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(image : MAWSYNRĀM, INDE) - Les enjeux autour des usages de l'eau prennent une toute autre ampleur à l'heure où des ressources telles que l'eau douce vient à manquer.
Épisode 3 :

Du Nil au Colorado : les barrages de la discorde

58 min
À retrouver dans l'émission

Ce sont d'immenses structures de béton qui s'élèvent au-dessus des plus grands fleuves de la planète. Nil, Mékong, Tigre, Colorado : y construire un barrage, c'est affirmer, pour certains pays, une position de dominance territoriale. Pour d'autres, c'est une question de vie ou de mort économique.

"23 novembre 2014 - Drapeaux de prière tibétains devant le nouveau barrage sur le Yarlung Zangbo/Brahmapoutre, le plus large jamais constuit au Tibet" (via France 24)
"23 novembre 2014 - Drapeaux de prière tibétains devant le nouveau barrage sur le Yarlung Zangbo/Brahmapoutre, le plus large jamais constuit au Tibet" (via France 24) Crédits : STR - AFP

On l’appelle le barrage de la Renaissance. Sa construction, entreprise il y a 9 ans par l’Ethiopie sur le Nil, est sur le point de s’achever. Avec ses 155 mètres de hauteur et 74 milliards de mètres cubes d’eau, le barrage dotera bientôt le pays de la plus grande centrale hydro-électrique d’Afrique. Une véritable fierté nationale pour l’Éthiopie, qui compte sur cette nouvelle ressource pour accélérer le développement de son pays.

Espoir de tout un peuple, ce barrage est également source de vives tensions dans la région. Le Soudan et l’Egypte, situés en aval du fleuve, craignent de ne plus recevoir assez d’eau. C’est une question "de vie ou de mort" déclarait le général Al-Sissi, président égyptien, en 2017. "Aucune force ne pourrait nous empêcher de terminer ce barrage" répondait le Premier Ministre éthiopien en 2019.

Malgré un accord trouvé en 2015, le conflit entre les trois nations se partageant le fleuve s’est de nouveau envenimé au sujet du rythme de remplissage des cuves du barrage. Les négociations, entamées en juin dernier, sont au point mort. L’Égypte, particulièrement inquiète, appelle désormais le Conseil de Sécurité de l’ONU à se saisir de l’affaire.

Le Nil n’est pas le seul grand fleuve à cristalliser les conflits autour de ses eaux. Les pays en amont des grands fleuves, comme la Chine avec le Mékong, ou la Turquie, avec le Tigre et l’Euphrate, ont bien compris l’avantage de leur position et ne se privent pas de l’exploiter tant sur les plans économiques que géopolitiques.

Alors que les besoins en eau s’intensifient et que le réchauffement climatique risque de faire baisser les niveaux des cours d’eau, faut-il craindre que de véritables guerres éclatent dans les années à venir ?

Les accords de répartition - qui, du Nil au Colorado, permettaient jusqu’à présent de réguler l’exploitation des fleuves - suffiront-ils à garantir la paix le long des rives ?

Une discussion en compagnie de Franck Galland, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

En matière d'hydropouvoir, de pouvoir sur et à partir des ressources hydrauliques, qui tient l'amont a potentiellement un très fort pouvoir sur les territoires et les pays en aval. La Chine l'a très bien compris avec le Mékong, et avec les fleuves qui prennent leur source au Tibet - fleuves essentiels pour l'alimentation en Inde. Franck Galland

Seconde partie - les focus du jour 

Fleuve Colorado, États-Unis : conflits entre États.. d’un même pays

Avec David Blanchon, enseignant-chercheur à l’université Paris-Nanterre, en délégation CNRS auprès de l'IRL Iglobes à Tucson, Arizona. Spécialiste en gestion de l’eau, géographie et environnement.

Cela fait plusieurs décennies que l'eau n'arrive presque plus dans le delta du Colorado. Elle est captée avant, via des canaux, et envoyée vers de grandes agglomérations et régions agricoles du Sud-Ouest des États-Unis. David Blanchon

Carte du bassin versant du fleuve Colorado et de ses principaux barrages
Carte du bassin versant du fleuve Colorado et de ses principaux barrages Crédits : Wikimedia Commons - Shannon1 - licence CC BY-SA 4.0

La gestion interétatique du fleuve Sénégal serait-elle un modèle à suivre ?

Avec Stéphanie Duvail, chercheuse à l’IRD (Institut de recherche et développement), actuellement en Afrique australe. Ses recherches portent sur la gouvernance des ressources naturelles au Mozambique et en Tanzanie.

L’OMVS, l’organe de mise en valeur du fleuve Sénégal, est une organisation crée en 1972, qui regroupe les quatre pays du bassin versant du fleuve Sénégal, et qui correspond dès son origine à un projet d'intégration régionale. C'est aussi un projet économique de mise en valeur du fleuve à travers la construction de grands barrages. La coopération interétatique au sein de l'OMVS a bien fonctionné, mais le modèle économique qu'il représente a suscité de lourdes conséquences environnementales et sociales. Stéphanie Duvail

Carte du bassin versant du fleuve Sénégal
Carte du bassin versant du fleuve Sénégal Crédits : Wikimedia Commons - Kmusser - licence CC BY-SA 4.0

Références sonores

  • Semegnew Bekele, ingénieur en chef éthiopien du barrage de la Renaissance à propos de sa construction en 2015 (France 24, 04 mai 2015)
  • En mars 2015, la concorde entre le président égyptien Al Sissi et le président éthiopien Hailemarian Desalegn, semble encore de mise concernant la construction du barrage éthiopien et la gestion des eaux du Nil (Euronews, 23 mars 2015)
  • Ahmed Abu Zeid, porte-parole du ministère des Affaires étrangères égyptiennes, expliquait en juillet 2018 l’importance du Nil pour l’Egypte et en faisait une question de sécurité nationale (France 24, 04 juillet 2018)
  • Mohammad Al Beheri, agriculteur égyptien, craint un asséchement des terres lié à la rétention d’eau par l’Ethiopie (France 24, 04 juillet 2018)
  • Mohammed al-Chlehaoui, patron d’une coopérative agricole, et Mehdi al-Hamadani, ministre irakien des ressources hydrauliques critiquent la construction de barrages en Turquie et en Iran sur le Tigre et l’Euphrate qui ont pour conséquence directe une baisse des ressources en eau en Irak (France 24, 28 août 2020)
  • Marlon Duke, de l’Agence d’Etat de gestion de l’eau déplore la baisse du niveau du lac Powel (France 2, 30 juillet 2018) 
  • Francisco, pêcheur mexicain, se désole de la disparition progressive du fleuve côté mexicain (Extrait du documentaire « Colorado, les voleurs de fleuve » de Sandrine Feydel, production : Via Découvertes production pour Thalassa, 2008)
  • Un pêcheur sur les berges du fleuves Sénégal se plaint du barrage de Diama, à 27 km en amont de Saint Louis - barrage qui selon lui bloque la remontée des poissons (Extrait du documentaire « Fleuve Sénégal, les eaux du partage » d’Isabel Santos et Marcel Dalaise, production : Cité des sciences et de l’industrie, 1999)

Références musicales

  • « Photon » de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)
  • « Fleuve Sénégal » de Condé Sekou (Label : Soniafric)
Chroniques
11H53
6 min
Le Tour du monde des idées
Aux sources du concept de "mal français", la défaite de 1870
Intervenants
  • chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, président d'Environmental Emergency & Security Service, auteur de « Le grand jeu : chroniques géopolitiques de l'eau », ed.CNRS.
  • Enseignant-chercheur à l’université Paris-Nanterre, en délégation CNRS auprès de l'IRL Iglobes à Tucson, Arizona
  • Chercheuse à l’IRD (Institut de recherche et développement), actuellement en Afrique australe
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