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Vanne de gaz et des gazoducs au poste de livraison de la frontière slovaque dans la ville de Velke Kapusany, dans l'est de la Slovaquie, près de la frontière avec l'Ukraine, le 7 janvier 2009.
Épisode 3 :

De Moscou à Naypyidaw: main basse sur la rente gazière

58 min
À retrouver dans l'émission

Le géant Gazprom a été nationalisé par Poutine en 2006. Durant des années, les bénéfices de l'entreprise ont profité à une poignée d’oligarques sans se soucier du développement du secteur. Quel rôle a joué Gazprom dans la consolidation du pouvoir de Vladimir Poutine ?

Le président russe Vladimir Poutine tient une réunion avec le PDG de Gazprom Alexei Miller par vidéoconférence à la résidence d'État de Novo-Ogaryovo, près de Moscou, le 19 janvier 2021.
Le président russe Vladimir Poutine tient une réunion avec le PDG de Gazprom Alexei Miller par vidéoconférence à la résidence d'État de Novo-Ogaryovo, près de Moscou, le 19 janvier 2021. Crédits : ALEXEY NIKOLSKY - AFP

Gazprom a annoncé fin avril la publication de ses résultats pour l’année 2020 : son chiffre d'affaires est en baisse de 17,4% par rapport à l’année 2019. Une mauvaise nouvelle lorsqu’on connaît l’importance de la rente pétrolière et gazière pour la stabilité du pays. En effet, après la chute de l’URSS, le gaz fut un secteur décisif pour la reconstruction de l’économie russe grâce aux bénéfices tirés des exportations. Mais ces bénéfices n’ont pourtant pas toujours profité à la population. Depuis la reprise en main par Poutine à son arrivée, Gazprom est devenu un véritable géant qui emploie plus de 400 000 personnes, possède une banque, plusieurs médias et fait vivre des régions entières. Tout cela sous la direction d’Alexeï Miller, un des proches du dirigeant russe. 

Quel fut le rôle de Gazprom dans la consolidation du pouvoir de Vladimir Poutine ? Peut-on vraiment parler d’une entreprise totalement soumise au pouvoir ? La rente gazière est-elle toujours aussi stratégique pour le pouvoir russe ? Enfin, l'arrivée de la concurrence sur le marché intérieur pourrait-elle faire vaciller ce monopole historique ? 

Nos invités sont Catherine Locatelli, économiste, chargée de recherche au CNRS, membre du laboratoire d’Economie Appliquée de Grenoble (GAEL), spécialiste des industries pétrolière et gazière en Russie et en Chine et Alain Guillemoles, journaliste à La Croix. 

Alexei Miller a su préserver Gazprom et faire évoluer l’entreprise vers un système un peu plus occidental. Aujourd’hui, Gazprom s’adapte aux conditions de libéralisation du marché gazier européen et à des stratégies de diversification vers la Chine. Il a été un des artisans de la transformation de Gazprom, dont l’évolution, depuis sa création en 1991, est considérable. Catherine Locatelli

Lorsque Poutine arrive au pouvoir, il a uniquement le soutien de Boris Eltsine qui le met en place et son passé dans les services de sécurité. Il avait le contrôle de la justice, des services de sécurité et de l’armée mais la prise de pouvoir s’est réellement faite en prenant peu à peu en main Gazprom, en soumettant les oligarques et en prenant possession des médias. Ce qui donne lieu au pouvoir autoritaire que l’on connaît aujourd’hui. Alain Guillemoles

Seconde partie - le focus du jour

Le 1er février dernier, l’armée renverse le pouvoir en Birmanie et prend le contrôle du pays. La répression fait près de 780 morts contre les militants pro-démocratie. L'opposition birmane, ainsi que de nombreux pays occidentaux, appellent à accroître la pression économique sur le régime, notamment sur l’industrie gazière qui est une importante source de revenus pour les militaires. La Birmanie est en effet le troisième exportateur de gaz en Asie. En quoi le gaz est-il une ressource stratégique pour l’Etat birman et qui profite vraiment de la rente gazière ?

Nous avons posé la question à Eric Mottet, chercheur associé à l’IRASEC (Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine) et directeur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est à l’UQAM (Université du Québec à Montréal). Au micro de Mélanie Chalandon. 

La production gazière en Birmanie est actuellement en déclin. Mais, depuis le coup d’État du 1er février, il y a eu une quinzaine d’investissements, pour une somme de 2,7 milliards de dollars, pour la construction de centrale de gaz liquéfié. Malgré les instabilités, les investissements avec la Chine, Hong-Kong et la Malaisie continuent. Ce sont des acteurs qui étaient déjà présents en Birmanie. Les acteurs occidentaux, eux, sont en train de quitter le pays. Eric Mottet 

Retrouvez l'enquête Le Monde « Birmanie : comment Total finance les généraux à travers des comptes offshore »ici

Une émission préparée par Mélanie Chalandon. 

Références sonores

  • Extrait du discours annuel de Vladimir Poutine à l’Assemblée fédérale le 21 avril dernier dans lequel il exhorte les gouverneurs des régions à faciliter l’accès à l’énergie et notamment au gaz (Sputnik, 21 avril 2021)
  • Témoignages d’habitants de la ville de Nadym dans le grand nord sibérien où Gazprom exploite des gisements qui alimentent une bonne partie de l’Europe. On entend successivement une directrice d’école, Valentina Kouznezova puis Constantin Borodenko, géologue pour Gazprom et enfin Guerman Armantovitch, ouvrier chez Gazprom (France 3, 09 avril 2007)
  • Patrick Pouyanné, PDG de Total explique la présence de son entreprise à Yamal en partenariat avec Novatek (Extrait vidéo institutionnelle de Total, date inconnue)
  • Echange entre Alexeï Miller, patron de Gazprom et Vladimir Poutine au moment de l’inauguration du nouveau gazoduc « Power of Siberia » franchissant la frontière chinoise (Le Point, 02 décembre 2019)

Références musicales 

  • « Particle » de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)
  • « No one’s home » de Mikael Tariverdiev (Label : Earth recordings)

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Comment les sociétés réagissent-elles face aux catastrophes ?

Bibliographie

Intervenants
  • économiste, chargée de recherche au CNRS, membre du laboratoire d’Economie Appliquée de Grenoble (GAEL). Spécialiste des industries pétrolière et gazière en Russie et en Chine.
  • journaliste à La Croix
  • chercheur associé à l’IRASEC (Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine) et directeur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est à l’UQAM.
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