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"Les existences moindres" par David Lapoujade

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Cet essai part d’un philosophe dont on parle peu : Etienne Souriau. De ses premiers écrits dans les années 20 jusqu’à ses derniers textes des années 70, on doit, d’abord, à Etienne Souriau d’avoir élaboré une esthétique de la philosophie.

Cet essai est génial, et d’abord parce qu’il part d’un philosophe dont on parle peu : Etienne Souriau. De ses premiers écrits dans les années 20 jusqu’à ses derniers textes des années 70, on doit, d’abord, à Etienne Souriau d’avoir élaboré une esthétique de la philosophie : non pas une philosophie de l’art, mais un art de la philosophie, un art par lequel chaque philosophie se pose ou s’instaure elle-même avant de s’exercer dans un champ déterminé. La philosophie, c’est donc un geste, une manière de se poser, mais c’est aussi, et c’est la 2ème chose que l’on doit à Etienne Souriau, une manière de saisir les différentes manières dont les êtres se posent pour leur part : phénomènes, choses, imaginaires, et surtout les êtres virtuels… Toutes ces entités existent-elles de la même manière ? Certaines existent-elles d’autant plus qu’elles semblent plus réelles ?

Entre un homme, bien réel, comme Fernando Pessoa qui se voit pourtant comme une « erreur métaphysique », comme privé de la possibilité d’exister alors même qu’on peut le toucher, qu’il endure les épreuves de l’existence, et les êtres virtuels, comme les héros qui peuplent le royaume des fictions, ou même encore, comme la simple idée d’une fiction -David Lapoujade nous rappelle ainsi comment l’écrivain Henry James pouvait sentir tenir la trame d’un nouveau récit au gré d’une conversation sans même savoir si ce trame tiendrait-, entre les deux, donc, entre le réel et le virtuel, qui existe le plus ? Qui pourrait vouloir exister plus ? Et même nous, êtres bien réels, comme Pessoa : ne voulons-nous pas exister plus intensément et plus réellement encore ?

Voici ce que l’on doit donc aussi à cet essai génial : de souligner grâce à Etienne Souriau que toute chose, nous y compris, a une existence inachevée : tout est dans le demi-jour. Reste ainsi à savoir : comment chacun peut-il exister vraiment, pourquoi l’existence qui nous semble donnée n’est en fait jamais donnée, mais se conquiert pour devenir enfin réelle.

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