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24/10/2018, BUENOS AIRES, ARGENTINE - La police anti-émeute argentine prend position lors d'affrontements avec des manifestants à l'extérieur du Congrès argentin
Épisode 4 :

Maghreb : le spectre de l'État policier

58 min
À retrouver dans l'émission

De l'Algérie, où la sécurité intérieure est toujours une véritable obsession pour le régime, à la Tunisie, où un projet de loi visant à garantir "la protection" de la police provoque l’inquiétude de la population, les changements de régime ont-ils influencé les doctrines sécuritaires des deux pays ?

Des membres de la police algérienne bloquent le déroulement d'une manifestation anti-gouvernementale qui se dirigeait vers le palais présidentiel, à Alger, le 22 février 2020.
Des membres de la police algérienne bloquent le déroulement d'une manifestation anti-gouvernementale qui se dirigeait vers le palais présidentiel, à Alger, le 22 février 2020. Crédits : RYAD KRAMDI - AFP

Depuis plusieurs mois, les militants du Hirak font l’objet d’une répression accrue en Algérie. Les différents services de sécurité multiplient les arrestations arbitraires à l’encontre des manifestants, tout en investissant les réseaux sociaux pour tenter de décrédibiliser le mouvement. Pourtant, lorsque celui-ci avait démarré en 2019, il avait été dans un premier temps encadré dans un relatif respect de l’Etat de droit. 

Alors que de nombreux observateurs redoutaient de voir les manifestations réprimées dans le sang, comme elles l’avaient été dans plusieurs pays de la région lors des printemps arabes, les défilés du vendredi se sont répétés en Algérie de manière pacifique plusieurs mois durant. En avril 2019, les manifestants ont obtenu le départ du président Abdelaziz Bouteflika après vingt ans de règne. Mais le nouveau pouvoir a rapidement, par la suite, ciblé les meneurs d’une contestation qui ne voulait pas se contenter de cette victoire symbolique.

L’épidémie de Covid-19 est venue fournir un prétexte idéal pour tenter de mettre fin au mouvement. Dans le même temps, plusieurs anciens caciques du régime et des services de sécurité ont été arrêtés, en particulier Mohamed Mediène, alias Toufik, ancien patron des renseignements longtemps considéré comme l’homme le plus puissant d’Algérie. Des événements qui s’inscrivent dans la continuité de luttes fratricides amorcées au sommet de l’appareil sécuritaire algérien dans la dernière phase du règne de Bouteflika.

Le durcissement de la répression contre le Hirak traduit-il la persistance d’un Etat policier en Algérie, en dépit du départ de Bouteflika et de la dissolution du Département du renseignement et de la sécurité, le fameux DRS, quelques années plus tôt ? Dans quelle mesure les procès intentés à d’anciens hommes forts de ce DRS, et en particulier à Mohamed Mediène, relèvent-ils du règlement de compte ? Comment les manifestants algériens perçoivent-ils ces purges ? Le rapport de la population à l’appareil sécuritaire a-t-il évolué depuis le début du Hirak ?

Une discussion en compagnie de Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève (CERMAM), enseignant à l’Université de Genève, et de Kader Abderrahim, directeur de recherche à l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE).

C'est la nature du régime algérien, depuis l'indépendance, de contrôler et de vouloir maintenir le contrôle sur la société. Et le peu d'espace grignoté au fur et à mesure de l'histoire récente et des révoltes populaires est aujourd'hui battu en brèche par ce régime, qui n'a plus de projet politique à proposer. Il ne lui reste que la carte de la répression. Kader Abderrahim

La mort de Gaïd Salah a été un tournant pour le système politique algérien, dans la mesure où depuis son accession à la tête de l'Etat-Major, il a été rappelé par le président Bouteflika alors qu'il se dirigeait vers la retraite. Il a réussi à récupérer le pouvoir sur les services de renseignements, jusque-là détenus par le DRS et le Général Médiène. Et quand il est mort, beaucoup de dignitaires qu'il avait mis en place se sont plaints à son replaçant et ont été depuis mis en détention. Hasni Abidi

Seconde partie - le focus du jour 

Tunisie : l’appareil policier a-t-il échappé au printemps arabe ?

Début octobre, en Tunisie, des ONG et des citoyens sont mobilisées contre l’exhumation projet de loi controversé, datant comme nous l’avons entendu de 2013, et visant à "protéger" la police et les forces de sécurité. Selon ces organisations, le texte menace des libertés fondamentales et "se venge" de la révolution de 2011. 

La doctrine de maintien de l’ordre a-t-elle vraiment évolué, en Tunisie, depuis le printemps arabe ? Qui veut et qui a voulu réformer cette doctrine ? Et d’ailleurs, quel ordre la police tunisienne veut-elle restaurer ? Audrey Pluta, doctorante en sciences politiques à Sciences Po Aix, nous éclaire sur le dossier tunisien.

Ce projet de loi est, en réalité, le fruit d'une concertation datant de 2013 entre le cabinet du Ministre de l'Intérieur de l'époque et les syndicats de police tunisiens. Depuis 2015, il revient au gré de l'actualité, les syndicats de police faisant pression après chaque attaque visant l'un des leurs, pour qu'il soit remis au goût du jour. Audrey Pluta

Manifestation dans le cadre de la campagne Hassebhom, qui se traduit par "Tenez-les responsables", à Tunis, le 6 octobre 2020, pour demander aux députés de rejeter une proposition de loi qui, selon eux, accordera l'impunité aux forces de l'ordre.
Manifestation dans le cadre de la campagne Hassebhom, qui se traduit par "Tenez-les responsables", à Tunis, le 6 octobre 2020, pour demander aux députés de rejeter une proposition de loi qui, selon eux, accordera l'impunité aux forces de l'ordre. Crédits : FETHI BELAID - AFP

Références sonores

  • Jamal Laazizi, manifestant du Hirak, décrit comment la police réprime les manifestants tandis que Mohamed Tadjadit, le « poète du Hirak », explique qu’il n’y a aucune justification aux emprisonnements dont il a été lui-même victime (Extrait du reportage « Algérie : un an après, la grande désillusion » d’Amina Boumazza, Miyuki Droz et Sylvain Lepetit, Arte reportage, 21 février 2020)
  • Annonce à la télévision algérienne des arrestations de Saïd Bouteflika, Athmane Tartag et Mohamed Mediene (général Toufik), le 4 mai 2019 (Alaraby Tv, 04 mai 2019)
  • Extrait d’un entretien avec Abdelhafid Boussouf, le père du renseignement algérien, réalisé le 25 juin 1965, six jours après la prise du pouvoir par Houari Boumédiène, le 19 juin 1965 (Archive INA, 25 juin 1965)
  • Ayoub Amara, militant mobilisé contre le projet de loi controversé en Tunisie visant à « protéger » les forces de sécurité la réaction du colonel Jamel Jarboui, secrétaire général du syndicat de la direction de la police de circulation expliquant que les manifestants n’ont pas tenu compte des changements contenu dans ce projet de loi (TV5 Monde, 16 décembre 2020)

Références musicales

  • « Pius in tacet » de Pantha du prince (Label : BMG)
  • « El Magnifico » du chanteur Amine Chibane
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
Daniel Kehlmann, Till l'Espiègle et la fin du monde
Intervenants
  • Politologue, spécialiste du monde arabe et directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève, professeur invité à Paris XIII
  • Directeur de recherches à l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE)
  • doctorante en sciences politiques à Sciences Po Aix
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