LE DIRECT

La Russie face à elle-même (2/3) - Des prières pour le pouvoir

49 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième temps de notre monographie sur la Russie. Trois émissions consacrées aux luttes intestines pour le pouvoir, et aux sphères d'influence gravitant autour de lui. Ce matin, nous mettons en lumière les liens - et la collusion manifeste - entre l'Église orthodoxe et l’État poutinien.

Depuis sa nomination à l’église orthodoxe de Moscou, sa sainteté le patriarche de Moscou, Kirill Ier, semble partager la vision du monde du chef du Kremlin…

Que ce soit à propos de la loi interdisant l’adoption des enfants russes par des américains, que la loi condamnant « la propagande homosexuelle », ou bien encore l’annexion de la Crimée les positions du chef de l’Eglise orthodoxe russe et celles du chef de l’Etat semblent coïncider en tous points…

D’ailleurs, Poutine ne s’en cache pas… déplorant le défaut de valeurs spirituelles traditionnelles en Russie il considère que l’Eglise a rempli le « vide moral » laissé par la dislocation de l’URSS en 1991…

Après une longue période de terreur et de persécutions, l’Église orthodoxe russe a connu depuis le début des années 1990 un retour spectaculaire dans la vie publique russe…

Un renouveau largement utilisé/instrumentalisé par le chef du Kremlin qui se réfère régulièrement aux traditions spirituelles orthodoxes et affiche ouvertement sa proximité idéologique avec le patriarche Kirill, dont l’autorité s’impose à plus de 150 millions de fidèles, soit près la moitié de l’orthodoxie mondiale…)…

De son côté, le chef de la toute puissante Eglise orthodoxe de Russie n’a pas hésité à apporter son soutien à Vladimir Poutine lors de la campagne présidentielle de 2012…

Quels sont les liens entre monde religieux et monde politique !?... Comment Kirill est-il devenu l'allié de Vladimir Poutine, le bras religieux de son nationalisme et de son anti-occidentalisme ?...

En quoi la défense des valeurs traditionnelles ou encore le combat contre l'indépendance de l'Ukraine, berceau et patrimoine légitime de l'orthodoxie russe, ont-ils permis de renforcer ce partenariat ?.... Et quels avantages les deux hommes en retirent-ils ?

[Avec nous pour en parler : un historien de l’orthodoxie, Antoine Arjakovsky, auteur de "Russie-Ukraine: de la guerre à la paix ?" (Paris, Parole et Silence, 2014).

Enfin, nous partirons du côté de l’Ukraine, où la bataille politique et identitaire se rejoue sur le terrain religieux avec Andri Yurash, l’une des figures éminentes du patriarcat orthodoxe de Kiev…

«L'Eglise en a tellement fait dans son histoire qu’on a tous une dette envers elle. »

Vladimir Poutine, février 2012

Vladimir Poutine et le patriarche Kirill Ier. Messe d'intronisation de V.Poutine, investiture de son 3e mandat.
Vladimir Poutine et le patriarche Kirill Ier. Messe d'intronisation de V.Poutine, investiture de son 3e mandat. Crédits : Kremlin.ru
Le patriarche Kirill & Poutine lors de l'inauguration de l'exposition "Russie orthodoxe", Fête de l'unité nationale, 4.11.2013
Le patriarche Kirill & Poutine lors de l'inauguration de l'exposition "Russie orthodoxe", Fête de l'unité nationale, 4.11.2013 Crédits : Kremlin.ru
De g à d: Le patriarche Kirill de Moscou, D.Medvedev, &le patriarche Bartholomée de Constantinople en visite en Russie; Mai 2010
De g à d: Le patriarche Kirill de Moscou, D.Medvedev, &le patriarche Bartholomée de Constantinople en visite en Russie; Mai 2010 Crédits : Kremlin.ru
Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ci-après les premières lignes d'une tribune rédigée par des émigrés russes dont Antoine Arjakosvky. Nous vous invitons à la lire dans son intégralité sur le blog de notre invité Antoine Arjakovsky. Cette lettre a été rédigée en réponse à une autre tribune, celle-ci publiée par des transfuges russes favorables à la politique du Kremlin.

Poussés par notre conscience nous prenons la plume aujourd’hui pour répondre à la récente lettre signée par certains descendants de la première émigration russe et publiée sur le site de l’organisation « Russkij most », un outil de propagande auprès des « concitoyens (russes) de l’étranger ». Ces derniers se prononcent dans l’actuel conflit russo-ukrainien en faveur de la ligne suivie par Vladimir Poutine et contre le gouvernement ukrainien. Nous ne goûtons guère à la polémique et nous souffrons pour ceux de nos proches et de nos amis qui font aujourd’hui le choix de soutenir la politique aventuriste du Kremlin. Mais nous ne pouvons pas accepter que l’héritage de l’émigration russe dont nous sommes nous aussi les dépositaires soit ainsi manipulé par la propagande des dirigeants actuels de la Fédération de Russie.

  • Les services de la propagande du Kremlin ont toujours joué, à l’époque du KGB comme aujourd’hui, sur la fibre patriotique de l’émigration russe. Bien entendu, la majorité des descendants de l’émigration russe, toutes générations confondues, est attachée à la Russie, à la culture russe et, pour la plupart, à la foi chrétienne orthodoxe. Mais l’intelligentsia russe, de Berdiaev à Boukovski, a toujours su distinguer entre « l’idée russe », faite de goût pour la liberté et pour la vérité, et la politique nationaliste du Kremlin, qu’elle soit pro-communiste ou pro-eurasienne. Les associations d’émigrés, les médias et les mouvements de jeunesse, défendent à Paris, Londres ou New York, la Russie de Pouchkine et de Sakharov, non celle de Douguine et de Ziouganov. Il n’y a en effet ni de parti pro-eurasien ni de parti pro-communiste dans l’émigration russe. Les paroisses de l’émigration russe sont, dans leur grande majorité, en France dans l’obédience du patriarcat de Constantinople, aux Etats-Unis dans une Eglise autocéphale indépendante, et non sous la juridiction du patriarcat de Moscou. Car elles ont rejeté depuis longtemps l’hérésie phylétiste qui consiste à privilégier le « monde russe » à la communauté des baptisés. * [...]

Une émission préparée par Tiphaine de Rocquigny

Intervenants
  • responsable du Conseil d'Etat des Religions en Ukraine à Kiev (nommé par le président Poroshenko)
  • historien, directeur de recherche au Collège des Bernardins, directeur émérite de l'Institut d'études œcuméniques de Lviv (Ukraine).
  • Hiéromoine, recteur du séminaire orthodoxe russe Sainte Geneviève à Epinay-sous-Sénart, membre du Comité mixte catholique orthodoxe de France
L'équipe
Production
Réalisation
Production déléguée
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......