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Des chercheurs travaillent dans un laboratoire de la société pharmaceutique française Genfit, spécialisée dans le développement de solutions thérapeutiques innovantes, à Loos, dans le nord de la France, le 15 novembre 2012.

Qu’est-ce qu'un bon chercheur ?

43 min
À retrouver dans l'émission

Elles sont deux. Deux décisions du CNRS qui ont suscité incompréhension et colère chez de nombreux chercheurs, ces dernières semaines. Deux décisions de recrutement, la plus récente le mois dernier...

Des chercheurs travaillent dans un laboratoire de la société pharmaceutique française Genfit, spécialisée dans le développement de solutions thérapeutiques innovantes, à Loos, dans le nord de la France, le 15 novembre 2012.
Des chercheurs travaillent dans un laboratoire de la société pharmaceutique française Genfit, spécialisée dans le développement de solutions thérapeutiques innovantes, à Loos, dans le nord de la France, le 15 novembre 2012. Crédits : Philippe Huguen - AFP

Elle concernait un jeune chercheur en économie, Maxime Menuet, classé 1er au premier tour, et finalement écarté au second. L’autre a été prise quelques jours avant. Un sociologue, Akim Oualhaci, a été recalé pour la 3e année d’affilée – au 2nd tour. Du jamais vu... À tel point que près de 200 universitaires se sont mobilisés pour écrire une tribune dans le journal Le Monde. Des chercheurs français et étrangers qui ont dénoncé ce qu’ils ont appelé un « acharnement » contre Akim Oualhaci.

Deux cas de déclassement, donc... Il y en a d’autres, de plus en plus même, ces dernières années. Et si on a surtout parlé de ceux-là, c’est parce qu’ils témoignent d’un malaise au sein de la communauté de la recherche. Malaise sur les conditions de recrutement, et plus largement, sur ce qu’est ou sur ce que doit être un chercheur, aujourd’hui. 

Ce qui est en cause, entre autres – c’est le profil du chercheur, son ou ses sujets de recherches, ses capacités à communiquer et, éventuellement, à gérer une équipe. Un constat souligné aussi par quelques collectifs – critiques de cette politique, dite de l’excellence.

D’où cette question : aujourd’hui, qu’est-ce qui fait un bon chercheur ?

Le métier de chercheur :

Un chercheur doit trouver, inventer, créer, et ça se traduit par des publications, des communications, des conférences, des livres, des dépôts de brevets dans certaines disciplines. Antoine Petit

Être chercheur, c'est un métier de passion. Un bon chercheur va s'imposer par ses publications et sa capacité de défricher un terrain nouveau. L'inventivité doit aussi s'appuyer sur du collectif. Stéphane Beaud

Les chercheurs du CNRS ont quand même beaucoup plus de temps (que les autres chercheurs) pour chercher et le temps, c'est la matière première pour chercher. Antoine Petit

On est toujours tourné vers l'innovation, le nouveau, la découverte mais on oublie souvent de dire qu'on est capable de découvrir des nouvelles choses car on s'inscrit dans des lignées : d'autres nous ont transmis. Chloé Deligne

La compétition dans le monde de la recherche :

La course à la publication a augmenté ces dernières années et je pense qu'on est allé beaucoup trop loin. Ce sont aussi les communautés scientifiques qui ont leur part de responsabilité dans cela. Antoine Petit

Oui on est dans un monde compétitif. Ce qui est important, c'est que le système soit  le plus juste possible. Antoine Petit

La fonction de chercheur est beaucoup plus variée et doit être beaucoup plus variée que ces rapports à la compétition. Un bon chercheur c'est quelqu'un qui sait transmettre, d'ailleurs il est souvent associé à un statut de professeur. Chloé Deligne

Ce qu'on demande aujourd'hui à un chercheur, ça devient des dossiers d'une exigence terrible. Autour de 35 ans (c'est l'âge moyen du recrutement en tant que chercheur), des personnes sont stabilisées : 13 ans après la sortie de leurs études. Pendant des années avant d’être stabilisées, ça a donc été un travail de combattant… La violence institutionnelle est à remettre au devant de la recherche telle qu'elle s'organise aujourd'hui. C'est le résultat d'un système qui produit de plus en plus de candidats et de candidates et qui organise une compétition effrénée. Chloé Deligne

La place des sciences sociales et humaines :

Un des enjeux de ces querelles de déclassement au CNRS renvoie à des querelles théoriques. La sociologie française a atteint depuis 30-40 ans un excellent niveau. On ne vient pas de nulle part et la sociologie est une discipline particulièrement fragile et on a besoin de cet ancrage, de la sociologie dans le temps. Stéphane Beaud

Les sciences sociales ont besoin de temps et de ce fait, sont structurellement en concurrence avec les sciences dures. Stéphane Beaud

Le CNRS :

Le CNRS, c'est 5 800 candidats pour 250 postes. Qu'on le veuille ou pas, il y a une compétition extrême. La manière dont cela se passe au CNRS est très codifiée. Antoine Petit

Le coeur du problème, c'est l'opacité des décisions sur le recrutement des chercheurs au CNRS. Stéphane Beaud

Les profils des chercheurs :

35% de chercheurs au CNRS sont des femmes, contre 65% de chercheurs hommes. Chloé Deligne

La diversité des profils est essentielle. Nous recrutons aussi des chercheurs qui ne sont pas Français. Aujourd'hui, les chercheurs sont aussi sensibles à l'environnement scientifique qu'on peut leur offrir. Là aussi on est dans une compétition qui devient internationale. Antoine Petit

Intervenants
  • Président-directeur général du CNRS.
  • professeur de sociologie à l’université de Poitiers, a siégé deux ans (2016-2018) au comité national du CNRS section 36 Sociologie, auteur notamment de « La France des Belhoumi : portraits de famille, 1977-2017 », ed. La Découverte.
  • historienne, chercheuse qualifiée du FNRS (Fonds de la Recherche Scientifique) en Belgique, membre de l’Atelier des chercheurs pour une désexcellence des universités.
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