LE DIRECT
La colonie israélienne de Pisgat Zeev à gauche, dans une banlieue de Jérusalem-Est, et le camp de réfugiés palestinien de Shuafat à droite, derrière le mur de séparation d'Israël, le 20 janvier 2021.
Épisode 2 :

Belfast, le conflit emmuré

58 min
À retrouver dans l'émission

A Belfast, les violences ont repris suite aux accords du Brexit qui suscitent la crainte de la perte de l'identité britannique chez les loyalistes, et fait miroiter une unification avec la République d’Irlande chez les nationalistes. En quoi l’organisation de la ville favorise-t-elle les tensions ?

Des loyalistes bloquent une route avec des débris en feu sur Lanark Way à Belfast Ouest, le 19 avril 2021.
Des loyalistes bloquent une route avec des débris en feu sur Lanark Way à Belfast Ouest, le 19 avril 2021. Crédits : PAUL FAITH - AFP

Dans un climat d’extrême tension, entre Brexit et pandémie, il aura suffi d’une décision de la justice qui n’a pas voulu poursuivre plusieurs responsables du Sinn Fein ayant assisté en avril 2020 aux funérailles d’un de ses anciens chefs sans respecter les gestes barrières pour que la situation dégénère à Belfast. La ville, dont les murs séparent toujours les quartiers unionistes et loyalistes protestants des quartiers républicains nationalistes catholiques, s’est trouvée confrontée à une violence dont la plupart de ses habitants pensaient pouvoir parler au passé. 

La frontière flottante entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni décidée dans le cadre de l’accord sur le Brexit sont en cause. D’un côté, les loyalistes craignent la perte de leur identité britannique, de l’autre,  les nationalistes rêvent d’une unification avec la République d’Irlande. Alors que ce contentieux révèle la fragilité des Accords du Vendredi Saint de 1998, les émeutes déclenchées rappellent la persistance de la ségrégation à l’intérieur de Belfast. Car si la capitale nord-irlandaise a vu émerger, à la faveur de politiques de réhabilitation, un centre-ville dynamique et mixte, les quartiers populaires restent plus strictement divisés.

En quoi l’organisation de la ville favorise-t-elle les tensions entre nationalistes et unionistes ? Le maintien des murs, pensés pour être provisoires, permet-il d’endiguer la violence, ou participe-t-il au contraire à l’installation de la défiance entre les deux groupes ? Dans quelle mesure la situation sociale de la ville, confrontée au chômage et à la pauvreté, attise-t-elle les braises de la discorde ? Quels sont les espaces où se reproduit la ségrégation identitaire ? Quels sont ceux, au contraire, où la mixité est possible ?

Entretien avec Agnès Maillot, maître de conférences à City University Dublin et Hadrien Holstein, doctorant à l'Institut des Sciences sociales du politique/ CNRS. 

La peace line, censée apporter la paix, est évidemment contestée. Le mur peut, à des endroits, faire plus de six mètres de haut et les barbelés au-dessus défigurent la ville. De plus, toute  une architecture a dû être adaptée en fonction de ce mur, par exemple, des maisons normalement ouvertes vers l’arrière ont dû être ouvertes vers l’avant dans certains quartiers.  C’est également un constat d’échec énorme, y compris pour les autorités britanniques, qui ne souhaitent pas d’un second mur de la honte en Europe et espèrent que cela reste provisoire. Agnès Maillot

Les murs font partie du patrimoine touristique, les peintures murales aussi. Dans les axes centraux des quartiers, la ville est moderne. Puis lorsque l’on dépasse ces axes, les stigmates ressortent. Les stigmates sont présents, chez des gens qui ont vécu le conflit comme des paramilitaires et des civils qui sont traumatisés. Par exemple, il faut un centre de loisir d’un côté et de l’autre du mur, quand bien même 50 mètres les séparent. Mais il y a aussi des jeunes, à dix ans, qui reproduisent ces mêmes schémas et comportements. Hadrien Holstein 

Seconde partie - le focus du jour

Peace Bridge, une union pour Londonderry

Londonderry est une ville marquée par le Bloody Sunday et est traversée par la rivière Foyle qui fait la frontière entre les catholiques et les protestants. Le 25 juin 2011, l’inauguration du Peace Bridge fut hautement symbolique pour la ville et les habitants puisque ce pont pour piétons fait la jonction entre le centre-ville et l’Est de la ville. Une jonction nécessaire puisque la rivière créait un manque de fluidité pour circuler dans la ville et pénalisait notamment les protestants. Quelles sont les particularités et les avantages de ce pont pour la ville de Derry - Londonderry ?

Entretien avec Charlotte Barcat, maîtresse de Conférences en civilisation britannique à l'Université de Nantes, chercheuse au CRINI et soutenue par le RFI Alliance Europa de la région Pays de la Loire. 

La rivière Foyle a longtemps été vue comme une “peace line” officieuse, qui séparait les catholiques des protestants. En plus, d’autres éléments dans l’inconscient collectif faisaient que la Foyle était associée à des souvenirs assez tristes. Que ce soit associé à l’histoire de l’émigration irlandaise avec les départs par la mer ou le haut taux de suicide de la ville : beaucoup de personnes se jetaient dans la rivière. Le pont a donc permis de se réapproprier la rivière. Charlotte Barcat

Vue aérienne sur le Peace Bridge de la ville de Londonderry, le 2 décembre 2013.
Vue aérienne sur le Peace Bridge de la ville de Londonderry, le 2 décembre 2013. Crédits : PETER MUHLY - AFP

Une émission préparée par Margaux Leridon et Albane Barrau. 

Références sonores 

  • Jonathan Roberts, chef- adjoint de la police nord-Irlandaise (BBC, 08 avril 2021)
  • Joël, jeune manifestant arrêté puis relâché (BBC, 08 avril 2021)
  • Gerry, chauffeur de taxi catholique pro-Irlandais à Belfast à propos des émeutes (France 2, 07 avril 2021)
  • Le chef adjoint de police nord-irlandais Jonathan Roberts et Sean Murray, leader communautaire à propos de la présence des jeunes dans les émeutes en avril dernier (TF1 BFM, 08 avril 2021)
  • Archive évoquant la mise en place de la Peace line à Belfast en 1969
  • Le street artiste Mark Ervine qui évoque la présence des murs et leur symbolique à Belfast (Extrait du reportage « Gymnastique : Belfast, l’art de faire le mur » de Michaël Patin diffusé sur Arte, 25 mars 2020)
  • Michael Hegarty, directeur de la PLACE architecture gallery à propos de la construction du Peace Bridge à Derry (Cultures NI, 23 juin 2011)

Références musicales 

  • « Burnt » de Kiasmos (Label : Erased Tapes)
  • « Sunrise » du groupe The Divine Comedy, dont le chanteur Neil Hannon est originaire d’Irlande du Nord.

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Entre l'ouest et l'est de l'Europe, un malentendu persistant
Intervenants
  • Professeure à l’Université de Dublin (Dublin City University)
  • doctorant à l'Institut des Sciences sociales du politique/ CNRS
  • Maîtresse de Conférences en civilisation britannique à l'Université de Nantes, chercheuse au CRINI et soutenue par le RFI Alliance Europa de la région Pays de la Loire.
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Production déléguée

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......