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"De l'usage de soi" de Jacques Schlanger

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À retrouver dans l'émission

C’est un très bel essai de Jacques Schlanger, avec pour titre, « De l’usage de soi », titre très beau aussi et qui éveille la curiosité.

Parce qu’on s’attend avec une telle idée d’« usage de soi » soit à une approche à la manière des antiques, celle explorée par Pierre Hadot et Michel Foucault, de souci de soi par tout un ensemble de pratiques et d’exercices spirituels, ou parce qu’on s’attend à la mise en question de l’association entre ces deux notions distinctes : l’usage, le fait d’user, d’utiliser même, et le soi, le moi, l’identité, le « je », avec une question, donc, du type : peut-on faire l’usage de soi comme on utilise un objet ?

Mais dès les premières lignes, on est complètement pris au dépourvu : car ce qui intéresse Jacques Schlanger, ce ne sont en fait ni les exercices et pratiques spirituels sur soi ni une critique de l’instrumentalisation de son identité, mais au contraire la manière dont notre « je », notre « moi » ou « soi » se trouve engagé à travers chacun de nos gestes. « Nous faisons sans cesse usage de nous-mêmes », nous dit Jacques Schlanger, nous faisons sans cesse usage « de nos perceptions, de nos sensations, de nos sentiments, de nos goûts, de nos talents, de nos désirs, de nos actions, de nos pensées, de nos idées, de nos savoirs, de nos croyances, de nos convictions, de notre expérience ». Et de développer cette idée de l’usage de soi dans les chapitres suivants, à travers : l’acte d’idéer, càd d’avoir des idées, celui de savoir, de croire, de philosopher, de vivre, et enfin, mourir…

Au fil de ces pages, de plus en plus autobiographiques, apparaît alors une question, plus subtile : non pas celle de savoir comme je pourrais faire un usage de moi, me servir de moi, mais : comment, à l’inverse, est-ce que « je » m’use, comment ce « je », mon « je » se façonne à travers mes actes ? Et même à travers des actes que j’accomplis mais qui peuvent pourtant sembler extérieurs à moi-même, comme par exemple le fait d’avoir des idées, cette apparition mystérieuse et merveilleuse dont je suis parfois le spectateur mais qui provient pourtant de mon esprit, comme le fait même de mourir qui ne se commande pas ? Comment, autrement dit, ce « je » s’use jusqu’à l’usure.

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