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Les débats avaient été particulièrement vifs lors de la mise en place de la réforme de l'orthogaphe en 2016. Ici 5 mots dont l'orthographe a été modifiée.

Orthographe, grammaire : sommes-nous coincés de la langue ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Deux professeurs belges proposent de mettre un terme à l'accord du participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir. Comme à chaque proposition de réforme de l’orthographe en France, les réactions ne se sont pas fait attendre. Pourquoi la langue française suscite-t-elle autant de passions ?

Les débats avaient été particulièrement vifs lors de la mise en place de la réforme de l'orthogaphe en 2016. Ici 5 mots dont l'orthographe a été modifiée.
Les débats avaient été particulièrement vifs lors de la mise en place de la réforme de l'orthogaphe en 2016. Ici 5 mots dont l'orthographe a été modifiée. Crédits : JOEL PHILIPPON - Maxppp

Qu’on se rassure : la Belgique ne fera pas cavalière seule sur la réforme de l’accord du participe passé. La Fédération Wallonie-Bruxelles l’a annoncé durant le week-end : rien ne se fera en dehors d’un cadre international. Le participe passé va donc, jusqu’à nouvel ordre, continuer à s’accorder avec le complément d’objet direct quand celui-ci le précède, et à rester invariable lorsqu’il le suit. Si une telle mise à point s’est avérée nécessaire, c’est suite à la publication d’une tribune retentissante dans Libération : celle de deux anciens professeurs de français, belges, pour qui "les gaufres que j’ai mangé" ne devraient prendre ni "e" ni "s" à "mangé" comme c’est le cas avec la règle actuelle. Une nécessaire simplification selon eux, qui ferait gagner du temps pour d’autres enseignements plus essentiels.

Comme il fallait s’y attendre, cette proposition a provoqué quelques grincements de dents : phénomène récurrent, en France, dès que les règles de l’orthographe ou de la grammaire sont remises en cause. "Au point" écrit le linguiste Philippe Blanchet "qu’il est devenu presque sacrilège de ne pas les respecter…et même tout simplement d’en parler de façon distanciée".

"Grammaire, orthographe : sommes-nous coincés de la langue ?"

Spectacle :

"La convivialité", le spectacle d'Arnaud Hoedt et Jérôme Piron est en tournée. Il sera notamment présenté au Théâtre Monfort, à Paris, du 2 au 14 octobre 2018. 

Extraits de l'émission :

Josiane Boutet : "Pour fabriquer la langue française, on a fait des choix, plein, mais [l'accord du participe-passé avec l’auxiliaire avoir] c'est un choix aberrant parce qu'on choisit l'invariabilité quand le complément est après : "J'ai écrit la lettre", et la variabilité quand le complément est avant. C'est complétement aberrant.
Autre raison, c'est contre-productif au plan scolaire. On passe un temps fou - les élèves, les maîtres - à essayer de comprendre, sauf qu'il n'y a rien à comprendre et à essayer d'appliquer, sauf qu'on y arrive pas, une règle qui ne fonctionne pas.
En plus, cette règle est socialement discriminante parce qu'elle produit un effet comme aurait dit Bourdieu, de distinction, parce qu’il y a ceux qui vont réussir à l'utiliser plus ou moins parfaitement d'ailleurs, et y a ceux qui n'y arriveront pas. Et du coup vous allez être stigmatisé parce que vous n'y arriverez pas. Or on ne peut pas y arriver."

Liens :

Jérôme Piron et Arnaud Hoedt, « Les crêpes que j’ai mangé : un nouvel accord pour le participe passé », Libération, 03/09/2018. 

Collectif, « Que l’Académie tienne sa langue, pas la nôtre », Revue Ballast, novembre 2017. 

Alain Bentolila, Participe passé : « La paresse de la langue cache une paresse de la pensée », Le Point, 06/09/2018.

Intervenants
  • professeur de linguistique à l'université Paris-Descartes
  • sociolinguiste, professeure émérite à l'université Paris-Sorbonne, co-directrice de la revue Langage et société
  • auteur, ancien professeur de français
L'équipe
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