LE DIRECT
Cette photo prise le 4 août 2020 montre Prince, pseudonyme d'un membre du groupe de piratage informatique et de cyber-activisme chinois nommé 'Red Hacker Alliance', et utilisant son ordinateur dans leur bureau à Dongguan, en Chine
Épisode 3 :

Cyber-escrocs, l’Afrique contre-attaque

58 min
À retrouver dans l'émission

En Côte d’Ivoire, on les appelle les "brouteurs". De jeunes hommes principalement, qui, de leurs cyber-cafés, basés en Afrique de l’Ouest, conçoivent des arnaques par mail dont ils inondent les serveurs occidentaux. Qui sont ces cyber-arnaqueurs ? Comment le phénomène s’est-il autant développé ?

Des clients naviguent sur Internet dans un cybercafé à Abidjan le 11 août 2009. La Côte d'Ivoire, puissance économique de l'Afrique de l'Ouest, est également devenue un leader en matière de cybercriminalité.
Des clients naviguent sur Internet dans un cybercafé à Abidjan le 11 août 2009. La Côte d'Ivoire, puissance économique de l'Afrique de l'Ouest, est également devenue un leader en matière de cybercriminalité. Crédits : STORY BY CHRISTOPHE KOFFI / ISSOUF SANOGO - AFP

En Côte d’Ivoire, on les appelle les "brouteurs". La métaphore est inspirée du mouton et de sa façon de se nourrir : prélevant ça et là - et sans se fatiguer - de petites quantité de nourriture sur un vaste territoire. Les brouteurs, ce sont des cyber-escrocs. De jeunes hommes principalement, qui, de leurs cyber-cafés, basés en Afrique de l’Ouest, conçoivent des arnaques par mail dont ils inondent les serveurs occidentaux. 

Il y a celle qui vous promet de toucher un héritage en échange d’une avance de frais, celle où l’on vous demande de l’aide pour opposant politique en difficulté, celle enfin de la rencontre amoureuse qui vous soutire habilement quelques virements bancaires.  Si le Nigéria a été pionnier dans le développement des escroqueries par mail – au point que l'on parle d’arnaques à la nigériane – c’est en Côte d’Ivoire que le phénomène s’est le plus développé, ces dernières années, au point d’inquiéter les autorités. 

Qui sont vraiment ces fameux « brouteurs », et comment ce phénomène s’est-il développé en Afrique de l’Ouest ? Quels sont les ressorts de ces manipulations numériques, comment évoluent-elles dans le temps ?

Comment ces arnaques se nourrissent du contexte social, politique et historique et mobilisent les représentations construites en Afrique et en Occident – où les mugu (les « pigeons » en bambara) sont de plus en plus nombreux ? Et enfin, quelle réponse des autorités locales et internationales à la cybercriminalité ? 

Pour en parler, Nahema Hanafi, maitresse de conférence en histoire moderne et contemporaine à l'université d'Angers, membre du laboratoire TEMOS (Temps, Monde, Sociétés), et Yaya Koné, sociologue et anthropologue, maitre de conférence à l'Université Polytechnique des Hauts de France, membre du laboratoire CRISS.

Seconde partie - le focus du jour 

One Coin : des cyber-arnaqueurs bulgares à la tête d’une arnaque à la cryptomonnaie

Si la vitrine marketing de 'One Coin', présentée comme une crypto-devise révolutionnaire, revendiquait en 2017 plus de trois millions de "membres" pour un chiffre d’affaires estimé à pratiquement quatre milliards d’euros, il s’est depuis avéré qu’il s’agissait d’une gigantesque pyramide de Ponzi, dont le sommet nous fait remonter jusqu’en Bulgarie, sur les traces de Ruja Ignatova, la fondatrice de ce réseau, mais aussi de son entourage, et de réseaux de blanchiment à grande échelle.

Avec Gilles Quoistiaux, journaliste économique au magazine Tendances, chroniqueur à la RTBF, producteur de One Coin, le réseau (podcast d’investigation, 6x20 minutes, décembre 2020), qui découle d’une enquête qu’il a conduite sur la filière franco-belge de l’arnaque One Coin.

Il y a toute une série de victimes de cette arnaque qui s'est manifestée, notamment en France et en Belgique, à des autorités de régulation, aux gendarmes du secteur financier : mais ces autorités se sont contentées de jouer les boîtes aux lettres et de transmettre ces signalements à la justice. Il y a un souci dans la transmission des poursuites que l'on peut faire vis-à-vis de ces gigantesques arnaques. Gilles Quoistiaux

Le logo de la fausse crypto-monnaie "One Coin". Selon les autorités américaines (FBI), la société One Coin est une pyramide de Ponzi.
Le logo de la fausse crypto-monnaie "One Coin". Selon les autorités américaines (FBI), la société One Coin est une pyramide de Ponzi. Crédits : Jens Knappe - Maxppp

Une émission préparée par Mélanie Chalandon et Nicolas Szende.

Références sonores 

  • Témoignage d’un "brouteur" ivoirien qui va chercher sa proie sur Instagram (RTS, reportage d’Olga Baillif et Isabelle Ducret, 02 novembre 2018)
  • Témoignage d’un autre "brouteur" ivoirien, qui explique comment il soutire de l’argent à ses victimes (France 24, 04 avril 2013)
  • Témoignage de Catherine, qui a failli céder aux demandes d’argent d’un soi-disant ingénieur suisse envoyé à Dubaï (RTS, reportage d’Olga Baillif et Isabelle Ducret, 02 novembre 2018)
  • Selon un "brouteur", lorsqu’il arrive à ferrer sa victime, elle devient un "mugu", un pigeon (Investigation et enquête, Tony Comiti Productions, 30 mars 2019)
  • Extrait du discours de Nicolas Sarkozy prononcé le 26 juillet 2007 à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, dans lequel il évoque le fait que "l’homme africain [ne serait pas] rentré dans l’Histoire"
  • Annonce de l’arrestation du "Commissaire 5500" à la télévision publique ivoirienne en mai 2016 (RTI, 05 mai 2016)
  • Extrait du discours de Ruja Ignatova en 2016 à Londres à propos de la crypto-monnaie Onecoin (Onelife Australia, 05 septembre 2019)

Références musicales

  • « Toy Box » de M. A. Beat ! (Label : Black Milk Music)
  • Dj Arafat rend hommage au brouteur « Commissaire 5500 » dans une chanson produite en juin 2016

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Armin Laschet : Merkel, Angela en moins ?
Intervenants
  • Historienne
  • sociologue et anthropologue, maitre de conférence à l'Université Polytechnique des Hauts de France, membre du laboratoire CRISS
  • journaliste économique au magazine Tendances, chroniqueur à la RTBF
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......