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Franz Liszt

"Politique de l'autonomie musicale: essais philosophiques" de Lydia Goehr

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À retrouver dans l'émission

Liszt, Album d’un voyageur

Franz Liszt
Franz Liszt Crédits : Franz Hanfstaengl

Pour décrire une performance de Liszt en 1840, Schumann écrivait ceci : « Le démon commença à exercer sa puissance. Comme s’il voulait essayer son public, il joua d’abord avec lui, puis il lui fit entendre des sentiments plus profonds, puis enfin, ayant, par son art, changé, relayé en quelque sorte l’attelage de chacun de ses auditeurs, il enleva et entraîna désormais toute la foule exactement comme il voulut. Cette puissance, pour s’assujettir le public, pour l’enlever, pour le porter ou le laisser retomber, on ne peut certes la rencontrer chez aucun autre artiste. »

A entendre ces mots, on prendrait Liszt pour un tyran. Mais c’est oublier que Liszt est d’abord décrit ici comme un interprète et non comme un compositeur. Grand interprète s’il en est, Liszt était-il pour autant le chef quand il exécutait ? Si l’on se demande depuis le début de la semaine, avec ces essais de Lydia Goehr, quelle est la portée politique de la musique, on ne peut pas se passer d’une réflexion sur la figure de l’interprète : précisément, celui-ci doit-il interpréter une œuvre ou l’exécuter ? Doit-il produire une exécution parfaite de la musique ou doit-il produire une exécution musicale parfaite ? Jusqu’où est-il maître de ce qu’il joue ? Comment articuler style et exécution ?

La figure de Liszt est particulièrement intéressante parce qu’elle semble avoir inversé les choses : il exécute mais il mène, il applique mais c’est lui le démon. Et lui-même, dans son introduction à son, souligne que le sens de la musique tient plus à son éphémère exécution, dans l’instant, qu’à l’œuvre qui n’est rien, sur la partition, sans la main ou la voix pour l’exprimer. De quoi repenser toute hiérarchie et autorité politique à partir de la musique.

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