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Depuis quelques mois, l'usage de la violence en toile de fond des revendications sociales s'est banalisé.

Colère Jaune (15/16) : La violence est-elle la continuation de la politique par d'autres moyens ?

39 min
À retrouver dans l'émission

Un gilet jaune qui boxe des gendarmes à Paris. Un commandant de police qui frappe des manifestants visiblement pacifiques à Toulon. La violence imprègne les manifestations actuelles. Est-elle une forme d’expression politique ? Ou doit-on la dépasser pour pouvoir redonner sa place à la politique ?

Depuis quelques mois, l'usage de la violence en toile de fond des revendications sociales s'est banalisé.
Depuis quelques mois, l'usage de la violence en toile de fond des revendications sociales s'est banalisé. Crédits : Philippe Lopez

Dans un sondage Elabe pour BFM-TV publié hier, à 3 jours de l’acte 9 des Gilets Jaunes, on apprenait que 78% des Français condamnent les violences des manifestations, mais aussi que 38% déclarent les comprendre. Avec toutes les précautions qu’il convient de prendre avec ce type de sondage, il révèle tout de même qu’une part significative de la population, plus d’un tiers, semble considérer la violence comme un moyen d’expression légitime.

La question est vieille comme la philosophie politique et on peut distinguer deux grands courants de pensée depuis le 19e siècle. D’abords les héritiers du sociologue allemand Max Weber pour qui l’État se définit comme étant le seul détenteur de la violence légitime. Norbert Elias, un autre sociologue allemand, va plus loin dans son approche en théorisant ce qu’il a appelé le « processus de civilisation » : ce monopole de la violence est un élément de pacification de la société. 

Mais il y a aussi un autre courant qui légitime la violence du peuple en réaction à cette violence d’État. Les plus connus sont Marx et Engels qui voyaient dans la violence le moteur de l’histoire et pas seulement un moyen regrettable mais nécessaire d’arriver à ses fins. La violence de l’État ne serait donc pas plus légitime que celle de ses opposants, et s’il emploie des moyens violents, le peuple doit aussi pouvoir en faire usage. 

Alors la violence est-elle la continuation de la politique par d’autres moyens ?

Extraits de l'émission :

Vanessa Codaccioni : 

Quand on dit "ce sont des agitateurs", "c'est une foule haineuse", c'est une manière de dépolitiser le mouvement. Ça veut dire qu'on ne va jamais reconnaître qu'il y a quelque chose de politique. Et s'il y a une violence, ça ne peut être qu'une violence délictueuse, criminelle qui va s'attaquer au bien mais qui ne sera pas reconnue comme politique.  

Arnaud Houte : 

Comment garantir aujourd'hui une manifestation qui soit acceptable des deux côtés ? C'est à dire qui ménage des enjeux de sécurité légitime tout en permettant à ceux qui veulent manifester d'être parfaitement entendus. 

Jean-Dominique Merchet : 

Face à un tel mouvement politique, il ne peut y avoir qu'une réponse politique forte. Or il n'y a pas de réponses politiques fortes. C'est pour ça que ça continue. Ce n'est pas vrai que le grand débat, ou les dix milliards qui sont donnés sont des réponses au niveau du défi qui est lancé au pouvoir. 

Tribunes : 

Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des « gilets jaunes » : par Laurent Mucchielli pour The Conversation, le 04/12/2018.

« Retour au calme et fin de l’impunité, une urgence pour tous ! » : par un collectif de juristes pour Le Monde, le 10/12/2018.

« Gilets jaunes » : violence, la fin du tabou : par Michel Wieviorka pour The Conversation, le 30/12/2018.

[abonnés] «La complaisance envers la violence de certains “gilets jaunes” doit cesser» : par Hugues Moutouh pour Le Figaro, le 04/12/2018.

Intervenants
  • maîtresse de conférences au département de science politique de l'université Paris VIII et membre du laboratoire CRESPPA-CSU.
  • Journaliste à L'Opinion et auteur du blog « Secret défense ».
  • Professeur d'histoire contemporaine à Sorbonne-Université
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