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Le rugby n'est-il plus qu'un sport de brutes ?

Le rugby n'est-il plus qu'un sport de brutes ?

40 min
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Un sport de voyous pratiqué par des gentlemen : telle est la définition du rugby. Un sport d’exception qui n’échappe pourtant pas aux règles du marché et de la professionnalisation. Plus spectaculaires et offensives, les stratégies de jeu ont accru la violence et les accidents mortels.

Le rugby n'est-il plus qu'un sport de brutes ?
Le rugby n'est-il plus qu'un sport de brutes ? Crédits : Michael Bradley - AFP

Il y a au moins une bonne raison de préférer le rugby au foot : les coupes de cheveux des joueurs.  Le monde de l’ovalie n’a pas encore cédé à la créativité débridée des coiffeurs. Pour le reste, les deux sports se ressemblent de plus en plus. Ainsi célèbre-t-on désormais les essais de la même manière que les buts : par une petite chorégraphie souvent ridicule.

C’est que le rugby a beaucoup changé en se professionnalisant. Et pas seulement sur des questions aussi anecdotiques. L’argent qui y coule renvoie à une obligation de résultats. Plus question de perdre avec panache : il faut gagner, peu importe la manière. Par ailleurs, la mondialisation de ce sport, et la circulation des joueurs, a eu pour effet d’uniformiser un jeu qui revendiquait jusque-là de fortes identités.

Ces évolutions ne poseraient de problèmes qu’aux puristes si elles ne s’accompagnaient de changements plus inquiétants. A force d’entrainements intensifs, les joueurs sont devenus plus musclés, plus lourds, et les chocs plus dangereux. Les commotions se multiplient. En moins d’un an, quatre joueurs sont morts en jouant au rugby.

« Le rugby n’est-il plus qu’un sport de brutes ? »

Vidéos :

Eric Bayle :

A partir de 1995, le rugby est devenu professionnel. Les joueurs qui étaient amateurs, qui travaillaient et s’entraînaient deux à trois fois par semaine ont commencé à s’entraîner deux fois par jours. Ce passage à  l’ultra-professionnalisme a permis une amélioration des performances, le développement des gabarits, des techniques d’entraînements et d’analyse du jeu adverse. Ce train là, toutes les nations développées du rugby l’ont pris. L’équipe de France est restée à la traîne et n’a pas su élever son niveau d’exigence par rapport au rugby professionnel. C’est ce que l’on paye aujourd’hui et qui explique que nous jouions quasiment dans la deuxième division du rugby mondial.

Carole Gomez : 

On rencontre des blessures parfois mortelles dès le début de la pratique du rugby, dans les années 1920. World Rugby a décidé de changer les règles au vu du danger trop important que représentait la pratique. Ce qui pousse à la réflexion et à l’action, c’est que l’on prend conscience du problème sanitaire qui se pose encore aujourd’hui, et qui se posera dans les prochaines années. C’est une question de cinétique : on va de plus en plus vite avec des corps de plus en plus lourds.

Anaïs Lagougine : 

L’équipe de France féminine performe aujourd’hui. Ces bons résultats donnent envie à de nombreuses filles de pratiquer le rugby. Mais nous ne devons pas dénigrer ce que font nos homologues masculins : la professionnalisation arrive aussi dans le rugby féminin, mais nous devrons tâcher de ne pas faire les mêmes erreurs. C’est-à-dire ne pas s’y plonger avec des œillères, sans prendre en compte la vie personnelle, scolaire ou professionnelle. Nous réfléchissons à une meilleure organisation du professionnalisme en amateur.

Articles :

[abonnés] "1995-2015 : les vingt ans qui ont métamorphosé l’Ovalie", Le Monde, le 31/12/2014

[abonnés] "Rugby féminin : ce XV de France qui gagne et séduit", Le JDD, le 31/01/2019

Opinions :

"Le rugby est à bout de souffle", Thomas Lombard, ancien trois-quarts centre de l’équipe de France, interview pour Le Parisien, le 23/07/2018

[abonnés] "Le rugby ne doit pas sombrer dans le sport business", tribune collective pour Le Monde, le 18/12/2018

Liens :

Rugbymen : le physique de l'emploi, France Info TV

Intervenants
  • commentateur sportif, directeur de la rédaction rugby de Canal+
  • Directrice de recherche à l’Iris, spécialiste du sport dans les relations internationales, co-auteure du rapport "quand le foot s’accorde au féminin"
  • journaliste spécialiste du rugby
  • ancienne internationale de rugby à XV et à VII, ancienne capitaine de l’équipe de France, entraîneuse au Stade Français féminin
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