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Léon Chestov

"Shakespeare et son critique Brandès" de Léon Chestov

2 min
À retrouver dans l'émission

Voici un livre du philosophe russe Léon Chestov, son tout premier livre même, traduit pour la première fois en français et publié aux excellentes éditions Le bruit du temps.

Léon Chestov
Léon Chestov

Le philosophe russe, Léon Chestov est connu pour ses très belles pages sur « La philosophie de la tragédie chez Nietzsche et Dostoïevski », sur « L'idée de bien chez Tolstoï et Nietzsche » aussi, ou encore, sur « Kierkegaard et la philosophie existentielle ». Mais, dès ce 1er livre, on trouve déjà cet accent mis sur la tragédie, sur l'existence de chaque individu comme seule voie à explorer pour le penseur, mais ici, Chestov ne part ni de Dostoïevski, ni de Tolstoï, ni de Nietzsche… mais de celui qu'il considérait alors comme son « 1er professeur de philosophie », Shakespeare !

« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs »..., le célèbre monologue de Jacques dans la scène 7, acte II, de Comme il vous plaira, ouvre à merveille le 1er essai de Léon Chestov, parce qu'il contient toute l'originalité de son approche.

Son approche, c'est d'abord, comme il le dit lui-même : « une recherche agitée, impatiente, fiévreuse », digne d'un personnage tragique qui s'oppose à la lecture rationaliste et scientiste de Shakespeare, faite par le critique Georg Brandès, comme on s'oppose à la nécessité du destin.

Mais, son approche, c'est aussi et surtout de vouloir lire Shakespeare en partant de ses personnages, hommes et femmes, comme s'ils étaient n'importe quel individu, ou plutôt comme si nous pouvions être à leurs places. Qui, d'ailleurs, n'a jamais lu Le Roi Lear ou Coriolan en se demandant ce qu'il ferait à leur place ? Qui n'a jamais, non pas tiré une leçon, mais entraperçu la tragédie de sa propre existence en lisant celle de Brutus qui décide d’agir, ou de Hamlet, bien sûr, qui, lui, est paralysé ?

Ce qui intéresse Chestov, ce ne sont donc pas les lois, ce n'est pas la nécessité du monde extérieur, mais le hasard, le théâtre du monde intérieur, qui se joue en chacun. L'objet de la philosophie selon lui ? C'est bien de « suivre jusqu'au bout les destinées des individus », d'apprendre à voir la vie et non pas d'être aveuglé par la pensée, ce que seule permet la tragédie, ce que seul permet de révéler un Hamlet, capable certes de méditer, mais incapable de voir la vie telle qu'elle est.

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