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Un manifestant crie des slogans sur la place Tahrir du Caire le 1er avril 2011 alors que des milliers d'Égyptiens se sont rassemblés, lançant des appels pour "sauver la révolution" qui a évincé Hosni Moubarak.
Épisode 3 :

De la Syrie à la Libye : guerres civiles sous influence étrangère

58 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la guerre civile syrienne - tombeau des Printemps arabes ayant impliqué la Russie, la Turquie, mais aussi plusieurs Etats occidentaux - est en passe d’être remportée par Bachar al-Assad, c’est désormais en Libye que les différentes puissances du globe se livrent une guerre par procuration.

Des combattants rebelles syriens soutenus par la Turquie, après un défilé militaire dans un de leurs camps, situé au Nord de la province d'Alep, région détenue par les rebelles, le 20 septembre 2020.
Des combattants rebelles syriens soutenus par la Turquie, après un défilé militaire dans un de leurs camps, situé au Nord de la province d'Alep, région détenue par les rebelles, le 20 septembre 2020. Crédits : Bakr ALKASEM - AFP

La Syrie et la Libye apparaissent aujourd’hui comme les théâtres les plus tragiques des Printemps arabes. Avec des centaines de milliers de victimes, des millions de réfugiés, des destructions d’une ampleur inédite et une partie de son territoire hors de contrôle, la Syrie a en effet été particulièrement éprouvée par la guerre civile. Le régime de Bachar al-Assad, qui est parvenu à se maintenir, est accusé des pires exactions. On parle, enfin, de la résurgence de l’Etat islamique, responsable de plusieurs attaques sur le territoire syrien ces dernières semaines. 

En Libye, le pays apparait plus divisé que jamais, entre le gouvernement de Tripoli, à l’Est du pays, les forces du Maréchal Haftar, à l’Ouest, et le présence de nombreuses milices qui se disputent le pouvoir tout en maintenant un climat d’instabilité et d’insécurité. 

Mais surtout, en Syrie comme en Libye, les guerres qui s’y déroulent ont la même particularité - elles sont alimentées par des forces étrangères qui, peu à peu, ont pris part au conflit. Iran, Russie, Turquie, Emirats, mais aussi France, Royaume-Uni, ou Etats-Unis : nombreux sont les acteurs impliqués de façon plus ou moins directe dans ces conflits.

Comment en est-on arrivé là ? Comment passe-t-on d’une situation d’insurrection populaire à un conflit régional, voire international ? Et comment se fait-il qu'en 10 ans, l'on ne soit pas parvenu à en sortir ?

Y aurait-il quelque chose d’inexorable dans cette propension des puissances étrangères à s’immiscer dans la vie politique de la région ? Qu’est-ce qui rend les Etats de la région aussi perméables à l’influence extérieure ? La Syrie et la Libye seraient-elles condamnées à rendre compte à leurs puissants parrains ? Que nous dit l’histoire en la matière ? 

Une discussion en compagnie d'Henry Laurens, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Histoire contemporaine du monde arabe, et de Gilles Dorronsoro, politologue et professeur de science politique à l'Université Paris I.

Cela fait presque deux siècles et demi que la région que l'on appelle aujourd'hui le Moyen-Orient est le lieu de projection de lignes de combat entre des forces internationales. Henry Laurens

La caractérisation de la Syrie comme un Etat fort me paraît très discutable. Ce qu'on y voit, à partir des années 2000, c'est une néolibéralisation de l'Etat, un effondrement de l'administration locale et des forces de police. Dans le cas de la Libye de Kadhafi, c'était une stratégie délibérée qu'il n'y ait pas d'institutions étatiques. Gilles Dorronsoro

Vladimir Poutine, en intervenant en Syrie, a surtout voulu rappeler que la Russie est une grande puissance mondiale - qui ne correspond pas forcément à son rang économique - et cette région est considérée par la Russie par faisant partie de son environnement régional. Henry Laurens

La chute de Kadhafi était une chose positive, mais le problème tourne autour du fait qu'il n'y ait pas eu de coalition internationale forte pour assurer l'après. Gilles Dorronsoro

Seconde partie - le focus du jour 

Intervention des Emirats et de l’Arabie Saoudite au Yémen : un échec diplomatique et militaire ?

Avec Emma Soubrier, chercheuse associée à l'Université Clermont Auvergne et chercheuse invitée à l’Arab Gulf States Institute de Washington. 

A partir du moment où l'Arabie Saoudite et les Emirats se sont engagés au Yémen, il y avait plusieurs issues : une victoire décisive sur la base de leur objectifs, notamment celui de repousser les Houthis, était à cet égard un échec, mais je relativiserais néanmoins sur le cas des Emirats, puisqu'un autre de leurs objectifs était de mener des opérations anti-terroristes, où ils ont fait leurs preuves. Emma Soubrier

Pour aller plus loin : retrouvez ici une contribution d'Emma Soubrier sur le sujet pour le journal Confluences Méditerranée (2020) - Ambitions émiriennes sur la région : avancer ses pions en contournant les récifs des révolutions.

Un jeune Yéménite lève une pancarte anti-américaine et israélienne lors d'un rassemblement dans à Sanaa, le 22 août 2020, pour protester contre l'accord négocié par les États-Unis pour normaliser les relations émirati-israéliennes.
Un jeune Yéménite lève une pancarte anti-américaine et israélienne lors d'un rassemblement dans à Sanaa, le 22 août 2020, pour protester contre l'accord négocié par les États-Unis pour normaliser les relations émirati-israéliennes. Crédits : MOHAMMED HUWAIS - AFP

Une émission préparée par Mélanie Chalandon.

Références sonores

  • Témoignage d’un combattant iranien en Syrie expliquant la régionalisation du conflit (BBC Persian, 30 octobre 2013)
  • En septembre 2013, Vladimir Poutine, dans son discours de clôture du G20, s'exprimait sur la situation syrienne (France 24, 06 septembre 2013)
  • Archive INA de la conférence de presse du brigadier Ahmed al-Asiri, porte-parole des forces armées saoudiennes, concernant les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie Saoudite au Yemen (AFP, 27 mars 2015)

Références musicales

« Particle » de Pantha du prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)

« Ehdefni » du groupe Maii and Zeid (Label : Lebanese Underground)

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Le terrible bilan de quatre ans de trumpisme
Intervenants
  • Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe.
  • Professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France
  • chercheuse associée à l'Université Clermont Auvergne et chercheuse invitée à l’Arab Gulf States Institute de Washington
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