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 Klaus Kinski dans le rôle de Dracula dans le film "Nosferatu" de Werner Herzog.

"Dracula ou la croisade des Temps modernes. Essai sur la figure de l'étranger" de Farhad Khodabandehlou

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Du roman de Bram Stoker, publié à la toute fin du XIXème siècle, on retient surtout... Dracula, le Comte vampire des Carpates. Dracula ne serait pourtant personne sans un autre à vampiriser, à absorber dans son univers, à dominer totalement.

 Klaus Kinski dans le rôle de Dracula dans le film "Nosferatu" de Werner Herzog.
Klaus Kinski dans le rôle de Dracula dans le film "Nosferatu" de Werner Herzog. Crédits : DPA-FILM - AFP

La voix que l'on a entendue à l'instant est bien celle de Jonathan Harker, le jeune clerc de notaire, venu pour affaires, qui voit sa vie se transformer en cauchemar dès qu'il pénètre sur les terres de Dracula.

Mais à quoi, ou à qui, doit-on précisément attribuer cette transformation en cauchemar, ce passage de la rationalité, du monde moderne et civilisé, au monde de l'étrangeté, où les routes n'ont plus de sens, où les démons hantent tous les détours, et où, lorsque minuit sonne, la sauvagerie prend le dessus ? Doit-on cette folie à Dracula ou au jeune Harker dont on ne connaît l'identité que par les bribes de son journal, dont on ne sait s'il est tout aussi fou, ou au moins perméable, à la folie du monde dans lequel il a mis les pieds ?

C'est bien cette perméabilité entre la raison et la folie, entre le familier et l'étrangeté qu'explore Farhad Khodabandehlou dans cet essai, Dracula ou la croisade des Temps modernes. Et c'est bien ce personnage de Harker, plus que celui de Dracula, et même dans la tête de Harker, de son départ de Londres jusqu'à son départ brutal du château de Dracula, en passant par l'angoisse qui l'envahit au fur et à mesure de son périple, que nous sommes plongés.

Mais dans l'esprit de qui sommes-nous en fait plongés ? Telle est bien la question, et telle est bien la question que soulève cet essai, car tout en décrivant parfaitement les événements qui nous arrivent, sommes-nous sûrs, tout comme Harker, de bien toujours déceler leur logique ? En étant sûrs de nous, de notre raison, de notre identité, en étant sûrs grâce à tous ces moyens de bien appréhender ce qui nous entoure, sommes-nous pour autant parfaitement assurés qu'il ne s'agit pas de pures apparences, qui s'effritent dès qu'elles sont décentrées ? Entre nous et le monde, lequel nous est donc le plus étranger, le plus étrange ?

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