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La colonie israélienne de Pisgat Zeev à gauche, dans une banlieue de Jérusalem-Est, et le camp de réfugiés palestinien de Shuafat à droite, derrière le mur de séparation d'Israël, le 20 janvier 2021.
Épisode 3 :

Nicosie, l’impossible réunification

58 min
À retrouver dans l'émission

Depuis 1974, la ville de Nicosie est séparée en deux : au sud la République de Chypre et au nord, la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie. Comment devenir une ville « normale » tant qu’une solution n’aura pas été trouvée sur le statut légal de la partie nord ?

Des touristes attendent leurs passeports alors qu'ils traversent vers le nord de Nicosie, contrôlé par la Turquie, le 28 juin 2012.
Des touristes attendent leurs passeports alors qu'ils traversent vers le nord de Nicosie, contrôlé par la Turquie, le 28 juin 2012. Crédits : BEHROUZ MEHRI - AFP

Le 20 juillet 1974, l’armée turque lance une offensive militaire sur l'île de Chypre, occupant 37% du territoire. A l’époque, l’objectif affiché est de protéger la minorité turque du pays alors qu’un coup d’Etat mené par les généraux grecs vient de renverser le Président de la petite République et que leur projet est de rattacher l'île à la Grèce. Depuis plus de 40 ans, l'île est divisée en deux entités distinctes : au sud la République de Chypre qui intégrera l'Union européenne en 2004 et au nord, la République turque de Chypre du Nord, proclamée en 1983. 

A ce jour, Chypre du Nord est uniquement reconnue par Ankara. Au milieu, la capitale Nicosie est littéralement coupée en deux. Une situation unique au monde. Comme une balafre au cœur de la cité, un mur et une zone tampon - contrôlée par des soldats de l’ONU – qui empêchaient quiconque de passer jusqu’en 2003 avec l’ouverture de checkpoints dans la ville.

Comment le souvenir du conflit continue-t-il d’imprimer sa marque sur l’architecture de la ville, la structure de ses quartiers et surtout la vie de ses habitants ? La fermeture récente de la frontière à cause de la pandémie pourrait-elle raviver les tensions entre le nord et le sud ? Enfin Nicosie pourra-t-elle un jour devenir une ville « normale » tant qu’une solution n’aura pas été trouvée sur le statut légal de la partie Nord ?  

Nos invités sont Marion Sabrié, géographe, chargée de cours à l'Université d'Évry et chercheuse indépendante et Mathieu Petithomme, politologue, maître de conférences en science politique à l’université de Franche Comté. 

La ligne verte est différente à l’intérieur de Nicosie et à l’extérieur. A Nicosie, la ligne verte est composée de deux murs avec une zone tampon où circule l’ONU et les chypriotes qui vont du nord au sud via les points d’accès. Autrement c’est une zone où personne ne se rend, avec très peu de points d’accès et beaucoup de friches et de ruines. Il n’y a que les sacs de sable, les barbelés, les soldats et les drapeaux qui viennent marquer symboliquement l’espace. Marion Sabrié

Comme pour la partie sud, il y a eu un décentrement du centre-ville au nord, plus prononcé même. Les raisons sont assez simples, la vieille ville de Nicosie est associée au conflit de 1974. Aujourd’hui près de 10% de l’ensemble des maisons et des appartements qui restent sont soit abandonnés, soit en ruines. Dès que l’on passe le checkpoint vers le nord, on voit tous ces lieux abandonnés et les stigmates de ces conflits. Les Chypriotes turcs ont quitté ces lieux du fait de la nostalgie et du mal-être en lien avec cette période de conflit. Également, les propriétés étant en ruines, il fallait avoir de l’argent pour les reconstruire, or dans les années 80-90, le Nord faisait face à une crise économique très forte. Il est important de rappeler que des années 80 à 2003, le Nord était un espace totalement fermé par rapport au reste du monde. Mathieu Petithomme

Cette photo montre de la végétation poussant sur une barrière faite de barils dans la ligne verte, une zone tampon contrôlée par l'ONU, séparant la capitale chypriote divisée, Nicosie, le 7 avril 2017
Cette photo montre de la végétation poussant sur une barrière faite de barils dans la ligne verte, une zone tampon contrôlée par l'ONU, séparant la capitale chypriote divisée, Nicosie, le 7 avril 2017 Crédits : Iakovos Hatzistavrou - AFP

Seconde partie - le focus du jour. 

Immigration : dans le centre-ville Nicosie, les migrants investissent l’espace 

Le 20 mai dernier, le ministre chypriote de l’intérieur déclarait le pays en « État d’urgence » face à la situation migratoire, affirmant que Chypre « n’était plus en capacité d’accueillir des migrants supplémentaires ». Il faut dire que le nombre de demandeurs d’asile a fortement augmenté ces dernières années dans l'île, pour représenter près de 4% de la population. Ils sont Syriens pour la plupart, fuyant la guerre et cherchant protection dans ce pays membre de l’Union européenne. 

L’immigration est pourtant une réalité bien ancrée à Chypre. Originaires du Sri Lanka, du Bangladesh, du Vietnam, de Roumanie ou des Philippines depuis de nombreuses années, des hommes et des femmes viennent trouver un emploi dans les services, l’agriculture ou encore le travail domestique. C’est dans le quartier délaissé du centre-ville de Nicosie qu’une grande partie de ces migrants ont trouvé à se loger. Pourquoi ont-ils choisi ce quartier délaissé aux abords de la ligne verte ? Comment leur présence change-t-elle la physionomie du quartier et de la ville ?    

Olivier Clochard, chargé de recherche au CNRS, laboratoire Migrinter, Université de Poitiers, membre du réseau Migreurop.

La rue Tricoupis concentre un grand nombre de communautés, notamment des ressortissants subsahariens, libanais, syriens. Il y a différents bâtiments qui peuvent être utilisés pour de l’hébergement temporaire pour les personnes en demande d’asile ou de protection. On se rend compte, au fil du temps, que c’est un lieu où passent les nouveaux arrivants et fait de Tricoupis un quartier marqué par cette présence migratoire. Olivier Clochard

Une émission préparée par Mélanie Chalandon. 

Références sonores

  • Deux habitants de Nicosie et Andre Christofides de la Maison de la coopération installée dans la zone verte s’exprime sur les mesures de restriction liées au Covid et notamment la fermeture des check points (Extrait du reportage « Chypre : le coronavirus accentue les divisions nord-sud » de Damien Wanner, 12 octobre 2020)
  • Extrait d’un reportage de Claude Gaignaire pour l’ORTF décrivant l’attaque turque de juillet 1974 (ORTF, 23 juillet 1974)
  • Tahir Gökçebel, président du syndicat du secondaire de la partie turque de Chypre explique comment les relations de bonne entente entre Grecs et Turcs ont été gommé des livres d’Histoire depuis le conflit de 1974 témoignage de deux étudiant, l’une chypriote-turque et l’autre chypriote-grec à propos de ce remodelage de la mémoire (AFP, 03 novembre 2014)
  • Omar, réfugié syrien de 33 ans, explique pourquoi il a choisi Chypre plutôt que les camps libanais ou turcs témoignage d’Elizabeth Kassinis, directrice de Caritas à Chypre (TV5 Monde, 18 juillet 2019)

Références musicales 

  • « Photon » de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (Label : Rough Trade)
  • « Hey you / Έ άδρωπε » du groupe chypriote Monsieur Doumani (Label : Proper)

Chroniques

11H53
5 min

Le Tour du monde des idées

Etats-Unis : un retour de l'inflation durable ou conjoncturel ?
Intervenants
  • Géographe, chargée de cours à l'Université d'Évry et chercheuse indépendante
  • politologue, maitre de conférence en science politique à l’université de Franche Comté, spécialiste de l’Espagne.
  • chargé de recherche au CNRS, laboratoire Migrinter, Université de Poitiers, membre du réseau Migreurop
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