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Manifestation à Paris le dimanche 3 mars 2019 contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika

La France a-t-elle son mot à dire sur l'Algérie ?

39 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le 22 février, les Algériens s’opposent massivement à un cinquième mandat du Président Abdelaziz Bouteflika. La crise, si elle durait, pourrait avoir en France des répercussions considérables du fait de la proximité historique et géographique des deux pays. Mais Paris peut-il intervenir ?

Manifestation à Paris le dimanche 3 mars 2019 contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika
Manifestation à Paris le dimanche 3 mars 2019 contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika Crédits : Antoine Tricot - Radio France

Il y retourne mais il ne fera que passer. Abdelaziz Bouteflika est donc officiellement candidat pour un cinquième mandat à la tête de l’Algérie. Mais pas pour un cinquième quinquennat : il promet de se retirer avant le terme de son ultime mandat, non sans avoir au préalable menée les réformes nécessaires pour un ‘’nouveau système’’.

Il n’est pas dit que les dizaines de milliers d’Algériens qui manifestent depuis la mi-février se laissent convaincre par les promesses de leur Président, qui fêtait avant-hier ses 82 ans. 

Le mouvement de protestation dépasse désormais le simple refus d’une nouvelle candidature Bouteflika. Il a déjà pris une telle ampleur, que les réponses politiques, comme souvent, ont un temps de retard sur les revendications.

A Paris, à l’Elysée comme au Quai d’Orsay, on observe cette mobilisation, si ce n’est dans le silence, en tout cas avec une extrême prudence. L’histoire entre les deux pays est telle que la France marche sur des œufs dès qu’il est question de l’Algérie.

Comme le résume le politologue Naoufel Brahimi El Mili dans un entretien à France Info : ‘’si la France soutient la rue, ce sera de l’ingérence. Si la France soutient le pouvoir, c’est la main de l’étranger. Dans les deux cas, la France ne peut que produire un silence assourdissant’’.

’La France a-t-elle son mot à dire sur l’Algérie ?’’

Extraits de l'émission :

Feriel Lalami Fates : 

L’état de mobilisation actuel n’est pas une écume soudainement apparue sur une vague. C’est un mouvement de fond qui vient de contestations multiples très organisées : grèves, sitting, émeutes... Parce qu’on se dit : « les Algériens se réveillent ». C’est faux ! Ils n’ont pas arrêté de lutter. Ce qui est nouveau c’est qu’ils ont coalisé leurs forces pour manifester dans la rue pour refuser un cinquième mandat.

Kader Abderrahim : 

Cette idée de la corruption est enracinée dans la société algérienne parce qu’elle est perçue comme une prestation de service : l’Etat est défaillant donc on doit compenser et comment compenser ce qui est au départ un droit ? Par la corruption. C’est aussi devenu, je caricature à peine, une culture dans la société. Donc tout le monde est malade, à la fois le système politique, le régime et également cette société qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Kader Abderrahim : 

Il n’y aura pas, dans la situation actuelle, massivement d’immigration ou de fuite d’Algériens qui viendraient tout d’un coup vers la France. Si le pays s’effondre totalement on sera dans une situation différente. Mais si nous parlons d’aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour et ce n’est pas pertinent d’en parler. Cela revient juste à agiter des épouvantails qui sont, de mon point de vue, destinés à des usages internes et politiques.

Feriel Lalami Fates : 

L’Etat français et l’Etat algérien entretiennent de très bonnes relations sur tous les plans, économique, sécuritaire, diplomatique. Donc ce soutien au régime algérien est une réalité et l’inquiétude vient de là.

Articles :

Algérie. La rue contre le régime, par Jean-Pierre Sereni, Orient XXI, 4/03/2019.

Crise algérienne : pour Paris, « ni ingérence ni indifférence », par Marc Semo, Le Monde, 01/03/2019.

Silencieux, l’Elysée craint un afflux d’immigration, par Alain Auffray, 25 février 2019.

Algérie : l’indifférence n’est pas une option, par Jean-Dominique Merchet, L'Opinion, 25/02/2019.

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