguration à Cherbourg le 12 juillet 2019. Crédits : LUDOVIC MARIN - AFP

Ce devait être le deal du siècle, c’est finalement une humiliation. Derrière la rupture par l’Australie de son contrat pour acquérir des sous-marins français, ce n’est pas seulement la relation entre les deux pays qui se trouve écornée, mais également un élément essentiel de la diplomatie française : l’exportation d’armement, maillon central des ambitions de Paris sur la scène internationale depuis les premiers temps de la Ve République. 

Forte d’une industrie de défense compétitive, la France revendique l’autonomie stratégique, c’est-à-dire notamment la capacité à équiper elle-même son armée sans dépendre des importations. Une commande publique régulière et conséquente lui permet de maintenir son appareil industriel à un bon niveau. Or, cela ne suffit pas. Pour continuer d’innover et rester compétitive, la France ne peut pas se contenter de s’acheter à elle-même sous-marins et avions de chasse : elle doit également exporter.

Au cours du mandat de François Hollande, les exportations d’armes ont connu une hausse spectaculaire et bénéficié des initiatives de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense. Transféré au Quai d’Orsay lors de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, il y a poursuivi sa logique de partenariat stratégique, c’est-à-dire la vente d’armes comme élément fondateur de nouvelles alliances.

Dans quelle mesure la rupture du contrat australien révèle-t-elle les limites de cette approche ? Peut-on parler d’autonomie stratégique lorsque celle-ci se révèle dépendante aux exportations ?

La France est probablement le seul pays européen capable de réaliser l’ensemble du spectre des équipements : sous-marins, avions, véhicules terrestres… Le marché français est trop petit pour maintenir les compétences industrielles nécessaires pour faire tout ce spectre (…), donc les exportations permettent de maintenir les compétences. Julien Malizard

Ce qui est spécifique à la France dans sa manière de vendre des armes et dans sa politique d’exportation d’armement, c’est de faire le lien entre les grands contrats d’armement et l’idée de partenariat stratégique. Pour la France, la perte du contrat [avec l’Australie] était aussi celle du partenariat stratégique. Lucie Béraud-Sudreau

Florian Delorme reçoit Lucie Béraud-Sudreau, directrice du programme “Dépenses militaires et industrie d'armement” du Stockholm International Peace Research Institue (SIPRI) et Julien Malizard, titulaire adjoint de la chaire Economie de la défense de l’IHEDN. 

Seconde partie : le focus du jour

La Chine, acteur émergent sur le marché mondial de l’armement

Des pilotes de la Chengdu Aircraft Corporation lors du treizième Salon international de l'aviation et de l'aérospatiale de Chine à Zhuhai, le 28 septembre 2021.
Des pilotes de la Chengdu Aircraft Corporation lors du treizième Salon international de l'aviation et de l'aérospatiale de Chine à Zhuhai, le 28 septembre 2021. Crédits : Noel Celis - AFP

Si la course aux exportations d’armes est longtemps restée largement dominée par les Etats-Unis, la Russie et la France, la concurrence s’est élargie dans les années 2000 à de nouveaux acteurs. Le cas de la Chine, dont l’industrie de défense était encore incapable, au mitan des années 1990, d’équiper sa propre armée, est particulièrement intéressant. En quelques années, Pékin est passé d’un état de dépendance totale aux importations russes à une quasi-autonomie, devenant le deuxième producteur et le cinquième exportateur d’armes au monde, selon un rapport du Sipri de 2020. Une montée en puissance qui vient bousculer les équilibres sur ce marché très particulier. 

La Chine ne se sent pas liée par le traité MTCR, signé pour éviter la prolifération des technologies balistiques et que les Etats-Unis appliquent pour ne pas exporter de drones armés - sauf très rares exceptions. Elle a donc exporté des drones armés cette année à plus d’une dizaine de clients, notamment au Moyen-Orient, en Asie Centrale et en Asie du Sud-Est. Mathieu Duchâtel

Avec Mathieu Duchâtel, directeur du Programme Asie à l’Institut Montaigne.

Références sonores

  • En avril 2016, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian qualifiait de « grande victoire de l’industrie navale française » l’accord contracté avec l’Australie concernant la vente de douze sous-marins d’attaque (Europe 1, 26 avril 2016)
  • Extrait d’une conférence de presse du Premier ministre australien Scott Morrison durant laquelle il annonce l’annulation du contrat concernant l’achat des douze sous-marins français (France 24, 16 septembre 2021)
  • Au micro de France 2 le 18 septembre dernier, Jean-Yves Le Drian considérait la crise des sous-marins comme une rupture de confiance majeure entre alliés (France 2, 18 septembre 2021)
  • Jean-Yves Le Drian annonçait ainsi la vente de Rafale à l’Egypte en février 2015 (AFP, 13 février 2015)
  • Lors d’une conférence de presse du ministère des Armées en juin dernier, le porte-parole Hervé Grandjean mettait l’accent sur une augmentation des ventes d’armes françaises vers les pays européens (Ministère des Armées, 02 juin 2021)
  • Ambiance de l’avion de chasse furtif Chengdu J-20 lors d’une démonstration au salon Airshow China à Zhuhai en novembre 2016

Références musicales

  • « A Nomad Retreat » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade)
  • « Don’t Take Your Guns To Town » de Johnny Cash (Label : Rhino records)       
Chroniques
11H53
6 min
La Revue de presse internationale
Rediffusion
Entre Serbes et Kosovars, une frontière toujours à vif
Intervenants
  • Directrice du programme de recherche « Armement et dépenses militaires » au Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).
  • Titulaire adjoint de la chaire Economie de la défense de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale)
  • docteur en Science-Politique, directeur du programme Asie à l'Institut Montaigne.
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