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Des immigrants vénézuéliens marchent dans la rue en rentrant dans leur pays en raison de la pandémie de COVID-19, le 13 avril 2020 à Bogota, en Colombie.
Épisode 2 :

Emirats arabes unis : entre cosmopolitisme et ségrégation

58 min
À retrouver dans l'émission

Les étrangers constituent près de 90% de la population aux Emirats arabes unis. Des PDG aux balayeurs, tous sont soumis à la kafala, système qui lie l'employé à l'employeur, et qui engendre des conditions de résidence précaires. Quelles sont les limites du système migratoire émirien ?

Des ouvriers nettoient l'extérieur du Musée du futur, en construction au moment de la photo, à Dubaï, le 19 novembre 2020.
Des ouvriers nettoient l'extérieur du Musée du futur, en construction au moment de la photo, à Dubaï, le 19 novembre 2020. Crédits : KARIM SAHIB - AFP

Des Britanniques aux Philippins en passant par les Indiens, les Egyptiens ou les Français, les Emirats arabes unis attirent des travailleurs du monde entier. Cadres très qualifiés recrutés par les compagnies pétrolières ou les banques internationales, ouvriers s’activant à édifier des villes en perpétuelle expansion, ou employées domestiques. Les étrangers constituent près de 90% de la population de ce pays créé en 1971, mais paradoxalement, cette économie fondée sur l’attraction des bras et des cerveaux du reste de la planète s’accompagne d’une politique migratoire sévère. Tous les étrangers, des PDG aux balayeurs, sont en principe soumis au système de la kafala, qui les lie administrativement à leur garant émirien. A de rares exceptions près, les permis de séjour sont conditionnés aux contrats de travail, et il est quasiment impossible pour un immigré d’obtenir la nationalité émirienne. Ces conditions de résidence précaires ont eu des conséquences dramatiques pour nombre d’entre eux, en particulier depuis le début de la pandémie, et du brutal ralentissement de l’économie qu’elle a entraîné.

Comment les différentes « minorités » cohabitent-elles dans ce pays où les étrangers sont majoritaires ? Dans quelle mesure la crise actuelle révèle-t-elle les limites du système migratoire émirien ? Contribue-t-elle à le faire évoluer, comme le laissent envisager plusieurs signes d’ouverture au cours des derniers mois ?

Il y a eu des réformes, notamment en 2018 avec l’introduction du « visa en or », qui offre des visas de plus de dix ans de résidence et ouvre ainsi plus de perspectives, également des visas de cinq ans pour des étudiants brillants ou des investisseurs, mais là aussi, avec des montants très importants. C’est-à-dire un investissement de plus de cinq millions de dirhams. Auparavant les visas étaient de trois ans renouvelables. Cette évolution du modèle s'inscrit dans la volonté d’attirer une migration de gens très qualifiés et de les faire rester. Delphine Pagès-El Karoui

La question de la liberté et de la tolérance religieuse est l’étendard de la politique de visibilité de la tolérance des Emirats. Il y a toute une série d’exemples à commencer par ce grand programme de maison abrahamique : une mosquée, une synagogue, une église. Il y a un très grand nombre d’églises, un temple indou… Cela passe par l’édification des bâtiments religieux et une pluralité de pratiques religieuses. Par exemple, dans les Eglises chrétiennes d’Abou Dabi, on a des messes dites dans des dizaines de langues différentes. Il s’agit du registre où la tolérance s’assume le plus pleinement, au détriment du pluralisme politique notamment. Hadrien Dubucs

Seconde partie - le focus du jour

Qatar : La Coupe du monde 2022 ou un coup de projecteur sur les travailleurs migrant

Depuis 2010 le Qatar s’est vu attribué l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022, cet évènement a été l’occasion de mettre un coup de projecteur sur le pays et la condition de vie des travailleurs. En effet, de nombreux chantiers sont en cours afin de construire pour accueillir l’évènement. Or, entre 2010 et 2020, plus de 6 500 travailleurs migrants sont morts.
Quelle est leur situation sur place ? Quelles mesures sont mises en place ? Que se passe-t-il au-delà des effets d’annonces ?

Depuis la fin des années 90, début des années 2000, on assiste à la conjonction deux mouvements parallèles. D’une part, le Qatar commence à se développer énormément et diversifie ses flux de mains d’œuvres, en regardant vers le Népal. Au même moment le Népal s’ouvre vers l’extérieur dans un contexte de guerre civile, avec une crise politique qui empêche les jeunes de rentrer sur le marché du travail. Il y a un couloir migratoire des Népalais vers le Qatar, ils seraient aux alentours de 400 000 actuellement. Tristan Bruslé

Une émission préparée par Margaux Leridon et Albane Barrau. 

Références sonores

  • Le ministre émirien de la culture en 2015 pour l’inauguration de l’Alliance Française à Abou Dabi  (France 2, 27 septembre 2015)
  • Témoignage de deux expatriés Britanniques heureux à Dubaï  (Euronews, 31 juillet 2019)
  • Gille, nourrice philippine de 36 ans à Dubai (TF1, 06 octobre 2019)
  • Témoignages d’un jeune travailleur bangladeshi au chômage à Dubai et d’un autre travailleur népalais à Dubai aussi au chômage et en situation irrégulière (Arte, 05 septembre 2020)
  • Témoignages de travailleurs népalais entassés dans un logement insalubre au Qatar (France 24, 04 avril 2014)

Références musicales 

  • « Burnt » par Kiasmos (Label : Erased Tapes)
  • « Wala Kilma » de Freek  (Mustafa Ismail)

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Littérature jeunesse. De Roald Dahl à Dr Seuss, des classiques à "réévaluer" ?
Intervenants
  • maître de conférences en géographie à l’INALCO. Spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient
  • maître de conférences en géographie à Sorbonne Université, directeur du département de géographie de la Sorbonne Abou Dhabi
  • chercheur au Centre d'études himalayennes du CNRS.
L'équipe
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