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Manifesttion contre une loi interdisant de dormir dans la rue.

Exclus, aux marges et aux confins de Vincent Morch

2 min
À retrouver dans l'émission

Jusqu’où chacun peut-il assumer de ne pas être dans les normes ? De se situer aux marges ? Si l’on pointe la servitude volontaire, est-il, à l’inverse, si facile d’être dans la « marginalité volontaire » ?

Manifesttion contre une loi interdisant de dormir dans la rue.
Manifesttion contre une loi interdisant de dormir dans la rue. Crédits : John Dominis/The LIFE Picture Collection - Getty

C’est un tout petit livre, écrit par Vincent Morch : le titre, c’est Exclus, aux marges et aux confins. Il est paru aux éditions des Belles Lettres, dans la collection TIBI, une collection, je cite la présentation, de « petits pamphlets insolents et insolites de la vie », de courts essais contre le présent et l’air du temps qui étouffe et donne envie de fuir.

Insolite, c’est bien le cas de ce livre, puisqu’on y trouve, à la fin, - c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on peut commencer par la fin - on y trouve un texte de… Synésios de Cyrène, un grec du IVème siècle avant notre ère : son génial Eloge de la calvitie ! Alors que la chevelure est célébrée, nous dit Synésios, parce qu’elle participe à la beauté, lui, Synésios, se trouve dévasté le jour où il commence à perdre la sienne. Comment assumer ce signe, ou cette absence de signe, cette nudité du crâne, qui l’exclut de fait de la société ? Le cas de Synésios est intéressant, parce qu’il va faire plus qu’assumer sa calvitie : avec cet éloge, il la revendique, il clame ce qui le met en marge du reste des communs mortels, du moins des communs chevelus. Autrement dit, il se fait un marginal volontaire.

Et là est bien ce qui intéresse Vincent Morch pour son propos sur les « exclus, aux marges et aux confins », et là est bien la dimension révoltée de son essai contre l’air du temps : pas seulement pour tous les chauves qui peuvent s’y retrouver aujourd’hui, mais surtout pour se demander : jusqu’où chacun peut-il assumer de ne pas être dans les normes ? De se situer aux marges ? Si l’on pointe la servitude volontaire, est-il, à l’inverse, si facile d’être dans la « marginalité volontaire » ?

Finalement, quand on y pense, il existe peu de vrais rebelles : Socrate en a été un, Spinoza aussi qui a été exclu de sa communauté, Soljenitsyne bien sûr, et il y en a d’autres. Mais entre les vrais rebelles et la posture rebelle, bien plus courante, entre les marges et le centre qui s’étend désormais jusqu’à même englober les extrêmes, il y a un monde, celui qu’explore Vincent Morch ici et qui nous met face des limites imposées : jusqu’où suis-je prêt, ou pas, à les dépasser ? Jusqu’où, aussi, faut-il les conserver pour pouvoir justement les dépasser ?

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