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Hommes de la garde nationale russe pendant la pandémie de Covid-19 à Moscou le 22 juillet 2021.
Épisode 4 :

Syrie : retour à la case Bachar

58 min
À retrouver dans l'émission

Dix ans après le début de la guerre en Syrie, le régime de Bachar al-Assad est en passe de redevenir un acteur incontournable sur la scène internationale.

Syriens agitant des drapeaux nationaux et portant le portrait de Bachar al-Assad pour célébrer sa réélection à Damas, le 27 mai 2021.
Syriens agitant des drapeaux nationaux et portant le portrait de Bachar al-Assad pour célébrer sa réélection à Damas, le 27 mai 2021. Crédits : LOUAI BESHARA - AFP

Après dix ans d’une guerre civile qui a fait près de 500.000 morts et des millions de déplacés, l’élection présidentielle syrienne en mai dernier s’est soldée par la très large victoire – à plus de 95% - de Bachar El-Assad, qui entame donc son quatrième mandat. 

Plusieurs pays avaient déjà affiché leur scepticisme face à ce simulacre de démocratie. Avant le scrutin, les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni avaient même publié un communiqué commun évoquant une élection « ni libre ni juste ».

Mais cela ne semble pas affecter Bachar Al-Assad : désormais redevenu maître d’une grande partie du pays, la décennie écoulée a également montré combien il était devenu incontournable et pousse certains acteurs régionaux à revoir leur positionnement à son égard. L’entretien téléphonique, ce 4 octobre, entre l’homme fort de Damas et le roi Abdallah II de Jordanie, et la réintégration par la Syrie d’Interpol, l’organisme de coopération policière internationale, en sont une preuve. Ces événements s’inscrivent en effet dans une dynamique de retour de la Syrie au centre du jeu diplomatique, aussi bien au Moyen-Orient que sur la scène internationale. L’hebdomadaire américain Newsweek ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il a consacré sa Une du 22 octobre au maître de Damas, titrée « He’s back » ! 

Exclu de la Ligue arabe depuis près de dix ans, comment Bachar el-Assad tente-t-il de regagner en légitimité au Moyen-Orient ? Sur le plan international, après des années passées en marge de la communauté internationale, comment navigue-t-il entre allégeance à ses protecteurs russe et iranien et rapprochement avec le camp occidental ? Bachar el-Assad pourrait-il redevenir un acteur fréquentable aux yeux des chancelleries du monde ?

On est très proche de la réintégration officielle [de Damas dans la Ligue arabe]. (…) Lorsque je regarde la carte des pays arabes, je vois que des pays comme l’Egypte, l’Algérie, l’Irak, le Liban font des efforts pour réintégrer la Syrie. L’opposition ne viendra que du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Salam Kawakibi

Florian Delorme reçoit Salam Kawakibi, politologue et directeur du Centre arabe de recherche et d'études politiques à Paris.

Seconde partie : les focus du jour

  • Les critères de « l’infréquentabilité »
Geir O. Pedersen, envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, parle avec le ministre des Affaires Etrangères russe à Moscou, le 22 juillet 2021.
Geir O. Pedersen, envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, parle avec le ministre des Affaires Etrangères russe à Moscou, le 22 juillet 2021. Crédits : SERGEI ILNITSKY / POOL - AFP

Retour en 2011, à l’époque où Alain Juppé, alors ministre des Affaires Etrangères, tenait un discours ferme et sans équivoque. Un discours de soutien à l’opposition syrienne, et un discours qui illustre bien la doctrine française et plus largement occidentale de l’époque. Plus Damas sera isolé, plus la crise syrienne sera proche de son dénouement. On vient de le voir, cette analyse s’est totalement renversée aujourd’hui, alors même que Bachar el-Assad est toujours accusé d’exactions et de crimes de guerre. Ce constat interroge sur la subjectivité voire la relativité des critères qui distinguent les Etats fréquentables des infréquentables, et sur la manière dont les autres puissances instrumentalisent ou réfutent ces critères pour servir leurs propres intérêts.

[Refréquenter les infréquentables sans décrédibiliser la politique poursuivie] passe souvent par une pirouette où on ne demande rien à l’ancien infréquentable et où l’on trouve pire (…). Bachar el-Assad le fait face à l’Etat islamique, qui selon certains appareils diplomatiques est plus infréquentable que lui. Manon-Nour Tannous

Avec Manon-Nour Tannous, politologue, maîtresse de conférences à l'Université de Reims, enseignante à Sciences Po, chercheure associée au Centre Thucydide (Université Paris II) et au Collège de France (chaire d’histoire contemporaine du monde arabe) et co-directrice de l’ouvrage Fréquenter les infréquentables, à paraître aux éditions du CNRS. 

  • Face au délaissement national et international, l’autogestion des conseils locaux syriens
Membres du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) rencontrant ceux du conseil local de Douma près de Damas, le 12 novembre 2017.
Membres du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) rencontrant ceux du conseil local de Douma près de Damas, le 12 novembre 2017. Crédits : Hamza Al-Ajweh - AFP

Après la révolution syrienne de 2011, le régime de Bachar el-Assad a progressivement quitté certaines zones du pays pour migrer vers des territoires stratégiques, emportant avec lui des services publics essentiels tels que l’eau, l’électricité et la présence de forces de l’ordre. Face à ce délaissement, des conseils locaux se sont mis en place à partir de 2012 afin d’assurer une gouvernance de substitution et de subvenir aux besoins des populations. Incarnation d’une autogestion politique en rupture avec Damas, émanation directe de la révolution syrienne, ces conseils sont aussi financés par des organisations internationales dont l’implication dépend des aléas diplomatiques entre le régime de Bachar et le reste du monde. 

Comment fonctionnent les conseils locaux syriens et en quoi sont-ils une forme concrète de la révolution syrienne ? A l’heure où les financements internationaux se raréfient, que reste-t-il de cette autogestion politique ?

Omar Aziz a lancé l’idée des conseils locaux, en disant que si la Commune de Paris a pu vivre un certain nombre de jours et devenir un exemple d’auto gouvernance, cela faisait un an qu’ils étaient capables de le faire en Syrie. Yahia Hakoum

Avec Yahia Hakoum, doctorant à Sciences Po.

Références sonores

  • Hammouda Al Sabbagh, président du Parlement syrien, annonçait le 28 mai dernier les résultats à l’élection présidentielle syrienne (AFP, 28 mai 2021)
  • Antony Blinken, secrétaire d’Etat américain, le 13 octobre au terme d’une rencontre avec ses homologues israélien et émirati sur la position américaine face à la Syrie (The Hill, 16 octobre 2021)
  • Extrait de la déclaration de Bachar el-Assad lors de son vote lors des dernières élections présidentielles (L’info du vrai, 27 mai 2021)
  • Le ministre des Affaires Etrangères syrien Faisal Mekdad évoquait la question énergétique et l’aide éventuelle apportée au Liban lors d’un sommet des non-alignés le 11 octobre dernier (Ruptly, 12 octobre 2021)
  • Alain Juppé en 2012 à propos d’un éventuel durcissement des sanctions européennes contre la Syrie (BFM TV, 05 février 2012) 
  • Interview de Manon-Nour Tannous par Florian Delorme (durée : 10’39)
  • Témoignage d’un habitant de la ville de Zamalka à propos des élections du conseil local qui se tiennent malgré une situation critique en mai 2015 (Smart News Agency, 03 mai 2015)

Références musicales

  • « Electro/Chaabi » de Wael Alkak (autoproduit)
Chroniques
11H53
6 min
La Revue de presse internationale
Rediffusion
La Cour suprême polonaise à l'aube d'une "purge", au grand dam de Bruxelles ?
Intervenants
  • politologue, directeur du centre arabe de recherche et d’études politiques à Paris
  • Politologue, maître de conférences à l'Université de Reims, enseignante à Sciences Po et chercheure associée au Centre Thucydide (Université Paris II) et au Collège de France (chaire d’histoire contemporaine du monde arabe)
  • Doctorant à Sciences Po
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