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Un manifestant crie des slogans sur la place Tahrir du Caire le 1er avril 2011 alors que des milliers d'Égyptiens se sont rassemblés, lançant des appels pour "sauver la révolution" qui a évincé Hosni Moubarak.
Épisode 2 :

De l’Egypte au Soudan : l’armée aux manettes

58 min
À retrouver dans l'émission

En Egypte, les révolutionnaires sont parvenus à chasser Hosni Moubarak en 2011, mais l’armée, elle, n’a jamais quitté le pouvoir au Caire. Comment se fonde la légitimité de cette institution omnipotente ? Que reste-t-il, en face, des aspirations à la liberté du peuple égyptien ?

Les soldats de l'armée égyptienne surveillent des manifestants anti-gouvernement se rassembler sur la place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011
Les soldats de l'armée égyptienne surveillent des manifestants anti-gouvernement se rassembler sur la place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011 Crédits : PATRICK BAZ - AFP

En janvier 2010, dans le sillage de la Tunisie voisine, l’Egypte s’embrase et la rue réclame le départ d’Hosni Moubarak. A l’époque, le pays est dirigé par un président issu des rangs de l’armée, institution au pouvoir depuis 1952 et le renversement du Roi Farouk. Mais, face à la pression des manifestants rassemblés jour et nuit place Tahrir, dans le centre du Caire, la junte militaire décide de se ranger de leur côté et de déposer le Raïs.

Dans les rues, le peuple salue ses soldats, avec qui, main dans la main, il marche vers la liberté et la démocratie : des élections sont alors organisées, portant Mohammed Morsi, leader des Frères musulmans, à la tête de l’Etat. C’est alors le premier dirigeant de l’histoire du pays à être élu au suffrage universel lors d’un scrutin libre.  L'expérience sera de courte durée : en juillet 2013, Morsi sera débarqué par un appareil sécuritaire qui fait alors son grand retour au pouvoir, en la personne du maréchal Al-Sissi qui, depuis, ne l’a pas quitté.

Pourquoi cette expérience démocratique a-t-elle tourné court ? Pourquoi ce retour de l’armée au pouvoir, était-il inexorable ? Quel bilan peut-on faire de cette décennie 2010 pour un pays qui aspirait à plus de liberté, mais également à plus de prospérité ?

Une discussion en compagnie de Stéphane Lacroix, professeur associé à l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po, chercheur au CERI, et de Clément Steuer, chercheur au CNRS au laboratoire LADYSS, dans le cadre du projet Tarica sur les changements politiques et socio-institutionnels en Afrique du Nord.

L'argument du rempart contre la menace terroriste est crucial dans la légitimation du pouvoir d'al-Sissi, après l'été 2013 - et en particulier à l'international. En effet, les Etats-Unis et dans une moindre mesure les Etats européens sont dans un premier temps gênés par le renversement d'un président démocratiquement élu. C'est cette rhétorique de lutte contre le terrorisme qui va progressivement rendre al-Sissi présentable aux yeux des pays occidentaux. Stéphane Lacroix

L'empire économique de l'armée égyptienne s'est considérablement étendu depuis 2011. Aujourd'hui, le pouvoir économique et le pouvoir de l'armée vont de concert et s'entretiennent l'un l'autre. Cela crée des frictions avec des entrepreneurs privés, qui eux ont la sensation de faire face à une concurrence déloyale - puisque l'armée a à disposition une main d'œuvre non syndiquée et a directement accès à une partie des ressources de l'Etat. Clément Steuer

Seconde partie - le focus du jour

L’appareil sécuritaire, frein de la transition au Soudan

Le Soudan a amorcé, en 2019 et après la chute du dictateur Omar al-Bechir, une transition politique de trois ans. Un gouvernement de technocrates, civils et militaires, a donc été mis place pour faire aboutir cette transition démocratique, mais c’est l’appareil sécuritaire, et en particulier l’armée, qui s’impose aujourd’hui comme l’acteur central de la transition face, à l’opposition civile.

Alors : assiste-t-on au Soudan à un véritable changement de régime ou à une simple transformation de façade d’un appareil sécuritaire – qui n’a lui, pas vraiment changé en son for intérieur - pour survivre aux mutations politiques ?

Avec Anne-Laure Mahé, docteure en science politique, chercheuse ‘Afrique de l’Est’ à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), chercheuse associée à Institut des Mondes Africains (IMAF).

Aujourd'hui, au Soudan, il y a énormément de divisions du côté des forces civiles. De plus en plus de lignes de fractures y sont apparues au cours des deux dernières années, ce qui contribue à affaiblir cette coalition face à un appareil sécuritaire qui reste relativement cohérent jusqu'à présent. Anne-Laure Mahé

Le président du Conseil de transition soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan (à droite), salue des officiers de l'armée lors d'un exercice militaire, en périphérie de Khartoum, le 30 octobre 2019.
Le président du Conseil de transition soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan (à droite), salue des officiers de l'armée lors d'un exercice militaire, en périphérie de Khartoum, le 30 octobre 2019. Crédits : ASHRAF SHAZLY - AFP

Une émission préparée par Lucas Lazo et Nicolas Szende.

Références sonores 

  • Témoignage de Fatima, place Tahrir au Caire le 02 janvier 2011 (France 24, 11 janvier 2011)
  • Témoignage d’un manifestant lors d’une manifestation de soutien à l’armée sur la place Tahrir en juillet 2013 après la chute de Mohamed Morsi (Euronews, 27 juillet 2013)  
  • Le président Abdel Fattah al-Sissi prête serment (AFP, 08 juin 2014)
  • Le lanceur d’alerte égyptien Mohamed Ali à propos de ses relations avec l’armée (Middle East Eye, 18 octobre 2019)
  • Témoignage de Mohamed al-Haytham, jeune Soudanais qui a participé à la révolution de 2019 (19 décembre 2020)

Références musicales

  • « Burnt » de Kiasmos (Label : Erased tapes)
  • « Maou’ Oud », du rappeur égyptien Deeb
Chroniques
11H53
5 min
Le Tour du monde des idées
Etats-Unis : une droite et une gauche radicalisées
Intervenants
  • Professeur associé à l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po, chercheur au CERI
  • chercheur à l'Institute of International Relations, Prague
  • docteure en science politique, chercheuse ‘Afrique de l’Est’ à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), chercheuse associée à Institut des Mondes Africains (IMAF)
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