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"Discours de la servitude volontaire" d’Etienne de la Boétie

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À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui, une réédition au programme des classes préparatoires scientifiques du grand Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie aux éditions Payot.

« Je désirerais seulement qu'on me fit comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de villes, tant de nation supportent quelquefois tout d'un Tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a pouvoir de leur nuire, qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer »

D'abord, j’ai lu un extrait du Discours de la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie, discours réédité aux éditions Payot, qui date de 1576. Et ensuite, on a entendu une archive, la voix d'un tunisien le 28 janvier 2011 pris dans les tourments et les espoirs du Printemps arabe. De l'un à l'autre, la leçon de La Boétie semble avoir été entendue : la puissance d'un Tyran ne tient qu'à celle qu'on lui donne, il n'a de pouvoir de nuire que le temps qu'on veut bien l'endurer. Mais que se passe-t-il jusque-là ? A qui est-on soumis quand on obéit, le temps de l'obéissance ? Et surtout, se révolter signe-t-il la fin de la domination ?

Ces questions dépassent largement le cadre de la tyrannie finalement : elles se posent à chacun de nous dès lors que l'on vit en société, dès lors que l'on travaille avec d'autres, dès lors que l'on échange avec ses amis. Mais elle semble aussi se poser d'abord à nous, en nous : quand cet homme dit qu'il doit donner sa vie pour être libre, on se demande pourquoi vivre impliquerait d'emblée de servir, de vouloir nécessairement la servitude. Dans le très bel essai que le philosophe Claude Lefort fait du Discours de la Boétie et que les éditions Payot publient à sa suite, il soulève ainsi le scandale de ce texte : nous obliger à « penser la servitude dans les horizons du monde humain ».

Vouloir la servitude est déjà une contradiction en soi, mais pourquoi en fait-on même une seconde nature, comment parvient-on à en faire quelque chose de proprement humain ? A force de désigner des tyrans, c'est comme si on oubliait qu'on était d'abord les nôtres. Un oubli que La Boétie rappelle à notre bon souvenir et qu'il nous exhorte encore à interroger, « forçant », comme le dit encore Lefort, « les murs du temps ».

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