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Soldats de la FAMA (Forces Armées Maliennes) lors d’une parade pour célébrer le 60ème anniversaire de l’indépendance du Mali, à Bamako le 22 septembre 2020.
Épisode 2 :

Mali : le mythe du bon coup d’Etat

58 min
À retrouver dans l'émission

Habitué des coups d’Etat militaires depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Mali en a fait encore deux fois l'expérience entre août 2020 et mai 2021. Menées par le même homme, le colonel Assimi Goïta, les deux opérations sont justifiées par la la volonté de rendre le pouvoir au peuple.

Le président par intérim, le colonel Assimi Goïta, regarde les membres des Forces Armées Maliennes après avoir prêté serment à Bamako le 7 juin 2021.
Le président par intérim, le colonel Assimi Goïta, regarde les membres des Forces Armées Maliennes après avoir prêté serment à Bamako le 7 juin 2021. Crédits : ANNIE RISEMBERG - AFP

En août 2020, Assimi Goïta et ses soutiens renversaient le président Ibrahim Boubacar Keïta, critiqué pour sa passivité face aux difficultés sociales et sécuritaires du Mali. Son successeur par intérim, Bah N’Daw, était censé assurer la transition jusqu’aux élections présidentielles mais, insatisfait par un remaniement ministériel, Assimi Goïta n’a pas hésité à lui reprendre le pouvoir neuf mois seulement après le lui avoir confié. Ce coup d’Etat dans l’Etat a été dénoncé par Emmanuel Macron, mais aussi par la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest). L’instance régionale a en effet pris des sanctions contre les dignitaires du régime ce dimanche, après que ces derniers ont annoncé repousser la tenue des prochaines élections. 

Face à ce refroidissement des relations avec ses voisins et son partenaire français, qui a annoncé un reformatage en profondeur de l’opération Barkhane, le nouveau gouvernement de transition tente de se rapprocher de la Russie. La junte militaire aurait engagé début septembre des discussions avec la milice privée Wagner, qui opère déjà en Centrafrique et au Soudan, pour remplacer à terme les forces françaises au Mali. Assiste-t-on là à un coup de pression vis-à-vis de la France ou à une réelle reconfiguration des relations diplomatiques au Sahel ? Quelles sont les conséquences de ce retour des militaires au pouvoir sur la fragile situation sécuritaire au Mali ? Et quelles perspectives la junte malienne laisse-t-elle entrevoir en termes de transition démocratique ? 

Dans une situation d’Etat en déliquescence, avec des institutions largement dysfonctionnelles comme c’est le cas au Mali et avec un personnel politique totalement décrédibilisé, les populations ont tendance à réclamer une transposition de l’organisation militaire dans l’organisation des affaires politiques. Boubacar Haidara

Bien entendu, dans les écoles militaires comme Kati ou l’Emia, on n’enseigne pas les coups d’Etat. Mais il est évident que l’accent est avant tout mis sur le renforcement des capacités de combat plutôt que sur les questions de gouvernance ou de respect des droits de l’homme. Niagalé Bagayoko

Florian Delorme s'entretient avec Boubacar Haidara, chercheur au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM) de Sciences Po Bordeaux et Niagalé Bagayoko, spécialiste de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest.

Seconde partie : le focus du jour 

En 1991, l’armée, moteur de la démocratie malienne

Au premier plan, Amadou Toumani Touré attendant dans une file pour voter au premier tour des élections présidentielles le 12 avril 1992 à Bamako.
Au premier plan, Amadou Toumani Touré attendant dans une file pour voter au premier tour des élections présidentielles le 12 avril 1992 à Bamako. Crédits : FRANCOIS ROJON - AFP

Si les intentions de la junte dirigée par Assimi Goïta suscitent le doute, voire le soupçon quant aux ambitions autoritaires qui la guident, l’armée a déjà joué un rôle moteur dans le processus de transition démocratique. C’était il y a trente ans, en 1991, lorsqu’un petit groupe de militaires putschistes renversait le régime despotique de Moussa Traoré. A leur tête, le colonel Amadou Toumani Touré, surnommé ATT, a par la suite assuré une transition qualifiée d’exemplaire par la communauté internationale. Quels étaient les liens entre l’opinion publique malienne et l’armée à l’époque ? Ont-ils évolué depuis ? Et quel héritage celui qu’on qualifie de « soldat de la démocratie » a-t-il laissé aujourd’hui ?

Le président ATT avait une personnalité très peu autoritaire, qui cherchait le consensus partout mais qui n’était pas à même de s’imposer. Les déviances n’étaient pas sanctionnées et une sorte d’impunité générale s’est installée dans le pays. Nicolas Normand

Avec Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali entre 2002 et 2006 et chercheur associé à l’IRIS. 

Références sonores

  • En juin dernier, suite au second coup d’Etat, voici comment s’exprimait le colonel Assimi Goïta lors de la cérémonie officielle de son investiture en tant que président de la Transition (France 24, 07 juin 2021)
  • Fin octobre dernier, une manifestation en soutien aux autorités de transition avait lieu à Bamako. On entend ici une manifestante qui, en plus d’afficher son soutien au régime, exprime le rejet d’une partie de la population envers la présence militaire française (AFP, 30 octobre 2021)
  • Lors d’une manifestation à Bamako en soutien à ces mêmes autorités de transition, un autre manifestant expliquait lui que cette transition ne devait pas durer
  • Réaction du Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga à la fin de Barkhane en tant qu’« opération extérieure » dans son discours à la tribune de l’ONU en septembre dernier réaction d’un soutien venu l’accueillir à son retour au Mali le 28 septembre dernier (AFP, 26 septembre 2021 Bamada Net, 28 septembre 2021)
  • Quelques jours après le coup d’Etat qui a eu lieu le 26 mars 1991 au Mali et la mise en place du Comité de transition pour le salut du peuple présidé par Amadou Toumani Touré, voici ce que déclarait ce dernier au micro d’un journaliste malien à propos de son rapport au pouvoir (source inconnue)

Références musicales

  • « Yambadi mama » de Konono n°1 (Label : Cramned disc)
Chroniques
11H53
6 min
La Revue de presse internationale
Rediffusion
Entre Biélorussie et Europe, des milliers d'exilés pris au piège
Intervenants
  • Chercheur au LAM de Sciences Po Bordeaux, chargé de cours à l’Université de Ségou
  • Spécialiste de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest
  • ancien ambassadeur de France en Afrique du Sud, au Mali, au Congo, au Sénégal et en Gambie. Auteur du "Grand livre de l’Afrique", Editions Eyrolles
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