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Des migrants se tiennent sur des rochers alors que des soldats espagnols montent la garde à la barrière frontalière de l'enclave espagnole de Ceuta, le 18 mai 2021.
Épisode 4 :

Rohingyas : le Bangladesh abandonné

58 min
À retrouver dans l'émission

Depuis 2017, le gouvernement bangladais développe un projet de relocalisation des Rohingyas sur l’île de Bhasan Char afin de désengorger les camps de réfugiés de Cox's Bazar. Un lieu hautement vulnérable à la montée des eaux et aux aléas météorologiques qui inquiète. Comment expliquer cet abandon ?

Vue générale du complexe de logements de l'île de Bhashan Char dans le district de Noakhali, au Bangladesh, où les réfugiés rohingyas sont relogés, le 29 décembre 2020.
Vue générale du complexe de logements de l'île de Bhashan Char dans le district de Noakhali, au Bangladesh, où les réfugiés rohingyas sont relogés, le 29 décembre 2020. Crédits : K M Asad/LightRocket - AFP

En août 2017, quelque 740.000 Rohingyas quittent l'État birman de l’Arakan pour fuir les exactions de l’armée et rejoindre le Bangladesh voisin. Les camps de réfugiés de Cox’s Bazar, qui abritent déjà plus de 200 000 membres de cette ethnie musulmane à la suite de précédentes vagues de persécution, atteignent une densité record d’un million d’habitants. Quatre ans plus tard, la situation de ces exilés ne s’est guère améliorée.

Le gouvernement bangladais, ne parvenant pas à s’accorder avec la junte birmane en vue de leur relocalisation, s’est décidé à aménager l’île de Bhasan Char pour y transférer une partie des occupants de Cox’s Bazar. Apparue sur la mer du Bengale en 2006, cette île est hautement vulnérable à la montée des eaux et aux aléas météorologiques, suscite l’inquiétude des Rohingyas et des ONG - d'autant que ces dernières n’ont pas été autorisées à s’y rendre. La communauté internationale reste particulièrement discrète face à ce plan pour le moins questionnable. Aucune puissance occidentale ne s’est portée volontaire pour venir en aide au Bangladesh face à une vague migratoire difficile à prendre en charge pour un pays déjà très pauvre. Quant à faire venir des Rohingyas sur leurs sols, comme cela avait été fait pour les boat-people vietnamiens dans les années 1970, il n’en a jamais été question.

Comment expliquer l’abandon diplomatique dont sont victimes les Rohingyas et leur pays d’installation ? En quoi les spécificités politiques du Bangladesh rendent-elles difficile le travail des organisations internationales qui, contrairement aux Etats, restent mobilisées ? Quels leviers faudrait-il activer pour espérer débloquer cette situation ? 

Nos invités sont Elodie Voisin, docteure en sociologie, rattachée au Centre de Recherche des Etudes Sociologiques et Politiques de Paris et Déléguée au Conseil d'Administration de Médecins du Monde en appui à la mission Bangladesh et Olivier Guillard, directeur de recherche Asie à l'IRIS, directeur de l'information chez CRISIS24.

Il y a un grand silence de la part de la communauté internationale qui semble être en confrontation sur la question de la Birmanie. La communauté internationale privilégie les appels au processus démocratique avec le gouvernement birman mais dès qu’il s’agit des Rohingyas, le sujet n’avance pas. C’est pour cette raison qu’on a peu d’échos sur le plan de relocalisation de Bhasan Char. Elodie Voisin

_Depuis le coup d’Etat du 1er février en Birmanie, on sollicite L’ASEAN, en disant qu’il s’agit d’un problème régional et que personne n’est mieux placé pour s’en occuper. La Birmanie est membre de l’ASEAN mais pas le Bangladesh. Or, en définitive, l’ASEAN ne veut froisser personne et s’est mis à dos les forces démocratiques birmanes. Il s’agit d’un bon forum en théorie mais sur lequel il ne faut pas trop miser. Les Rohingyas n’y comptent pas tellement d’ailleurs, ils disent que ceux qui les tiennent en vie sont le gouvernement bangladais et les ONG.  _Olivier Guillard

Seconde partie - Le focus du jour

En Malaisie, un statut informel de réfugié pour les Rohingyas

Si la plupart des Rohingyas qui ont quitté la Birmanie lors de la crise de 2017 ont rejoint le Bangladesh, d’autres avaient émigré plus tôt, pour certains dès la fin des années 1970, dans des Etats voisins et notamment en Malaisie. Dans ce pays où le droit d’asile n’existe pas, ils sont otages du jeu diplomatique de Kuala Lumpur, qui veut ménager à la fois l’Organisation de la coopération islamique et ses partenaires de l’ASEAN, la Birmanie en tête. C’est donc un statut informel de réfugié, permettant d’aider les Rohingyas sans les reconnaître, qui s’est mis en place.

Entretien avec Louise Perrodin, doctorante en science politique au Lipha, Université Paris-Est, ATER en science politique à l’IEP de Paris. 

Concernant les conditions de vie, il n’y a pas de camps de réfugiés comme au Bangladesh. L’immense majorité des Rohingyas vivent dans des quartiers très marginalisés de Malaisie, souvent plus proches du lieu de travail. En ce qui concerne le service public, il n’y a pas d’accès à l’éducation. Ce sont des ONG qui mettent en place des solutions pour y avoir accès. Un autre souci est celui de l’accès à la santé, les soins sont dispensés de façon partielle.  Louise Perrodin

Emission préparée par Margaux Leridon. 

Références sonores

  • Témoignages de réfugiés Rohingyas à Cox’s Bazar (MSF, 25/08/2020)
  • Témoignage sur les conditions alimentaires et sanitaires dans les camps (Human Right Watch, 07/06/2021)
  • Erdogan évoque les Rohingyas lors de l’inauguration une nouvelle ambassade au Bangladesh (AA, 23/12/2020)
  • 2 réfugiés témoignent Prise de parole d'Action contre la Faim (Euronews, 16/11/2017)
  • Témoignage d’un Rohingya exilé en Malaisie (Vice TV)

Références musicales 

  • Bodrum – Buddha Bar Estray 2021 (Georges V Records)
  • Médine – Nour, album Prose Elite 2017 (Din Records) 

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Pour en finir avec une vision idyllique de la société des singularités
Intervenants
  • docteure en sociologie, rattachée au Centre de Recherche des Etudes Sociologiques et Politiques de Paris et Déléguée au Conseil d'Administration de Médecins du Monde en appui à la mission Bangladesh
  • directeur de recherche Asie à l'IRIS, directeur de l'information chez CRISIS24
  • doctorante en science politique au Lipha, Université Paris-Est, ATER en science politique à l’IEP de Paris
L'équipe
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